Bill Henson (1955) photographe australien, né à Melbourne, il grandit à Glen Waverley, banlieue de l'est de Melbourne qui s'est métamorphosée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Très tôt, il se passionne pour l’Égypte et égyptologie, tout en étant féru de peinture, il ne cesse de dessiner de façon compulsive.

  • Au fil des années, il observe les paysages ruraux de son enfance s'urbaniser et être progressivement envahis par des lotissements, avec l’émergence de voies rapides et autoroutes qui supplantent les anciennes lignes de chemin de fer victoriennes, cette vision d'un paysage métissé entre ruralité et urbanité, vestiges historiques et modernité, l'attire vers la photographie.

  • Au début des années 1970, il étudie la photographie au « Prahan College », ou il suit un nouveau programme, consistant à explorer la photographie en tant qu'art, initiée et développé par toute une génération de grands photographes australiens, Paul Cox, Athol Shmith et John Cato qui se rassemblent autours de ce mouvement.

  • En 1975, il effectue sa première exposition personnelle à la « Galerie Nationale de Victoria », qui marque sa reconnaissance internationale. En 1986 il participe à 6eme édition de la Biennale d'art de Sydney.

  • En 1995, il représente l'Australie à la 46eme Biennale de Venise.

  • Son travail figure dans de nombreuses collections, aux musée des Beaux Arts d'Australie, à la à la Galerie d'art d'Australie du Sud, à la Galerie Nationale de Victoria et à la Galerie d'art de Nouvelles-Galles du Sud qui lui consacre en 2005, une grande retrospective, accompagné d'un catalogue intitulé « Mnemosyne » publié par les éditions « Scalo et AGNSW ».


Sa photographies renvoient à l'esthétique pictorialiste de la fin du 19eme siècle, une esthétique qui connait un succès durable en Australie. Les pictorialistes prônaient une pratique fondée sur les effets en sacralisant l'intervention du photographe, que ce soit à la prise de vue par le choix d'optiques déformantes ou en renonçant à utiliser des objectifs produisant des rendus flous. C'est dans cette ancien mouvement que Bill Henson s’inscrit, lorsqu'il réalise ses premiers clichés, il photographie des jeunes filles, des danseuses et des écolières, dans une lumière douce et tirée sous formes d'estampes presque monochromatiques, rappelant les images des pictorialistes du photographe australien, Harold Cazneaux et du britannique émigré en Australie, Cecil Bostock.

Il privilégie la composition, le rendu pictural des formes et des couleurs ainsi que l'harmonie d'ensemble. Et paradoxalement ses images évoquent la douleur et la violence, les corps comme les visages ou les personnages sont isolés et semblent surgir d'un autre monde. Les chairs aux couleurs souvent blafardes présentent des teintes bleutées et brunies comme celles produites par des coups. Une étrangeté picturale trouble et inquiétante, tout en étant ancrées dans cette tradition picturale, ses photographies s'inscrivent dans un univers ultra contemporain, par le traitement des couleurs, des éclairages, des sujets et des motifs représentés, images composites qui renvoient à un imaginaire cinématographique tout autant que pictural en les court-circuitant, rappelant sans cesse des allers et retours entre l'ancien et le moderne, le rêve et la réalité.

C'est avec la lumière de la banlieue nocturne de son enfance qu'il entoure les visages, les corps ou les teintes sont diluées par les couleurs d'une nuit que la photographie fige.

Ses images composites et composées sont de grands tableaux colorés dans lesquels fiction et fantastique se diluent dans une intense picturalité. Il allie prises de vue posées en studio et images captées en extérieur, souvent de nuit dans la banlieue de Melbourne, ses réalisations exaltent la beauté et l'étrangeté des entre-deux, entre la nature et la civilisation, la jeunesse et l’âge adulte, le féminin et le masculin, le jour et la nuit, l'urbain et le périphérique, le rêve et la réalité.

Sa série photographique intitulée « 1985/86 » regroupe cent cinquante-quatre photographies couleurs comprenant des portraits, des paysages, des nus, des vues de banlieue et de sites antiques, série d'un récit autobiographique, même si il n'est pas linéaire, il passe du réel aux portes du rêve, comprenant aussi bien des vues de banlieue prises sur les lieux de son enfance, celles prises en Égypte, ainsi que des images d’architectures qui renvoient à ses rêves d'enfant, quand le pays des pharaons illuminait ses soirées à Melbourne.

D'autres images viennent s'ajouter à la série, représentant le passage d'un véhicule, un moment au fast-food, ou encore l'attente sur un parking de supermarché, autant d'instant banals d'un quotidien à priori ennuyant mais qui sont transfiguré en moments intemporels empreints de romantisme. La perméabilité entre le rêve, la fiction et la réalité est appuyé par des images surréelles de jeunes hommes et de jeunes femmes qui allongés au dessus des lumières de la ville, flottent dans les cieux de la banlieue de Melbourne, dormant ou rêvant dans la chaleur de l'été australien.

« Dans l'ensemble la vie est grise, avec quelques petits éclats de noir et blanc. » Bill Henson

Untitled - « 1985/86 »

Untitled - « 1985/86 »

Untitled - « 1985/86 »

Untitled - « 1985/86 »