Mue se situe à la croisée de la création textile et de la photographie, dans une recherche qui interroge les liens entre corps, image et performance. Développé à partir d’une immersion au sein d’un club de boxe savate au Bourget, le projet s’inscrit dans une démarche mêlant observation, co-création et expérimentation plastique.
À travers un processus stratifié, Mue explore la manière dont le corps en action — corps discipliné, entraîné, mis en tension — devient à la fois territoire de création, surface de projection et matrice de récits symboliques. Comment le geste sportif, répété, codifié, parfois contraint, ouvre-t-il un espace d’imaginaire où se rejouent les notions d’identité, de puissance et de métamorphose ?
Lors de séances d’entraînement et de compétitions de boxe savate, un travail photographique est mené au plus près des gestes, des rythmes et des postures. Les corps sont observés dans des états de concentration, de fatigue, de répétition et de dépassement : impacts, esquives, temps de pause, reprises. Ces images constituent une première matière de recherche, un vocabulaire formel issu de l’expérience physique et du rapport direct au combat. Ces photographies sont ensuite fragmentées, découpées, déplacées et intégrées à des compositions textiles tridimensionnelles. Par un travail de superposition et d’assemblage, l’image quitte son plan pour devenir volume. Les fragments photographiques s’enchevêtrent avec des couches de tissu, évoquant des strates mémorielles, comme les traces accumulées d’un corps en transformation. Cette hybridation traduit la complexité des identités corporelles : mouvantes, non linéaires, traversées de tensions, d’effacements et de réinventions.
Parallèlement, les adhérent·e·s du club ont été invité·e·s à imaginer un super-vêtement : une tenue spéculative et augmentée, pensée comme une extension. Dépassant la fonction utilitaire du textile sportif, ces vêtements deviennent des outils de projection symbolique. Chaque pièce naît d’un cahier des charges personnel, élaboré par les sportif.ve.s puis interprété par Laure Ledoux et la designer textile Manon Sauger. Ce processus de co-création est conçu comme un espace d’introspection, où l’intime dialogue avec l’imaginaire héroïque, et où le textile agit comme une seconde peau conceptuelle.
Une fois confectionnées, les tenues sont activées dans une série photographiques. Cette seconde phase interroge la capacité de l’image à construire un mythe, amplifier une présence. Le corps sportif n’est plus seulement montré dans l’effort, mais réinscrit dans une mise en scène.
En regard de ces précédentes phases, une série d’images est développée à partir du procédé photographique du collodion humide, appliqué sur des plaques de plexiglas teintées. Ce choix technique introduit une relation particulière à la lumière et à la transparence : l’image semble flotter, suspendue entre apparition et disparition. Le plexiglas agit comme un filtre chromatique transparent et symbolique qui déplace la lisibilité et invite à une lecture plus intuitive, plus projective. Le collodion devient ici un outil de mise en tension de l’image, entre visibilité et effacement, présence et trace.
En mettant en dialogue textile et photographie, Mue explore les frictions entre deux matérialités qui, ensemble, traduisent les états de transformation du corps. Le tissu, souple et tactile, dialogue avec l’image fixe qui devient fluide par la transparence, le montage et la superposition. Cette hybridation des médiums ouvre la voie à de nouveaux récits corporels, où les sujets participent à la fabrication de leurs représentations. Mue propose une narration lente, artisanale et sensible.
Détail MUE #5, Superposition Photographique
« MUE est un projet conçu et mis en œuvre par La Capsule dans le cadre de Entre les images, un programme national de transmission et d’ateliers de pratique photographique développé par le réseau Diagonal et réalisé avec le soutien du ministère de la Culture. »
Coproduction : La Capsule – Résidence Création Photos, Le Bourget / Villa Pérochon - Centre d'art contemporain photographique, Niort
Le projet Mue prend naissance au club de boxe savate du Bourget, à partir d’un temps d’immersion et de rencontres avec des boxeur·se·s amateurs.trices.
Je photographie des sportif.ve.s, performeur.ses.s depuis plus de 15 ans. Au début, simple intuition, la boxe s’est imposée dans mes recherches comme un outil de mise en tension du corps, à la fois réel et symbolique.
Ce contexte sportif, fondé sur la discipline, la répétition du geste et la recherche de performance, devient un terrain d’observation privilégié pour interroger le corps en transformation. Le corps n’est plus une image mais un lieu d’inscription. Un lieu traversé par des contraintes, des pressions, des normes — et par des formes de résistance qui ne prennent pas toujours la forme de l’affrontement, mais plutôt celle de la tenue, de l’endurance, de la persistance.
À partir d’une expérience de terrain, Mue se construit comme une réflexion sur la manière dont le corps en action peut devenir un support de création plastique. Le projet s’inscrit à la croisée de la création textile et de la photographie, propose des formes de représentation du corps, pensées non pas comme des images figées, mais comme des processus de mutation, de dépassement et de réinvention.
Ce projet s’inscrit dans le cadre de l’Olympiade culturelle et des Jeux olympiques 2024 dont une partie a été accueillie en Seine-Saint-Denis, sur le territoire du Bourget entre autres.
MUE #16, Impression jet d'encre sur papier super brillant. Châssis affleurant habillé de textile.
Dès l’adolescence, je m’intéresse au vêtement, rêvant de devenir styliste. J’intègre l’École Supérieure d’Art et Céramique de Tarbes puis à l’École Européenne Supérieure de l’Image de Poitiers où j’ai travaillé le multiple par la gravure et la photographie. Puis, j’ai peaufiné cette pratique à l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles.
Mon intuition première autour du vêtement nourrit aujourd’hui une part essentielle de ma pratique, où le textile s’articule à la photographie pour interroger le corps et ses états de transformation. Mon travail interroge le corps comme espace d’investigation de ses seuils, de ses fragilités, mais aussi de sa puissance transformatrice. Je collabore avec des personnes engagées dans des pratiques de dépassement de soi, en m’intéressant à des instants de bascule où le corps se fragilise autant qu’il se révèle.
Mu par une logique d’ordre presque scientifique, mon travail tente de proposer un ensemble d’expériences qui sont autant de pistes pour interroger et évaluer mon rapport au monde.
Que ce soit à partir de récits, de données collectées, d’images captées, fabriquées ou simplement trouvées, mes recherches ont recours à des procédés de modélisation, de transposition ou de conversion et fonctionnent par allers-retours entre passé et futur, mémoire et anticipation.
Puisant dans l’imaginaire collectif et réactivant des utopies pour nous projeter dans une dimension prospective, je m’appuie souvent sur la recherche scientifique, l’exploration spatiale et la science-fiction, qui sont pour moi autant de points de départ et de sources d’extrapolations.
Photographies, vidéos, sculptures, dispositifs interactifs nourrissent mes installations, où la froideur scientifique et les images lunaires installent un climat à la fois étrange et poétique, agissant comme un prisme entre le réel et ses représentations. En questionnant le rôle de l’imaginaire dans notre appréhension de la réalité, je mets en exergue des phénomènes et événements dont la nature, parce qu’intangible, fait résonner la question de l’inconnu et de l’inexploré.
La Capsule, Centre culturel André Malraux, 10, avenue Francis de Pressensé, , Le Bourget 93, à 100m de la gare RER (ligne B) / 01 48 38 50 14
Galerie ouverte du lundi au vendredi de 9h à 12h00 et de 13h30 à 18h, le samedi sur Rendez-vous / Entrée libre