La philosophie du Yoga


Les principales voies du yoga

Les 4 voies traditionnelles du yoga expliquées par Krishna dans la Bhagavad-Gîtâ :

  • Jnana yoga : le yoga de la connaissance
  • Bhakti yoga : le yoga de la dévotion, de l’adoration
  • Karma yoga : le yoga de l’action désintéressée
  • Raja yoga : le yoga de la méditation

Selon Krishna, la racine de toutes les douleurs et de tous les troubles est l'agitation de l'esprit provoquée par le désir.

Patanjali explique une autre voie du yoga dans son œuvre "les Yoga Sûtras" :

  • Ashtanga-yoga : les huit membres du yoga
    1. Yamas, les règles morales : la vérité, la non-violence, ne pas voler, la vie simple, ne pas accumuler
    2. Niyamas, les disciplines personnelles : la pureté, le contentement, l'effort sincère, l'étude des textes, l'abandon
    3. Asanas, les postures
    4. Prânâyâma, la discipline du souffle
    5. Pratyâhâra, le retrait des sens
    6. Dhâranâ, la concentration
    7. Dhyâna, la méditation
    8. Samâdhi, la supra-conscience

Les 4 premiers membres sont des pratiques, considérés comme yoga externe "Bahiranga Yoga" et les 4 autres sont des états, considérés comme yoga interne "Antaranga Yoga". Les 3 derniers membres correspondent au Raja yoga enseigné dans la Bhagavad-Gîtâ.

Le Hatha Yoga est un ensemble de pratiques externes qui se pratiquent avec le corps. Il développe les asanas, le prânâyâma, les mudrâs et les sat-karma. Sa pratique est ancestrale, elle a été longtemps enseignée de maître à disciple. Le Hatha Yoga a été décrit ensuite par Svâtmârâma dans le texte Hatha Pradîpikâ.

Tous les yogas ont pour but la libération spirituelle : kaivalya.


Les philosophies Sâmkhya et Yoga

Le Sâmkhya et le Yoga sont 2 des 6 systèmes philosophiques âstikya. Sâmkhya constitue la base de la philosophie du Yoga.

En Inde on ne sépare pas la philosophie, la psychologie et l'éthique : l'être humain est considéré comme un tout, indivisible. Tous les aspects de la psychologie sont abordés sous le nom de philosophie.

D’après le Sâmkhya, l’évolution est née de la rencontre entre la matière « Prakriti » et l’énergie « Purusha », la pure conscience. La matière de base est inerte, elle ne peut pas bouger sans un apport d’énergie. La rencontre s’est effectuée comme l’aimant qui attire le fer : le fer se met en mouvement grâce à l’énergie que lui donne l’aimant. L’énergie exerce une force sur la matière qui se met en mouvement et l’évolution peut commencer. Sâmkhya signifie le nombre. Selon cette philosophie, 25 éléments constituent le monde : Purusha, Prakriti, des éléments de base, les organes des sens, les organes moteurs et les 3 entités qui constituent le chitta : intelligence, mental et égo.

Patanjali a accepté quasiment toute la philosophie Sâmkhya sans s’en approprier les concepts. Ils s’accordent sur le principe que nous sommes tous divins mais que cette divinité est cachée en nous par l’ignorance. Il faut redécouvrir notre divinité comme un diamant recouvert de poussière. Il n’y a rien à créer, il s’agit plutôt de se nettoyer.

Les philosophies indiennes parlent de 2 réalités. La réalité telle qu'elle est (la réalité ultime) et la réalité telle qu'on la perçoit (la réalité comportementale). Notre perception dépend de notre état intérieur, de notre niveau de conscience.

"Yoga" signifie joindre, rassembler, le contraire de diviser. Les pratiques de yoga ont été développées pour nous aider à devenir une personne intégrée, unifiée, ce qui signifie : être capable de rester stable, de ne pas être perturbé par les évènements qui se présentent, quelles qu'en soient les conditions. Pour Patanjali, les facteurs qui empêchent l’intégration de notre personnalité sont les schémas comportementaux du chitta (chitta = intelligence + mental + égo). Le mental fonctionne par l’intermédiaire de nos organes des sens qui orientent notre recherche du bonheur vers l’extérieur, ce qui nous « éparpille », nous éloigne de nous même et empêchent l’introspection qui mène au véritable bien-être. Patanjali propose les 8 étapes de Ashtânga-Yoga comme moyen pour canaliser les comportements du chitta. Il définit dans les yoga-sûtras les comportements du mental, leur développement, les instincts qui empêchent l’évolution, les obstacles, les résultats des pratiques et d’autres points qui nous renseignent sur nous-mêmes. Il explique aussi que la souffrance peut amener à une plus grande compréhension des choses.

Il y a des millions d’années, l’évolution était inconsciente, collective, tout allait de cause à effet. C’était une évolution continue et sans contrôle. La conscience est apparue avec l’émergence de l’être humain, l’évolution est devenue individuelle, le choix est apparu et a généré la peur de faire le mauvais choix ou la peur de perdre. La peur a renforcé le mental, l’égo est devenu dominant, l’intelligence s’est affaiblie : un déséquilibre s’est installé dans le comportement humain. Par exemple, la solitude est positive mais « se sentir seul » est plutôt négatif. La peur de se sentir seul entraîne des changements de pensées, on génère le désir de possession. On cherche une compagnie à tout prix, on veut combler sa solitude par tous les moyens. Le désir de posséder nous envahit et quand l’objet en question n’est pas atteint, pas accessible ou imaginé comme tel, la colère apparaît en réaction et perturbe elle aussi l’intelligence.

Les désirs répétés, satisfaits ou non, deviennent des conditionnements qui créent des schémas appelés les « vâsanâs ». Ce sont des désirs que l’on veut satisfaire à tout prix, on perd le sens du discernement. Les désirs créent des habitudes de comportement, des actions répétées, que l’on appelle les « samskâras ». Les vâsanâs et les samskâras se renforcent l’un et l’autre, c’est un cercle vicieux dont nous n’avons pas conscience habituellement.

Toute action est soumise à la loi du karma. Karma signifie action et résultat de l’action, c’est la loi de cause à effet. Ce qui se passe dans votre vie est le résultat de vos actions passées. Vos actions présentes, physiques et mentales, détermineront votre vie future.

La prise de conscience par l’observation de soi-même est la solution pour sortir des schémas comportementaux et revenir à un équilibre du chitta. Les différentes pratiques spirituelles dont le yoga, favorisent la prise de conscience et l’introspection qui nous mèneront à notre véritable nature.

Le manque de conscience est à l’origine de la souffrance. Patanjali explique qu’il faut s’en méfier car il nous emmène sur la mauvaise voie, on perçoit les choses qui apportent la souffrance comme des sources de plaisir, les choses transitoires comme éternelles, les choses impures comme pures… Le manque de conscience est le premier, et le plus important, des cinq kléshas que Patanjali a défini. Les « kléshas » sont des instincts qui ont une grande importance dans l’explication des fonctionnements de la personnalité. Nous naissons avec, nous ne pouvons pas les éliminer complètement, nous pouvons simplement les affaiblir par différentes pratiques. Les cinq kléshas sont :

  1. Avidyâ : le manque de conscience, l'ignorance
  2. Asmitâ : le sens du "je"
  3. Raga : l'attachement aux expériences positives
  4. Dvésha : la répulsion envers les expériences négatives
  5. Abhinivésha : la peur de la mort

Les kléshas sont à l’origine de nos émotions. Toutes les émotions y sont réparties, par exemple on retrouve l’attachement, l’amour, l’affection, la dépendance dans "raga", et la colère, la haine, le dégoût dans "dvésha". 

Les émotions, les désirs, les habitudes agitent notre mental et empêchent l'introspection. L'esprit est noyé par les pensées qui engendrent des comportements mentaux que l'on appelle « les vrittis ». Ce sont les mouvements de l'esprit qu'il faut apaiser pour retrouver l'équilibre du chitta. "Le fond du lac ne peut être visible que si la surface de l'eau est calme". Les vrittis sont les vagues qui empêchent de voir le fond du lac qui représente notre véritable nature. Patanjali dit : "Yogas-citta-vritti-nirodhah" (Yoga Sutra ch.1-2), le yoga est la science qui permet de canaliser les comportement du chitta.

Les comportements du chitta sont les causes de confusion entre les 2 réalités (ultime et comportementale). Plus le chitta est en équilibre, plus ces 2 réalités sont perceptibles.

Pratiquer avec sincérité, intensité et régularité, étudier les textes, s’observer intérieurement, remonter à la source des blocages, pratiquer des techniques de méditation ou ashtanga yoga, sont les meilleurs moyens d'éveiller la conscience et canaliser les pensées.

Éliminer l'ignorance affaiblira tous les autres kléshas et réduira automatiquement l'agitation du mental. Rendre les kléshas les plus faibles possible est l’un des buts du yoga car ils sont des obstacles à l’évolution. Ils sont à l'origine des vâsanâs (les désirs répétés), des samskâras (les habitudes) et des vrittis (les comportements du chitta).

Grâce aux pratiques, les kléshas sont sous contrôle et les vrittis sont canalisés. L'équilibre du chitta s'installe, ce qui permet l'intégration de la personnalité, la perception de la réalité ultime et la libération spirituelle.



Bibliographie : "Le Yoga, Art de vivre et science de l'expérience", l'enseignement de Shri O.P. Tiwari.





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