Mords la main qui te donne à manger

                                                        


Etat des lieux 




L'aspect biomédical recouvre la médecine contemporaine occidentale, considérée comme la médecine la plus aboutie. 
Cela n'échappe pourtant à personne que les soins médicaux relèvent de beaucoup d'autres champs de savoirs, de savoirs-faire, de savoirs-êtres et de savoirs-vivres. 

L’intérêt de la recherche médicale pour les liens entre facteurs sociaux, santé et maladie est anecdotique si ce n'est inexisant.
Les ressources scientifiques sont employées à l'étude de la chimie, de la physiologie, de la pharmacologie, de la bactériologie...
Des disciplines jugées économiquement plus rentables que l'étude de l'impact de l'environnement ( et sa dégradation) sur la santé et la maladie.

En envisageant les savoirs institués comme le produit de rapports de forces entre puissances particulièrement inégales, c'est un autre paradigme de l'apprentissage de la médecine qui s'ouvre à nous.





                             Comment fabrique-t-on plus de cohérence dans une formation médicale plus que bancale


    

        Déjà,  Le Temps.




Quelle couleur a le temps ? Quelle odeur ? Quelle saveur a-t-il quand on nous le vole? Quelle saveur, quand on le reprend? 


Ce temps, nous  le prenons sur le bachotage pour le concours de sixième année qui régit la vie des étudiant.es. 

Nous choisissons de faire de la place à un contenu plus vaste. à des savoirs minoritaires, idéologiquement dominés.
 A ce titre, la Revue "Pratiques, les cahiers de la médecine utopique" fait un travail de recueil de savoirs pluri-origine sur la santé, le soin et la maladie. ( cf rubrique les imbéciles heureux)

Nous prenons le parti de repolitiser des disciplines dont l'enseignement est aseptisé par l'université.
A titre d'exemple, comprendre l'organisation du système de santé en France, comprendre la santé publique, et faire le lien avec la pratique médicale ne relève pas de dix heures déconnectées et arbitrairement découpées de cours magistraux "d'économie de la santé" en 2ème année.(*) sur un volume de plus de 400 heures d'enseignement. 

Alors qu'il serait bien plus pertinent de travailler sur la place de l'industrie pharmaceutique dans la production du savoir médical, considéré comme scientifique, et son influence majeure dans la définition des seuils de maladie, justifiant les traitements médicamenteux, la  surprescription et la surmédicalisation
(cf rubrique "pour une formation sans firme si frime").


- ou encore faire de la place à la formation soignante.

(formation à l’éthique et éthique de la formation? Article à paraître prochainement )




Et nous, que propose t on? 


Une expérience concrète qui marche: les ateliers de co-formation

Travailler à une pédagogie médicale cohérente, stimulante, appétissante  était un des objectifs historiques du RirE.


Le CNCI (Conseil National des Concours de l'Internat) encourage lui-même l'apprentissage en petits groupes de paires. 
Mais ce modèle valorise peu l'enseignant, qui le boude souvent.
L'apprentissage en groupe de pairs est plus laborieux, mais autonomise. Il est bien plus utilisé dans la formation médicale continue.

Nous avons donc mis en place des ateliers de co-formation, sur le modèle des groupes de paires, pensés par et pour des étudiant.es.

Nous les organisons à la faculté, sur un modèle de réappropriation du programme officiel des Epreuves Classantes Nationales, avec ses 345 items.

Des ateliers dynamiques et interactifs, préparés en amont et animés par un binôme d'étudiant.es ou s'entremêlent savoirs présentés comme absolus, vécus sensibles et expériences de la médecine (in)hospitalière. Du point de vue des étudiant.es. 

Les quelques objectifs pensés initialement par les animatrices/ animateurs :

• Se donner les moyens de devenir actrices et acteurs de notre formation en travaillant à une pédagogie bien pensée.

• Retrouver l'appétit d'apprendre. (L'appétit ne vient qu'en mangeant :p )

• Radier définitivement la compétitivité sous-jacente au concours et retrouver des motivations à l'apprentissage basées sur la curiosité, la stimulation intellectuelle et non sur la performance. 

 • Faire une place au doute, aux questionnements, au cheminement, au travail à l'esprit critique. 

• Sortir de l'organicité, présenté comme le prisme unique pour comprendre la maladie.
 Avoir une vision large, replacer les pathologies dans les réalités psychosociales, économiques, affectives et politiques dans lesquelles elles émergent.
Partir de cette vision "holistique" pour repenser le soin.


 

* Qu'est ce que l'économie de la Santé? Ou plutôt qu'est ce que cette appellation dit du rapport à l'objet étudié? Lire à ce sujet l'excellente interview de Pierre Volovitch, économiste de l'Assurance Maladie, paru dans le numéro 60 de la revue pratiques ( les déserts médicaux).