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Marraine de coeur !

publié le 19 juin 2014 à 05:15 par Françoise Traverso   [ mis à jour : 19 juin 2014 à 05:17 ]

Marraine de coeur


Aux fondements de l'entreprenariat féminin : le droit des femmes et les droits de l'homme... Biilink vous fait découvrir Francoise Traverso, sa marraine de cœur depuis le début, Présidente de l'Association Internationale des Droits de l'Homme.

Qui êtes-vous Françoise TRAVERSO ?
D’origine camerounaise, Juriste de Droit privé spécialisée en Droits de l’Homme, je suis Présidente Fondatrice de l’Association Internationale des Droits de l'Homme – A.I.D.H depuis 1998, je suis mariée et mère de trois garçons.

Pourquoi ce combat humaniste à travers l'AIDH ?

Tout simplement parce qu’une  seule voix  ne peut aller aussi loin que l’on voudrait, c’est à plusieurs et au sein d’une structure organisée que l’on peut faire avancer des idées en mettant en place des actions. L’A.I.D.H nous offre  donc cette plateforme  nous permettant de mener ce   combat pour la défense, l’éducation et la vulgarisation des Droits de l’Homme et notamment ceux des femmes et des enfants. Le respect de la dignité de l’homme,  de la vie  partout dans le monde, est et restera toujours au centre de nos préoccupations. 

Qu'est pour vous la défense des droits des femmes ?
La défense des droits des femmes revient à dire la défense des droits de l’Homme en général.
Depuis quelques années, l’A.I.D.H  consacre un certain nombre d’actions en direction des femmes.   Nous avons  fait le choix de défendre cet être exceptionnel qui est non seulement celui qui donne la vie, mais c’est aussi l’épouse, la sœur, l’amie. Il se trouve malheureusement qu’elle bénéficie d’un  statut  fragile au sein de la famille et dans  la société dans toutes les parties du monde. Pour l’A.I.D.H, la femme mérite toute notre attention. Cette situation n’est pas propre à l’A.I.D.H, regarder les politiques gouvernementales, les lois  nationales, les Conventions internationales accordent une protection tout aussi particulière à la femme.
Défendre les droits des femmes, c’est leur accorder les mêmes droits qu’à l’homme ni plus ni moins sans aucune discrimination eu égard au sexe. L’article 1er de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 dispose que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits… ». Voyez-vous, cet article ne fait aucune distinction au sexe encore moins à la race, à la religion…, il parle bien des êtres humains c’est-à-dire, des hommes et des femmes. Puisque la société et la famille méconnaissent cette égalité, il faut bien le leur rappeler à travers des structures à l’instar de l’A.I.D.H.   Les droits des femmes doivent donc être reconnus et garantis dans toutes les sphères de vie aussi bien familiale, sociale, politique que professionnelle. La différence de traitement engendre les inégalités et à cet égard, les statistiques montrent bien que la femme est la première exposée. Prenons le cas des violences conjugales, que voyons-nous ? Les femmes sont les premières victimes de cette violence. En 2013, la France a enregistré   121  décès de femmes contre 25 hommes  (Ministère des Droits des femmes). Plus que jamais, la femme a besoin de cette attention toute particulière à son égard.



En quoi l'entreprenariat féminin est pour vous une cause à part?
 Celle-ci est en forte croissance depuis quelques années aussi bien dans les pays industrialisés que  dans les pays en développement au travers des micro-entreprises. L'entrepreneuriat  féminin peut se définir comme la création et le développement d'entreprises par les femmes.
Il est vrai que l’entrepreneuriat touche un domaine clé,  celui-là même qui rend la femme indépendante, autonome  financièrement. Certes, la société française entreprend à minima et les femmes encore plus (30% en 2012).  Les politiques publiques mises en place depuis quelques années encouragent de plus en plus les femmes à créer leurs propres entreprises. Dès 2012, le gouvernement actuel a décidé de la mise en place d’un plan de développement de l’entrepreneuriat au féminin.  Ce  plan fixe des objectifs forts : faire progresser de 10 points le taux de femmes entrepreneurs en France d’ici à 2017 et ouvrir l’accès le plus large possible à tous les dispositifs d’aide à la création/reprise d’entreprise. Les comparaisons internationales montrent par ailleurs que la France est en retard par rapport à ses voisins. Ainsi, en 2011, moins de 3% des françaises sur la tranche d’âge 18 -64 ans ont créé une entreprise ou étaient propriétaires d’une entreprise récemment créée contre 4,5% en Allemagne, 5,2% au Royaume-Uni et plus de 10% aux Etats-Unis. Notre retard est préjudiciable aux femmes dont les perspectives professionnelles se trouvent ainsi limitées alors même qu’elles sont en moyenne à la sortie de l’université plus qualifiées que les hommes ; il est préjudiciable aussi à notre économie qu’il prive d’innovations et de création de richesse.
Entreprendre pour les femmes  est donc un enjeu d’égalité homme-femme tout comme, le droit de disposer de son corps...  Donner  aux femmes des moyens de se réaliser dans les mêmes conditions que celles réservées aux hommes  est une simple application du respect de l’égalité. Il est important de développer chez les jeunes la confiance en soi. La dimension psychologique est d’importance et la chose à faire c’est de former à l’entrepreneuriat dès les premières années du collège. Les pays scandinaves le font et ça marche même très bien.
Faut-il donc  parler de cause à part ? Je ne suis pas convaincue que cette cause soit réellement  différente des autres causes qui discriminent la femme.

Pensez-vous que les femmes plus que les hommes ont besoin de soutien? Si oui pourquoi ?

En effet, les hommes dès le jeune âge sont formés aux métiers de  la création contrairement aux femmes. Lorsqu’elles  se lancent, beaucoup hésitent et ne croient pas du temps en leurs chances de réussite. Il ne faut pas non plus oublier les écueils rencontrés :
Les femmes entrepreneures restent confrontées à de nombreux freins comme:

Des difficultés d’accès aux financements, aux prêts bancaires
-    Une absence de culture de l’entrepreneuriat,-
-    Une insuffisance de formation, d’accompagnement et de soutien à l’entrepreneuriat
-    Une conciliation des temps de vie personnels et professionnels plus difficile du fait d’être une mère et une femme,
-    Des freins à la mobilité...

Tous ces faisceaux d’éléments sont des freins pour celles qui veulent entreprendre. En cela elles ont besoin de plus de soutien. 
  
Quel est pour vous le levier qui va permettre de changer la condition des femmes ?
Le seul levier permettant de changer la condition des femmes est l’éducation.
« Mandela disait que « l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde », et j’y souscris complètement.
Par l’éducation et dès le jeune âge, elle pourra acquérir des connaissances  lui permettant  de contrôler sa vie, de se prendre en main et d’être autonome économiquement. En effet, la dépendance financière oblige très souvent les jeunes filles et certaines familles à monnayer la vie de la jeune femme voire même des petites filles de 6 à 8 ans.
Une femme éduquée est libre, indépendante, équilibrée et surtout, elle a confiance en elle. Seule l’arme de l’éducation permet ce « miracle ».



Le plafond de verre c'est quoi pour vous ? Définition ? Conséquence ?
Le plafond de verre est une expression américaine désignant initialement les "freins invisibles" à la promotion des femmes dans les structures hiérarchiques. Il s’agit donc pour les femmes de ne pas atteindre des postes de direction au sein des entreprises. 
En France et dans   le monde, peu de femmes occupent des postes de direction  et c’est ce qui est appelé  «  le plafond de verre ».
La conséquence : très peu de femmes à des postes de direction ; réduction de la part des femmes au sein des grands groupes du CAC40. Résultat, les femmes confrontées  au  réseau de pouvoir, se mettent des barrières en s’autolimitant.  Les raisons de cette auto limitation sont multiples et  peuvent varier d’une femme à l’autre. Pour ce qui est de la France, les femmes doivent saisir la chance qui leur ait offerte pour bénéficier des nouvelles politiques publiques en vigueur à savoir, briser ce plafond de verre de 40 % d’ici à 2017, il faut y croire !

Souvent c'est l'exemplarité qui accompagne un changement de mentalité ou d'action... : quelles sont les références et connaissances féminines qui incarnent pour vous cette exemplarité?
J’aime souvent à dire que lorsque j’avais 7 – 8 ans et vivais à Yaoundé (Cameroun), une femme me fascinait, elle était la première femme Ministre au Cameroun sous l’ère du premier Président AYIDJO. Cette femme, et passait à cheval tous les dimanches matin devant la maison paternelle, c’était Delphine TSANGA. J’ai voulu faire des études longues pour lui ressembler… (rire) !
Plus sérieusement, les figures des femmes qui m’ont marquées sont principalement  Olympes de Gouges, première femme à avoir rédiger la première déclaration des droits des femmes et de la citoyenne en France (18ème siècle). J’admire son courage, son audace à revendiquer à travers cette Déclaration semblable à celle de 1789, celle des » hommes », l’égalité des droits homme-femme si l’on se réfère au contexte de l’époque, elle sera d’ailleurs guillotinée par la suite.
Plus près de nous, j’ai de l’admiration pour   Simone de Beauvoir (20ème siècle), cette théoricienne du féminisme avec son œuvre phare, le « Deuxième Sexe ». Il y en a certainement d’autres qui continuent à m’éclairer en même temps, je pense qu’il faut avancer selon ses propres convictions.

Si vous aviez un souhait pour changer le monde actuel sur un de ses aspects, ce serait lequel ?

Je souhaite tellement que la paix règne dans les cœurs  partout dans le monde. La pauvreté, la misère, le sous-développement, l’exploitation des faibles… créent des inégalités et  font naître la haine, la colère, la révolte et au-delà les guerres.

En quoi votre parcours personnel vous a poussé à œuvrer pour les autres ?

Aussi loin que je puisse me souvenir, je pense avoir toujours eu une lumière au fond de moi : aider et être au service des autres pour plus de justice sociale dans un monde en paix. Je me suis toujours sentie concernée face à l’injustice et à la souffrance des autres. Le droit m’est apparu comme la voie à privilégier pour répondre à cette exigence morale.
Après une Maîtrise de droit privé option carrière judiciaire, je me prédestinais  à la profession d'avocat, le but ultime étant, la défense de la « veuve et l'orphelin ». Cependant une autre voie m’était offerte, les Droits de l’Homme, également très proche de mes objectifs, et j’ai donc délibérément franchi le pas et  suivi un 3ème cycle en Droits de l'Homme à l'Institut des Droits de l'Homme de Lyon (France).

Les Droits de l’Homme, bien que d’origines très  lointaines, n'était pas vraiment d’actualité dans les années 90 alors que ceux-ci et notamment la Déclaration Universelle de 1948, dataient déjà de plusieurs décennies, voir des siècles en ce qui concerne la Déclaration des Droits de  l’Homme et du Citoyen – France (1789).

Durant la dernière année universitaire, j’ai eu la chance de participer,  avec quelques-uns de mes camarades de l'Institut, au concours René CASSIN (1996). Ce concours, organisé par des Universités européennes pose comme problématique, la violation de la Convention Européenne des Droits de l'Homme de 1950 et notamment les articles 3 et 8 de ladite Convention
Le concours fut passionnant à plus d'un titre. En effet, nous plaidions devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme (Strasbourg), de façon tout à fait officielle et avec toute la solennité qui entoure cette Cour de justice. Cet épisode conforta encore plus le sens de mon engagement auprès des plus faibles.
Mon côté humaniste s'était renforcé grâce et à cause de cette formation,  sans conteste le concours René CASSIN fut une étape importante.
Afin de parachever ma formation, j'effectuais un stage auprès de l'Organisation Mondiale contre la
Torture à Genève.  Ce stage me permit d'étudier des situations de violations des Droits de l’Homme, des cas réels qui se déroulaient dans différentes parties du globe. Je mesurais une fois de plus à quel point l'être humain était vulnérable et sans défense, faute d’un cadre juridique approprié ;  et encore plus, lorsque les droits fondamentaux de l'Homme n'étaient point respectés.

En 1997, j'effectuais un voyage au Cameroun, celui-ci renforça ma détermination. Je pus mesurer une fois de plus, les souffrances de nos semblables en étant témoin de différentes scènes. La misère, les larmes d'une mère devant une pharmacie, son bébé mourant dans les bras, ordonnance à la main, implorant les passants de sauver son petit enfant… Comment peut-on vivre avec cette image ?  Ce sont des scènes épouvantables. Et que dire d’autres chapitres de la souffrance humaine ? Ne pas manger à sa faim alors qu'il y a tant de richesses gaspillées de par le monde ?
Que signifient les Droits de l’Homme ? Est-ce que nous les comprenons vraiment ? Sont-ils universels ou doivent-ils s'adapter en fonction des Régions du monde ? Manger à sa faim est pourtant un Droit de l'Homme universel ? Se soigner en est un autre ? Et l’éducation ?
Ma décision était prise, il fallait mettre sur pied une structure afin de contribuer à alléger cette souffrance humaine. Avec le soutien de Christophe LOKOSSOU, mon cher camarade et ami rencontré des années plus tôt lors de notre formation à l'Institut des Droits de l’Homme, et Alain TRAVERSO devenu mon époux plus tard, l’A.I.D.H était née (1998).

L'activité au sein de l’Association, passionnante et prenante du fait de la diversité des sujets. J’appris beaucoup en participant à différentes Sessions des Droits de l'Homme de l'ONU durant lesquelles les Etats parties présentent la Mise en œuvre des dispositions internationales relatives aux Droits de l’Homme dans l'ordre juridique interne.

La satisfaction que j'éprouvais à évoluer dans le milieu des Droits de l’Homme et les expériences associées furent complétées par une expatriation de plusieurs années en Asie du Sud-Est dont la Malaisie, Singapour, la Thaïlande.
Ces séjours furent profitables à plus d’un titre car je me trouvais confrontée à des cultures différentes de l’Europe et d’Afrique bien que la chaine des valeurs était très centrée autour de la famille.
Ce parcours si riche et diversifié me permet aujourd’hui d’appréhender différemment les situations qui se posent à nous au sein de l’A.I.D.H. Je profite ici pour remercier toute l’équipe de l’A.I.D.H et notamment mon époux qui m’accompagne et me « supporte » depuis sa création.

De quoi a besoin l'A.I.D.H aujourd'hui pour développer son action ?
L’A.I.D.H a besoin des financements pour se développer en plus d’une bonne visibilité.
Il est indispensable de donner des moyens aux associations pour qu’elles vivent et se développent autrement au lieu de les maintenir sous une forme archaïque de la loi de 1901. Les combats que nous menons sont des combats justes, ils mènent à n’en point douter à la prise en compte du moi en famille et en société  et contribuent en cela à la cohésion sociale, à un mieux vivre ensemble au sein de la communauté humaine. Ni les Mairies, ni mêmes les Ministères de tutelles ne nous aident pas et pourtant, nous apportons aides et soutiens aux personnes en situation de précarité et notamment aux victimes de violences conjugales. Cette aide nous est indispensable pour poursuivre nos actions.

A BiilinkWomen et à sa Présidente Stéphanie CASSIN,  mille mercis pour votre soutien et votre  engagement auprès des femmes entrepreneures et pas seulement. Le Réseau Biilink donne cette opportunité aux femmes de se connecter en mutualisant  les synergies. Votre présence auprès des femmes permet d’atténuer les inégalités existantes dans le domaine entrepreneurial. Merci à vous.


Stéphanie Cassin
Retrouvez dès à présent Françoise Traverso sur Biilink !

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