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Le 06 Février - Journée Internationale Contre les MGF

publié le 4 févr. 2014 à 13:01 par Françoise Traverso
 « L’ONU face aux Mutilations Génitales Féminines » !


Les Mutilations Génitales Féminines (MGF) sont une  barbarie faite aux filles et jeunes femmes dans notre monde en particulier en Afrique, au Moyen Orient, en Asie et en Amérique du Sud. Et Par l’effet des Migrations, les Pays d’Europe et d’Amérique du Nord sont également touchés.
Les mutilations génitales féminines nous concernent tous : qu’une fillette ou une jeune femme puisse être maintenue de force et mutilée constitue une violation des droits humains. Comme vous le savez sans doute, les mutilations génitales féminines touchent environ 140 millions de femmes et de filles à travers le monde. Chaque année, on estime que 3 millions de filles supplémentaires à travers la planète risquent de se retrouver victimes de cette pratique. Il était donc temps que la Communauté Internationale se saisisse de cette problématique.

I.- Évolution  de l’ONU sur la problématique des MGF.

Sans parler au nom de l’ONU encore moins prendre sa défense je dirai simplement en toute objectivité que les Nations Unies malgré toutes les critiques qu’on peut leur adresser à juste titre parfois, ont été depuis 1945 au côté des femmes, même si cela ne s’est toujours pas traduit dans les faits. La Chartes de 1945 pose le principe de la non-discrimination à l’ égard des femmes. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948  en son article 5 précise : « que nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels inhumains ou dégradants. La personne humaine est inviolable et ne peut souffrir d’aucune atteinte sauf pour des raisons thérapeutiques. Les MGF entre donc  sans conteste dans la sphère de l’article 5 précité. D’autres textes de protection s’ajouteront  à l’issue des différentes Conférences Internationales  sur les Droits de l’Homme en général, et ceux des Femmes en particulier  et notamment, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de Discrimination à l’égard des femmes. Jusqu’à l’adoption de cette Résolution, force est de reconnaitre que les MGF ne faisaient pas l’objet d’un traitement particulier, elles intégraient  le bloc général des violences à l’égard des Femmes.
Le travail mené en amont par un certain nombre d’Institutions des Nations Unies donc l’ONU Femme, l’OMS, l’UNICEF ou le PNUD ; l’Union Européenne en collaboration avec certains gouvernements,  les communautés locales d’Afrique et d’Asie sous la pression récurrente de la société civile ont sans conteste contribué au résultat que nous connaissons aujourd’hui. Amnystie International,  la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, et une multitude d’Associations et ONG ont largement contribué à cette victoire. Le long processus de luttes, des campagnes de dénonciations des MGF ont permis aux Nations Unies d’avoir  des éléments de réflexion permettant de mesurer les effets néfastes de ce fléau.

En février 2012 – La chanteuse béninoise et Ambassadrice de l’UNICEF, Angélique Kidjo exhortait tous les Etats membres des Nations Unies à interdire la pratique des MGF. Selon Mme Kidjo, la MGF est une pratique cruelle qui cherche à rabaisser les femmes et à leur enlever leur identité.
L’Association internationale des Droits de l’Homme –  y dénonçait également les violences faites aux femmes donc les MGF, à travers son Colloque du 24 Novembre 2012.

Comme une réponse à cette dénonciation, la Commission de l’ONU en charge des questions humanitaires, culturelles et sociales  adoptait le 26 novembre 2012, la Résolution 1326 contre les MGF. Fait exceptionnel,  cette Résolution était soutenue par plus de 110 Etats, dont une cinquantaine en Afrique. C’est cette même Résolution qui sera entérinée près d’un mois plus tard, par la Haute Assemblée Plénière, le 20 Décembre 2012.Il faut souligner par ailleurs que c’est la toute première fois  que les Nations Unies  appelaient à mettre fin aux Mutilations Génitales Féminines à travers une Résolution.

II.- Le contenu de la Résolution de l’ONU sur les MGF

Ce 20 Décembre, lors de sa 67ème session, l’Assemblée Générale des Nations Unies  adopte pour la première fois, et par consensus, la Résolution intitulée : « Intensification de l’action mondiale visant à éliminer les mutilations génitales féminines ».

A.- Les obligations incombant aux Etats.

1.-  Une condamnation sans équivoque des MGF

Exhorte les Etats à condamner les pratiques nocives contre les femmes et les filles, en  particulier les MGF qu’elles soient pratiquées ou non dans un centre médial.

2.- Mesures de protection  des jeunes filles exposées ou qui   risquent de subir des MGF. La Résolution demande aux Etats de prendre des mesures nécessaires afin de préserver  les filles et les femmes de ces pratiques, en promulguant des lois répressives et en veillant à leur bonne  application.

 3.- Protéger et à assister  les femmes et les filles victimes des MGF.

4.- Punir les auteurs des actes. Un dispositif pénal doit être complété si besoin, pour permettre de sanctionner les auteurs de tels actes.
Recommandations : Protéger les filles exposées – mettre fin à l’impunité en renforçant les lois répressives – soutien matériels et financiers aux victimes.

B.- Autres formes d’obligations pour les États : Les mesures de préventions

S’il est reconnu que des mesures adéquates doivent être prises en faveurs des victimes et contre les auteurs de ces actes barbares, il s’avère tout aussi fondamental de mettre en place voire de renforcer le dispositif de prévention. Des programmes d’information, de sensibilisation, d’éducation scolaire, non scolaire afin de promouvoir la participation directe des filles et des garçons, en les associant aux actions de prévention et d’élimination de ces pratiques traditionnelles s’avèrent fondamental pour la réussite d’un tel processus. Des ressources suffisantes doivent également être allouées  aux services compétents pour soutenir des programmes mis en œuvre.
L’expérience accumulée par ONU Femmes au Burkina Faso, au Bénin et dans d’autres pays montre que si les initiatives visant à criminaliser les MGF sont cruciales, elles doivent être parallèlement appuyées par des services en faveur des victimes. Cette expérience a permis de faire participer des personnalités influentes aux activités communautaires afin de changer les normes sociales existantes. « Les initiatives doivent également être assorties de mesures pratiques visant à mener les auteurs devant la justice » avait déclaré John Hendra, Sous-Secrétaire général et Directeur exécutif adjoint d’ONU Femmes.
Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) a par ailleurs reconnu « qu’une fillette ou une femme qui demande l’asile parce qu’elle a été contrainte de subir, ou risque de subir, une MGF, peut prétendre au statut de réfugiée. Il importe de souligner que les MGF sont une persécution fondée sur le genre et propre aux enfants. Il convient d’intégrer la protection des réfugiés qui risquent de subir une MGF dans  la stratégie globale de protection ».

C.- Célébration de la Journée Internationale Contre les MGF - le 06 Février!
 
L’ONU demande  à tous les États, les organismes des Nations Unies, la société civile et tous les acteurs concernés à célébrer la Journée Internationale de la Tolérance Zéro à l’égard des Mutilations Génitales Féminines le 6 Février et à utiliser cette journée pour promouvoir les actions de luttes contre ce fléau. C’est une immense victoire pour la société civile et les organisations de défenses des Droits Humains.

D.-   Présentation d’un rapport sur les causes profondes  des pratiques des MGF !

La Résolution priait par ailleurs le Secrétaire général des Nations Unies de présenter un rapport pluridisciplinaire sur les causes profondes de la   pratique des MGF et les facteurs y contribuant, sa prévalence dans le monde et ses conséquences pour les femmes et les filles. Il ne faut pas perdre de vue que nous avons environ 3 millions de filles et jeunes femmes mutilées chaque année à travers le monde.
Bien qu’elles ne soient pas juridiquement contraignantes, les résolutions de l’Assemblée générale de l’ONU ont un poids moral et politique indéniable.

III. - Conclusion : Portée de cette Résolution

La portée de cette Résolution est double :

A.- La portée morale

En effet, l’élément essentiel de cette Résolution repose sur le fait que  l’ONU place les MGF dans le bloc des droits humains et prône une approche globale d’intégration et de valorisation des Droits des Femmes. Désormais, ces  droits font partie intégrante de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 et à ce titre sont inviolables. La Résolution souligne en outre à quel point il importe de renforcer l’autonomisation des femmes, de promouvoir et de protéger les droits en matière de sexualité et de procréation et  de briser ainsi le cycle de la discrimination et de la violence. Dans un tel processus, l’autonomisation économique des femmes s’avère essentielle.

B.-La  portée politique.

La portée politique tient au fait que la Résolution contre les MGF a été adoptée par tous les États Membres de l’ONU (193)  et par consensus, sans débat, fait rare qui mérite d’être souligné. Ce projet était porté par les pays Africains avec pour chef de fil, l’Ambassadeur  du BURKINA FASO auprès des Nations Unies Monsieur KOGDA et soutenu par plus des 2/3 des États membres dont l’Italie et la France.

Je conclurai en disant simplement que tous les gouvernements du monde ont dorénavant une « feuille de route » pour mettre définitivement fin aux MG. Le vecteur incontournable  pour atteindre l’éradication étant bien entendu l’éducation et le respect du principe de l’égalité femme-homme  dans toutes les sphères de la vie. Ne l’oublions pas, nous vivons encore sous le règne du système patriarcal et ce, depuis l’époque néolithique. Certes, des améliorations sont faites ici et là, mais beaucoup reste à faire. Le changement de ce modèle de société est à mon sens la condition sine qua none pour que la femme retrouve honneur, dignité, maitrise de son corps en somme, sa liberté.
 Au-delà de ce message politique, il faut comprendre également un message d’espoir pour des millions de filles et de femmes qui risquent chaque année de subir cette pratique discriminatoire qui demeure  un sujet tabou, au nom des traditions, et faussement de la religion. Les traditions ne sont pas immuables, ce que l’homme a construit, il peut aussi le déconstruire d’autant que cette construction se révèle néfaste pour le deuxième genre.
Je forme un vœu à la Martin Luther KING : « Ceci est notre espoir … sachant qu’un jour, viendra la liberté pour toutes »…les femmes du monde.

Françoise TRAVERSO
Présidente Fondatrice de l’A.I.D.H.



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