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DOSSIER CENTRAFRIQUE !

publié le 24 févr. 2014 à 10:19 par Françoise Traverso   [ mis à jour : 24 févr. 2014 à 10:25 ]


Grandes Lignes sur les Défis du moment :

La Centrafrique a enfin son nouveau Président en la personne de Catherine Samba-Panza .Que de chemin et de tractations pour en arriver là. Remportant les élections prévues par le CNT (actuel parlement) le lundi 20 janvier, l’arrivée de cette dernière aux affaires, met fin au régime SELEKA . Ainsi, la transition prend une nouvelle forme avec d'énormes défis à relever que nous allons décortiquer pour mieux percevoir la ligne directrice de l'équipe gouvernementale qu’elle aura à diriger.

Catherine Samba-Panza, femme de consensus, face aux défis

La maire de Bangui remplace l'ex-président Michel Diotodia, contraint à la démission le 10 janvier pour son incapacité à mettre fin aux tueries  inter-religieuses. Catherine Samba-Panza est bien connue de la politique centrafricaine du fait de son ancienneté dans le milieu. Née   en 1954 à N’Djamena, elle est issue d'une mère Centrafricaine et d’un père Camerounais.

Elle rallie plus tard Paris où elle fait ses armes en Sciences Juridiques avec pour spécialité les Droits de l’homme. Cette convergence est de bonne augure pour l’A.I.D.H qui compte bien soutenir la Centrafrique afin d’y apporter sa contribution. Politiquement elle n’a jamais été affichée ou militante d’une tendance ( Bozizé-Diotodia) de mémoire de Centrafricain.

Rappelons que Mme Panza a été en tournée dans plusieurs pays au sein de la région des grands lacs. A l’époque formatrice en Droits humains, elle était membre active de l’Association des Femmes Juristes de Centrafrique (AFJC).La première femme Présidente de Centrafrique a côtoyé un grand nombre d’ONG et est rôdée en questions humanitaires. Elle sait donc à quoi s’en tenir face à la situation précaire du pays. 

I.- Un assainissement total des Droits de l’homme.

 L’instabilité est devenue monnaie courante dans le pays au lendemain de la chute de François Bozizé en Mars 2013. Les violations des Droits de l’homme ne font que se multiplier. Bozizé tombé, c’est Michel Diotodia qui prend le pouvoir avec le mouvement SELEKA .

Tous ceux qui seront issus de cette rébellion ne rallieront guère la République pour gouverner le pays. Ils vont s’adonner à des exactions allant jusqu’à bafouer la dignité humaine. Les commerces sont pillés avec des viols , assassinats, des tueries occupent le quotidien des Banguissois.

L’ONUAmnesty International , A.I.D.H et bien d’autres entités ont condamné les violations des Droits de l’homme. Hélas ce sont les femmes et les jeunes filles qui paient le lourd tribut de la crise. Amnesty a été très fréquent sur le terrain malgré les conditions de travail difficiles. Les agents chargés des investigations se sont heurtés au fait qu’elles ne voulaient s’exprimer par peur de représailles. L’anonymat a toujours été de mise. L’argument le plus utilisé par les rebelles est celui de fouilles des maisons pour découvrir des éventuelles cachettes d’armes. C’est alors qu’ils s’infiltrent dans les foyers et violent les personnes appartenant au sexe faible.

Des viols qui prennent parfois des heures sous la menace des armes. Au final elles se retrouvent avec des grossesses indésirées ou répudiées par leurs hommes. Ces derniers une fois informés que leurs conjointes ont été violées, les abandonnent à leur propre sort. Hélas dans bien des cas, les victimes ne peuvent consulter de médecin , faute de moyens. On a en mémoire, le camp de fortune qui a pris forme à l’Aéroport de Bangui et qui est passé en boucle sur les chaînes internationales. Ne parlons pas des épidémies et pandémies répandues dans la foulée : SIDA , dysenterie , paludisme  , fièvre typhoïde entre autres .L’insécurité est telle que les humanitaires ne peuvent atteindre la majorité des sites où sont basés les déplacés. On évalue à plus d’un million leur nombre à travers le pays.

Le départ de Michel Diotodia a encore aggravé la situation d’où la complexité de la mission de cette chère Catherine Samba-Panza. Cette fois ce sont les femmes proches de la SELEKA de par leurs origines ou confession religieuse qui sont victimes d’exactions. Leurs maris, frères , pères ou autres sont exécutés sans autre forme de procès . La conséquence immédiate est le placement massif de populations musulmanes allant jusqu’à quitter le pays. Nous avons au premier plan , les ressortissants tchadiens , qui sont les plus visés soupçonnés d’être à la solde de la SELEKA.

Pour une population d’environ  5 000 000 d’habitants en Centrafrique, plus de la moitié se trouve exposée aux problèmes humanitaires. A la base des hostilités les Anti-Balaka qui vont jusqu’à défier la Présidente de la transition. Mais Catherine Samba-Panza a été claire en ces propos : "Les Anti-Balaka ont perdu le sens de leur mission. Ce sont eux qui tuent, qui pillent, qui volent". La justice centrafricaine suit de près les violations des droits de l’homme. Des charniers ont été découverts à plusieurs endroits comme l’affirmait Mr  Ghislain Grezenguet procureur de la République. Le magistrat n’exclut pas la présence d’autres fausses communes à travers le territoire national car le nombre de villages fantômes se compte par centaines voire par milliers.

 On  constate amèrement que le volet humanitaire est laissé totalement aux actions privées des ONG et associations. Les pays des forces armées en présence n’ont pas encore suivi le pas. Les ONG connues du grand public tel que Médecins de Monde ou UNICEF sont présentes. Elles renforcent même leurs moyens d'intervention. Les ONG plus modestes, peinent à avoir des fonds, même si elles sont implantées en Centrafrique et développent conjointement des actions remarquées dans ce pays.
Craignant pour leur vie, des centaines d’anciens représentants du gouvernement de Michel Diotodia sont entrés dans la clandestinité avec leur famille ou ont fui le pays. Pour preuve le député du Conseil national de transition Jean-Emmanuel Ndjaroua, a été assassiné, le 9 février dernier, à Bangui. Pourtant la veille, il interpellait le gouvernement sur le climat de violences persistant en Centrafrique. Une dizaine de jours avant, deux de ses enfants avaient été sauvagement assassinés. Il était originaire de l'est de la Centrafrique dans la préfecture de BRIA qu’il représentait.

Une grande partie des homicides illégaux ont été commis à Bangui et dans d’autres régions du pays occupées par la SELEKA, avant et après la chute du président Diotodia.

 D’autres civils ont été tués car ils avaient protesté contre des atteintes aux droits humains, notamment le pillage de leurs biens. La guerre a aussi donné naissance à l’enroulement d’enfants au profit des mouvements armés. L’UNICEF a déjà pris position et suit le dossier de très près. Elle avait dénoncé la semaine passée ce fait en insistant sur les << mutilations>> et << extrêmes violences >> dont les enfants centrafricains sont victimes. Un chiffre d’environ 150 victimes a été avancé par l’institution qui ne compte pas être passive sur le dossier Centrafricain.

La République centrafricaine est signataire de la convention de Genève. Elle est donc tenue de respecter le droit international relatif aux droits humains, qui comprend des normes issues du droit international coutumier et des normes inscrites dans les traités internationaux et régionaux auxquels le pays est partie. Les autorités de transition  devront ouvrir  des enquêtes sous peine de voir la CPI agir à leur place afin que le Droit soit dit et rétabli.

 La situation du point de vue humanitaire et en matière de droits humains est à un stade critique. Si le niveau de non-retour est atteint et que  les parties intéressées par la crise, nationales comme à l’extérieur, n’agissent pas immédiatement la situation sera totalement hors de contrôle. Un maintien en l’état, voire une dégradation potentielle, de la situation est intolérable.

 

 La crise affecte déjà des pays voisins, dont plusieurs sont eux-mêmes instables et minés par des conflits armés et des crises des droits humains qui en résultent. La MONUSCO au Congo voisin a même annoncé l’arrivée de combattants de la SELEKA. Ces derniers ayant fui le pays, ont traversé la frontière par infiltration et pourraient être un danger s’ils nouent des alliances avec les rebellions actives dans le pays qui vient à peine de se défaire du M23.

 

Une bonne coordination entre acteurs humanitaires et autorités nationales, avec des partenaires internationaux, pourrait être un début de solution aux défis humanitaires loin d’être gagnés par l’équipe de Mme Catherine Samba-Panza.

 

II.- Une problématique d’identité à gérer avec les mouvements armés.

Le conflit centrafricain est né d’un souci identitaire qui a mis à mal le régime de transition. C’est ainsi que la venue de Michel Diotodia a été l’élément déclencheur. Ce dernier de confession musulmane était remonté contre l’oubli de sa communauté dans le développement national. Les régions du Nord et de l’Ouest seraient donc les oubliées, vu la présence d’importantes infrastructures à Bangui et dans les environs. Ces zones sont à tendance chrétienne surtout favorables à François Bozizé, Président renversé par la SELEKA. Ainsi les chefs de guerre du mouvement armé avaient une  consigne précise : s’en prendre aux partisans du président fuyard, François Bozizé. La SELEKA a pendant plus d’une année persécuté les chrétiens centrafricains. Pour se défendre les mouvements d’auto-défense ANTI-BALAKA sont nés.

Lorsque Mme Catherine Samba-Panza a été élue, la SELEKA a replié laissant un vide exploité par les milices chrétiennes ANTI-BALAKA. Les conséquences ont été la tournure rapide des événements de la crise. Le conflit est devenu confessionnel opposant chrétiens et musulmans. Nul ne peut démentir ce fait, étant donné que les autorités religieuses du pays ont dû intervenir pour apaiser les tensions. A longueur de journée sur les chaînes de télévision, on peut voir ces images qui déchirent le cœur. Des mosquées ou églises brûlées, des familles apeurées ne sachant à quel saint se vouer, des cadavres jonchant les rues du pays. C’est d’ailleurs ce qui a poussé les deux hauts responsables religieux à descendre dans l’arène à savoir, l'Archevêque de Bangui et le Président de la  Communauté islamique centrafricaine.

Voilà pourquoi Monseigneur Dieudonné Nzapalainga, et l'Imam Oumar Kobiné, ont été reçus par François Hollande le mois passé. En cette journée du 23 janvier 2014, ils étaient les hôtes du Président Français à qui, ils ont expliqué les réalités du conflit appelant à une importante mobilisation de la communauté internationale. Ils entamèrent une tournée à travers l'Europe allant à Londres, Amsterdam et Bruxelles. L’Union Européenne était l’interlocuteur visé afin de soutenir leur pays en ces moments difficiles. Leur point de vue est très simple : le conflit est politique et non confessionnel. La religion est un prétexte pour atteindre des buts inavoués  à l’encontre de la République.

Les deux chefs religieux savent que le principal défi sera celui de la réconciliation. Et c’est autour de cela que tous les acteurs devront s’impliquer notamment des médias  et Associations humanitaires. C’est ce qui a poussé le Ministre Sénégalais Youssou N’Dour à prendre fait et cause pour la Centrafrique en « péril ». Actuellement Conseiller du Président Macky Sall, la star mondiale  s’est associée à l’artiste centrafricaine Idylle Mambe. La chanson << One love >> est née de cette union afin de sensibiliser les Centrafricains pour qu’ils s’acceptent mutuellement.

L’image à retenir de cette collaboration est celle d’un musulman et d’un chrétien unis pour un même but, la paix. L’on peut comprendre qu’une des clés à la résolution de la crise centrafricaine est bien l’entente entre musulmans et chrétiens. Tel est le prix pour bâtir la paix en Centrafrique.

Le projet entre les deux artistes était de ressortir cette image d’une Centrafrique unie où musulmans et chrétiens regardent dans la même direction. Une façon de dire que malgré la déchirure du tissu social, les Centrafricains peuvent bien se parler entre eux parce que, «  condamnés à vivre ensemble », ils ont une même histoire,  un même destin et un patrimoine commun : La République Centrafricaine.

 

III.-   Une armée à reformer en composant avec les forces étrangères.

Ce  n’est un secret de polichinelle, les forces armées centrafricaines occupent les seconds rôles dans la crise sans précédent que vit le pays.

L’armée centrafricaine (FACA)  était divisée bien avant le coup d’Etat, du fait d’avoir plusieurs clans en son sein. Cela a créé une indiscipline sans précédent, chacun se considérant roi sans avoir à rendre compte à certains supérieurs hiérarchiques. Le putsch conduit par le Général Diotodia devenu Président, a encore compliqué la donne.

Les éléments de la SELEKA ont constitué le gros de l’armée qui a finalement été créée en Juillet 2013 sous l’appellation FACA ( Forces armées Centrafricaines) . La collaboration entre les deux forces n’a pas été évidente, vu que les membres de la SELEKA ne sont pas militaires de formation. Avec le départ de Diototia exilé au Bénin, ils ont pris « la poudre d’escampette » pour la grande majorité. Les militaires de l’armée régulière ne se sont pas gênés pour régler leurs comptes. En atteste l’incident de la fête de l’armée (ses 49 bougies),  le 5 Février dernier…

Ce fut la première fois que les Forces armées centrafricaines (FACA) étaient réunies depuis l'arrivée au pouvoir en mars 2013 de la rébellion SELEKA, majoritairement musulmane, dont les éléments sont aujourd'hui cantonnés ou en fuite depuis la démission de leur chef Michel Diotodia du pouvoir le 10 janvier 2014. L’horrible scène a eu lieu quelques minutes après le départ de la Présidente Mme Catherine Samba-Panza.

La cérémonie de réformation des Forces armées centrafricaines (FACA), avait eu lieu à de l’ENA, (Ecole Nationale des Armées) devant 4.000 soldats centrafricains suivis par les forces SANGARIS et MISCA.


Un homme, civil, a été brutalisé par des soldats, puis lynché à mort parce qu’il était soupçonné d’être un ancien rebelle Séléka. A coups de bottes et de pierres il sera frappé, puis déshabillé pour être achevé à coups de couteaux. Ensuite son corps a été traîné dans la rue, devant une foule qui applaudissait. Le corps a ensuite été, démembré, puis incendié. 
Les images ont fait le tour du monde avec une forte vague d’émotions et d’indignation.

Le tout devant des soldats de la MISCA et de la SANGARIS  qui regardaient faire passivement. Ce n’est qu’une fois la macabre besogne achevée que la MISCA tirera des gaz lacrymogènes et des coups de feu en l’air pour disperser la foule. Cela n’a pas empêché l’ONU et la France de réclamer des sanctions suite à cette image revancharde au sein de la grande muette centrafricaine. Les auteurs doivent  "faire l'objet d'enquêtes et de sanctions exemplaires", dans un pays où toutes les administrations, y compris la justice, sont paralysées depuis des semaines, a déclaré le représentant spécial de l'ONU en Centrafrique, Babacar Gaye, lors d'une conférence de presse à Bangui.

Pourtant, juste auparavant, durant la cérémonie d’installation, la Présidente de transition avait dit sa “fierté de voir autant d’éléments des FACA réunis”.

Même la police centrafricaine et la gendarmerie ne doivent échapper  au défi de réformes car elles sont  inexistantes du fait du coup d’état .Ce n’est pas un hasard si la MISCA sollicite leurs éléments afin de contribuer à la sécurisation du pays. D’où le Général Martin Tumenta qui a émis le souhait de voir la Police Centrafricaine et la Gendarmerie Nationale se joindre le « plus rapidement » possible à la MISCA, afin de travailler à la sécurisation de la ville de Bangui, la capitale centrafricaine.

Rappelons que la force Sangaris est forte de 2000 hommes avec 400 autres en route pour Bangui dans les semaines à venir. La force Africaine MISCA ( Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique ) a un contingent de 6000 hommes venus du Cameroun, le Congo-Brazzaville, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République démocratique du Congo (RDC), le Burundi, le Tchad, auxquels s'associent le Rwanda. C’est le Tchad qui a l’effectif le plus important avec 850 hommes constituant son contingent. Ce sont ces mêmes éléments qui assurent la garde présidentielle. Lors de la guerre au Mali, le Tchad avait aussi la majorité au sein de la MISMA devenue MINUSMA dans ce pays qui a enfin sorti sa tête de l’eau.

IV.- Tolérance zéro pour la justice centrafricaine.

 Il s’agira surtout de la relance de l’appareil judiciaire totalement asphyxié depuis le coup d’état de Mars 2013  suivi de l’occupation du pays par les milices armées. L’objectif visé est la lutte contre les exactions et contenir l’impunité faisant la pluie et le beau temps en Centrafrique. Catherine Samba-Panza en a fait son cheval de bataille lors de son discours d’investiture. Elle n’a jamais caché que les personnes ou personnalités impliquées dans toute procédure judiciaire en cours devront rendre compte, quitte à restituer ce qui a été pris frauduleusement.

 Chose qui a agacé les éléments de la milice Anti-Balaka  qui comptent plus de 50 000 combattants. Ils sont allés jusqu’à menacer la Présidente Centrafricaine qui a avec elle les forces internationales. A Bangui on peut s’apercevoir que la salle d’audience du Tribunal de grande instance est poussiéreuse du fait d’avoir chômé pendant des mois .A cause de la crise, les criminels vont librement, en toute impunité: il n’y a pas de policiers ou gendarmes pour les arrêter, plus de prison pour les incarcérer et les magistrats vivent la peur au ventre.

Si Mme Isabelle Gaudeuille , nouvelle Ministre de la justice assure que son département fait son travail, , il ya une réalité persistante : aucun moyen pour faire appliquer la loi. Pourtant, selon des sources proches du Tribunal, chaque jour, le procureur ouvre des enquêtes et des dossiers sont bouclés. Si les auteurs des crimes sont identifiés avec des mandats d’arrêt émis, il n’y a personne pour amener les criminels et, les locaux de la gendarmerie et de la police  sont saturés. La justice est une chaîne logique et s’il manque des maillons, cela ne peut pas fonctionner car la procédure sera inexistante émaillée de vices de forme comme de fond.

A travers la Croix-Rouge centrafricaine, on apprend que plus de 1.500 personnes ont été tuées par balles ou à l’arme blanche depuis le 5 décembre à Bangui, en dépit du déclenchement de l’opération militaire française SANGARIS, censée restaurer, aux côtés de la force africaine MISCA, la sécurité du pays est plongé dans le chaos depuis le coup d’Etat de mars 2013.

La situation de la justice est à déplorer,  tous les magistrats du pays se sont réfugiés à Bangui, et n’ont pas été payés depuis plus de 5 mois. A cela s’ajoute le fait que le procureur doit compter sur une vingtaine d’officiers de police judiciaire pour enquêter sur des centaines de meurtres.

 

Les  partenaires internationaux ont fait des promesses afin de soutenir la justice Centrafricaine  mais à ce jour, aucun sou en vue. Les forces de sécurité restent embryonnaires, les magistrats font  même leur travail à pied. Ces derniers sont menacés car, ils ne sont pas protégés, et leurs cabinets manquent des fournitures élémentaires.

 

Le procureur général de la République Éric Tambo confessait que  comme la plupart de ses collègues, il ne vit plus chez lui. "Le 20 janvier, ma maison a été pillée après une attaque à la roquette" disait-il, rappelant qu’en novembre, le directeur général des services judiciaires avait été tué et un autre magistrat gravement blessé le 9 février dernier. Le même jour, un parlementaire avait été assassiné en la personne de  Jean-Emmanuel Ndjaroua.

 

Principal magistrat sur le terrain à Bangui, le procureur près du  Tribunal de grande instance, Ghislain Grésenguet, bénéficie quant à lui d’une escorte armée pendant la journée. La nuit il s’en «  remet à Dieu », dit-il.

 

Considérée comme le ciment de lutte contre l’impunité, la Maison d’arrêt de Bangui, seule prison du pays, devrait rouvrir ses portes avant la fin du mois de Février après avoir été sommairement réhabilitée. D’une capacité de 500 places, elle avait été fermée le 22 janvier après une attaque armée ayant permis l’évasion de tous les détenus.  Elle devrait désormais être placée sous la protection de la force africaine MISCA.

 

Pourtant les magistrats se posent la question suivante : "qui va sécuriser le Palais de Justice quand les audiences reprendront ? Qui filtrera les entrées " ?  Et cela ne concerne que la capitale.

A l’intérieur du pays, la situation est pire: D’une part  il n’y a aucun magistrat en poste dans l’arrière-pays et d’autre part il est de plus en plus question de mise en place, d’une juridiction spécialisée pour les crimes de sang qui aura compétence sur l’ensemble du territoire. Des sources judiciaires centrafricaines nous apprennent que la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme) est sollicitée sur ce projet. L’A.I.D.H de l’illustre Juriste Françoise Traverso planche aussi sur le dossier centrafricain.

Présidente de l’Association Internationale des Droits de l’Homme, cette grande connaisseuse du Droit humain et des relations Internationales suit de très près la Centrafrique. Elle a d’ailleurs donné la position de son Association à la Ministre Gisèle Bedan lorsque cette dernière était de passage à Paris en début du mois. La franco-camerounaise  qui a pour principale cheval de bataille les  « violences faites aux femmes » compte apporter sa touche à cette crise qui a pour principales victimes ... les femmes et leurs progénitures.

 Ce n’est pas un hasard si les forces SANGARIS et MISCA, ont commencé à  réprimer en attaquant les milices Anti-Balakas. On se doit de reconnaître que l’impunité est une véritable gangrène, et constitue une des causes du conflit en Centrafrique. Des chefs rebelles du temps de Bozizé n’ont pas été traduits en justice et ont repris les armes pour tuer, piller et s’accaparer les richesses des populations. Ce sont les mêmes qui jouaient les 1ers rôles  lors du règne de la SELEKA.

C’est  ce qui explique les multiples vagues d’interpellations de leaders politiques au lendemain du coup d’Etat dont certains furent brutalisés et contraints à l’exil, jusqu’à la veille des Présidentielles de Juillet dernier.  L’ONU a déjà évoqué des sanctions ciblées concernant les fauteurs de troubles. La Cour Pénale Internationale est aux aguets et il est certain qu’elle agira du fait que la Centrafrique soit signataire du  traité portant acceptation de la CPI.

V.- Une diplomatie à relancer à travers le monde.

L’arrivée de Catherine Samba-Panza met en partie fin à ce qu’on peut appeler le feuilleton SELEKA. Et pour cause, son pays d’environ 5 millions d’habitants est au-devant de l’actualité internationale avec la crise politico-sécuritaire qui a miné son unité et sa marche en avant.

La Centrafrique est maintenant soutenue par la communauté internationale pendant plus d’une année afin que les choses reviennent à la normale, que ce soit au plan politique, constitutionnel et humanitaire. C’est pourquoi la Présidente de la transition  pourra compter sur cette communauté qui a promis une aide de plus de 500 millions de dollars afin de soutenir la Centrafrique  dans le défi de la reconstruction. Pour le moment seulement 15 % des fonds sont mobilisés et l’ONU attend que les donateurs se pressent vu l’urgence humanitaire.

N’oublions pas que les ex zones assiégées par la SELEKA  ont été pillées (banques, maisons administratives, boutiques  etc….) et aussi détruites, notamment les Monuments inscrits au patrimoine mondial de l’humanité.

La diplomatie Centrafricaine prendra un nouvel envol. Pour preuve la Présidente de la transition appelle la France à ne pas « abandonner » son pays. En moins d’un mois, elle est très active sur ce volet incontournable afin que la communauté internationale puisse avoir confiance à la Centrafrique et fréquenter ce pays qui avait été «  boudé » au départ. Elle a d’ailleurs été au Tchad prendre conseils auprès du Président Idris Deby. Ce dernier a  appelé l’ONU à  << fournir des moyens nécessaires pour faire sortir la République centrafricaine du chaos qu’elle connaît >>.

Incontournable dans la sous-région, Deby reste la clé de voute dans la résolution de l’équation centrafricaine. Au plan local c’est bien Toussaint Kongo DOUDOU qui aura fort à faire. Le Ministre Centrafricain des Affaires étrangères a pour principale priorité le plaidoyer auprès des institutions Internationales. Du 8 au 9 Février il a été du 1er voyage officiel de Catherine Samba-Panza. Le Congo a été la 1ère destination de cette dernière en tant que Présidente de la transition Centrafricaine. Elle a même reçu des dons en médicaments d’une valeur de 55 millions CFA de l’ordre des médecins congolais.

Avec la mobilisation sans faille de la communauté internationale, le nouveau pouvoir Centrafricain continuera d’avoir la haute reconnaissance de son peuple qui fait face à deux soucis majeurs : réconciliation et reconstruction. D’ailleurs la  Présidente doit aussi revoir son grave déficit de communication où la visibilité des ses actions est parfois mal promue.  On la laisse faire et dire, ou on lui fait dire des choses qui ne sont pas de nature à apaiser les esprits. Pour une adhésion massive de l’opinion nationale qui reste malgré tout sa première interlocutrice, la native de N’djamena devra faire d’importantes concessions afin d’avoir la confiance totale de tous les leaders d’opinion du pays.

 CONCLUSION : En définitive, Catherine Samba-Panza  devra relever le défi  de la réconciliation mais aussi les problèmes sociaux tels que la relance de l’école centrafricaine, l’éducation populaire aux Droits de l’Homme, la délinquance financière et une armée à reformer.

Avec une diplomatie retrouvée et une importante Délégation de Président et Représentants de la sous-région le 23 janvier 2014 à son investiture, la Centrafrique tourne une page importante de son histoire contemporaine et se positionne pour un retour définitif dans le concert des nations. Le  mandat de l’ancienne Maire de Bangui, devenue Présidente de la République Centrafricaine s’annonce palpitant. Affaire à suivre !


KEITA IDRISSA

Correspondant de l’A.I.D.H.

 

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