ALLOCUTION DE MADAME GISÈLE BEDAN !

publié le 3 juin 2014 à 14:06 par Françoise Traverso
ALLOCUTION DE MADAME GISÈLE BEDAN, MINISTRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE ET DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR, REPRESENTE DE MADAME CATHERINE SAMBA-PANZA AU COLLOQUE DE L'A.I.D.H, SUR LA CRISE CENTRAFRICAINE. SAMEDI 31 MAI 2014

Mesdames et Messieurs les participants,

Il y a quatre mois, dans un contexte de violences extrêmes, une femme fut désignée chef d'état de la transition en RCA.
Sa mission principale :
-restaurer la sécurité pour conduire le pays à des élections crédibles. Pour cette tâche monumentale au regard du déplorable état dans lequel fut laissé le pays, elle disposera d'un an.

Mais elle n'a pas rechigné à la tâche, nommant très vite son Premier Ministre qui à son tour, mettra en place un gouvernement dans l'esprit du " tendre la main à tous"', esprit qui a pu être critiqué mais qui s'avérait nécessaire à ce moment là.

Très vite le gouvernement a affirmé son engagement à trouver des solutions aux défis sécuritaire, sanitaire, à la restauration du secteur judiciaire, et bien sur ce qui est l'objet de la transition, à la préparation des élections.
Or si la volonté y est, force est d'avouer qu'un accompagnement était nécessaire à de nombreux niveaux :

Par exemple,le besoin de capacités nationales ont fait défaut pour nous impliquer dans la résolution du conflit. Les engagements pris par la communauté internationales tardent à se concrétiser dans leur totalité nous condamnant à en être les spectateurs.

Chers amis,

Malgré tous les appels à la retenue et à la réconciliation, lancé par la Présidente, un regain de violences physiques est enregistré depuis une semaine en Centrafrique.

Dès le début de cette transition, nous avons pensé qu'il ne pouvait y avoir de réconciliation s'il n'y avait pas de dialogue politique.
Aussi, le gouvernement avait engagé ce dialogue avec toutes les entités : rebelles, autorités religieuses, etc...
Nous pensons aussi qu'il n'y a pas de réconciliation dans l'impunité. Nous pensons qu'il n'y a pas de réconciliation tant que l'intégrité physique des personnes est sans cesse mise à mal. Or la lutte contre l'impunité suppose des moyens. Néanmoins, nous montrons notre détermination à remédier aux faiblesses de la chaîne pénale : les commissariats sont presque tous en réhabilitation, la prison principale de la capitale a été réhabilitée et se remplit chaque jour des malfrats épinglés dans les attaques de personnes et de biens. De nombreux dossiers sont instruits dont les procès vont bientôt débuter.

Chers amis,
rétablir tous les maillons d'une chaîne pénale, cela prend du temps. Refonder une armée encore plus. Si nous acceptons la définition du mot ARMÉE qui est une organisation STRUCTURÉE d'hommes et de femmes ARMÉS, un corps de troupes prêtes à faire la guerre...
Alors nous accepterons aisément que notre armée, casernée, en phase de REFONDATION, doit passer par une phase d'acquisition ou de ré-acquisition des attributs d'une armée telle que nous la souhaitons : disciplinée, respectueuse des autorités, intègre, garante de la sécurité des personnes et des biens, ne reculant point devant l'ennemi si le pays est attaqué, bref, véritablement formée à assurer une mission de protection du pays !
Mais même une fois dotée de ces attributs, il n'en restera pas moins que notre armée restera encore privée de son outil essentiel de travail : les armes. Vous mesurez je l'espère, à quel point l'embargo sur les armes qui frappe la centrafrique est un frein à une plus grande implication de nous mêmes centrafricains, dans la résolution de ce conflit.

C'est pourquoi, en attendant la levée de cette lourde sanction, l'aide des armées internationales est pratiquement notre seul salut. Cette aide militaire comme les aides financières de la communauté internationale nécessaires pour accompagner les efforts de redressement de la transition, fort heureusement, commencent à arriver.

L'aide que nous demandons, c'est aussi celle des fils et filles du pays qui en dénonçant ceux qu'ils pourraient connaître comme vecteur des violences actuelles, permettront leur arrestation.
L'aide que nous demandons, c'est aussi celle de la diaspora bien que loin de la scène du drame est en bonne position pour appeler à une union sacrée du peuple centrafricain derrière la transition, car la transition, n'est justement que cela : UNE TRANSITION. Une formidable occasion de faire fi de toutes nos divergences.
Aucun conflit au monde ne s'est résolu sans une union sacrée des peuples. Ou nous la réalisons, ou nous perpétuons le cycle des conflits en République centrafricaine pour les cinquante années à venir. Car de même que les graines du conflit d'aujourd'hui ont été plantées il y a des dizaines d'années plus tôt, la haine que certains entretiennent aujourd'hui, si elle n'est pas éteinte très vite, déversera encore son venin mortel dans cinquante ans pour le plus grand malheur de nos enfants et petits enfants ! Ne nous y trompons pas.

L'aide que nous apprécions, c'est aussi celle de toutes les associations qui œuvrent à faire connaître le drame centrafricain. Soyez en toutes remerciées !
Notre gratitude va à l'endroit de chaque individu qui œuvre autour de lui à désarmer les cœurs de centrafricains car nous devons apprendre à la population à réfléchir autrement et non pas penser qu'il n'y a que la vengeance. C'est dire que le travail de persuasion est immense auprès de la population, et ce devrait être l'AFFAIRE DE TOUS. Bravo à la section d'urgence 236 qui agit dans ce sens sur le terrain.

Pour finir, il est important d'encourager toutes les initiatives de soutien à la RCA : c'est à ce titre que Mme Catherine Samba Panza, chef de l'état de transition de RCA, m'a chargé d'adresser sa profonde gratitude à l'A.I.D.H ( Association Internationale des Droits de l'Homme), présidée par Mme Traverso, et tous ses partenaires, qui par ce colloque apportent une très belle pierre à la reconstruction de la cohésion sociale et au retour de la paix en Centrafrique.

Votre action va dans le sens du plaidoyer que la Présidente et le Premier Ministre André Nzapayeké mènent pour que cette crise ne tombe pas aux oubliettes. Du fond du cœur, nous vous remercions et souhaitons vous retrouver très bientôt dans une Centrafrique réunifiée et pleinement soucieuse des droits de l'Homme.

Merci à tous !

GISÈLE BEDAN
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