En solidarité avec les femmes qui subissent des violences

A la croisée de l'histoire des femmes et de mon histoire: Dix fragments d'un passage,

Shopmybooks.com, 2014


Journée de solidarité avec les femmes qui subissent des violences dans le monde, un texte à méditer

Une parole théologique. Elle est extraite de la théologie féministe questionnant le lien entre la vie du christ et la vie des femmes et se demandant si la souffrance de ces dernières concerne aussi le christianisme et sa proposition de salut. La théologienne américaine, Elisabeth A. Johnson, après d’autres voix, aborde ce thème, le lie à la présence sapientiale de Dieu auprès des personnes qui souffrent. Il n’est pas inutile de le rappeler contre les tendances à penser que le christianisme se traite exclusivement au masculin. Sa réflexion ne rejoint - elle pas une part importante de la pratique ecclésiale ?

Présence et compassion de Dieu à l’être humain souffrant

Elisabeth A.Johnson prend acte de la réalité de la souffrance et la relie à la vie de Dieu dans le christ, Jésus. « Des croix de toutes sortes se dressent constamment dans l’histoire humaine. Le symbole christologique de la souffrance active de Dieu dans le Christ devient historiquement un symbole inclusif, embrassant les souffrances des femmes et des hommes de toutes les époques. Le corps souffrant du Christ inclut le corps violé, brisé des femmes. Comme le dit la théologienne asiatique Virginia Fabella, partout dans le monde des femmes d’une extrême pauvreté sont aujourd’hui le Christ défiguré dans sa passion. Une telle souffrance ne devrait pas exister.

Plus loin, elle relie cette pensée à l’action de la Sagesse ( désignant ici une forme de la vie de Dieu ) : « La Sagesse ne recule pas, horrifiée, devant la réalité des femmes, mais elle s’identifie avec la douleur et la violence subie par les femmes sur les diverses croix où elles sont clouées. Nous pouvons donc poser de nouveau la question terrible formulée par Elie Wiesel ( se référant à la Shoa dans son livre La Nuit, 103 ) « Où donc est Dieu ? ». Lorsqu’une femme est violée et assassinée, que dit la Shekina (forme de la présence de Dieu au peuple souffrant ) ? E. A. Johnson imagine ici sa réponse : « Elle dit : « mon corps est lourd de cette souffrance. Pendant cette longue nuit où la concubine de Bethléhem est soumise à un viol collectif et à des tortures atroces, où donc est Dieu ? Dieu est là, violentée et souillée. Elle est là également, sur les bûchers de l’Inquisition. Les femmes victimes de ces violences, avec toutes les femmes brutalisées, sont imago Dei, imago Christi, filles de la Sagesse.

Sophia-Dieu vient habiter la douleur des femmes dont l’humanité est profanée et elle veille à leurs côtés, dans les ténèbres de la dériliction. En outre, la prostration totale de ces femmes révèle la profondeur du cœur de Dieu qui souffre. Ici, il n’est plus question d’une solution, d’une réconciliation théorique de la barbarie avec la volonté divine. Il ne reste plus qu’un sens terrible du mystère du mal et de l’absence de Dieu, mais d’une absence où puisse se révéler en fait une présence divine profanée ».410

Une forme d’aide : le symbole du Dieu qui souffre

« Dans la solitude qui accompagne la souffrance, la présence de la compassion divine vient transformer cette souffrance ; elle n’en atténue pas la malignité mais elle apporte à l’être affligé une consolation et un réconfort inexplicables. Wendy Farley, dans sa phénoménologie de la compassion observe la façon dont la compassion, avec sa connaissance sympathique, « ne se tient pas à l’écart de la souffrance en se tordant les mains de sympathie. Elle n’inflige pas à l’être souffrant une leçon de stoïcisme qui exige une négation du mal. Elle se situe plutôt là où se trouve la personne en détresse, elle éprouve sa douleur, sa honte, son sentiment d’impuissance. Elle ressent toute la profondeur du désespoir (…). Cette communion avec la personne affligée, cette communion avec sa douleur telle qu’elle l’éprouve, est une présence aimante qui met du baume sur un esprit brisé. (…)

La communion devient une source profonde d’énergie pour la guérison de la souffrance. Savoir que l’on est pas seul, cela fait toute la différence ».414

La solidarité de la Sagesse avec l’humanité apporte la vie nouvelle

« Si une solidarité compatissante unit la Sagesse à l’humanité affligée, des chemins s’ouvrent dans toutes les situations humaines, mêmes les plus misérables. C’est que nous parlons de Dieu, et que le pouvoir de l’amour de Dieu dépasse toute mesure concevable. Si Dieu existe, alors le mal a des bornes », 416 Sagesse est « capable de souffrir, mais capable aussi, puisqu’elle est Dieu, de vivre toujours et d’apporter toujours une vie nouvelle ». 413

« Nous pouvons dire que la puissance inconcevable qui donne vie au monde, qui le soutien toujours et partout, qui vient partager son histoire crucifiée, qui dynamise tout événement de guérison et de libération, et qui est le mystère profond vers qui va le monde, est essentiellement relationnelle : la Sagesse est amour pur, sans limites, amour opposé radicalement au mal, amour posé totalement en faveur du bien ». 411

Extraits de Dieu au-delà du masculin et du féminin, E.A.Johnson, Cerf, Paulines 1999.