Les miroirs d’Anish Kapoor : jouer avec la lumière, regarder le monde


Anish Kapoor, le sculpteur britannique d’origine indienne, a produit une série d’œuvres intitulées Sky Mirror. L’une est installée dans le Wellington Circus à Nottingham. Une autre, plus grande, est au Rockfeller Center à New York.

Sky Mirror à New York, vu du Rockefeller Center (crédit : Brad Patrick, 2006 / Wikimedia commons)

Comme on l’observe sur la photo ci-dessus, il s’agit simplement de disques concaves en acier inoxydable poli. Celui de Nottingham est tout de même d’une masse de 10 tonnes pour un diamètre de six mètres.  Un joli miroir qui, semble-t-il, ne fut pas simple à réaliser. Les miroirs et les lentilles sont deux piliers de l’optique. Ils sont des outils de base qui permettent de changer la direction des rayons lumineux. Indice optique et lois de Snell-Descartes sont les éléments théoriques de la description. Transmission, réflexion et réfraction, les mots associés. Ce que l’on veut regarder, la manière d’observer, déterminent la façon dont on va construire et assembler ces éléments optiques. Les astros et les microscopistes dans les laboratoires le savent bien. C’est la même chose ici.

Du cristallin aux supernovae

On ne joue pas impunément avec la lumière. Elle apporte dans nos yeux de l’information en images sur le monde à la vitesse... de la lumière. Avoir accès à cette information, la voir, change nos vies. Rien de moins. Mais nous le savons tous tant les images sont toujours plus présentes. Les miroirs et les lentilles nous permettent de voir à différentes échelles : de l’infiniment grand avec le télescope spatial Hubble à l’invisible  autour de nous avec des microscopes USB qui coutent moins de vingt euros aujourd’hui. L’imagerie à différentes échelles constitue un des enjeux majeurs de la science depuis toujours. Une préoccupation explicite de Anish Kapoor aussi (1). Il a même abordé la sculpture à l’extérieur avec cette idée, et il a donc fini par construire des miroirs courbes… pour un physicien, cette démarche est une évidence. Ce qu’il en fait au plan artistique est bluffant. Dire pourquoi avec des yeux de physicien est le sujet de cet article.

En jouant avec des miroirs ou des lentilles, on peut explorer des espaces lointains. On le fait grâce à un miroir concave pour Anish Kapoor avec Sky Mirror et aussi avec Hubble, grâce à des lentilles dans les lunettes astronomiques. Aussi grâce à un cristallin aux propriétés incroyables dans chacun de nos yeux, une lentille convergente à focale variable, nous passons en quelques secondes des détails d’un écran de smartphone ou d’un livre, à l’immersion dans un ciel nocturne. La vue est le sens qui nous donne l’expérience immédiate du proche et du lointain. Fermez les yeux, seul reste le proche.

Phases de la Lune dessinées par Galilée en 1616 (Crédit : Wikimedia commons)

L’exemple le plus célèbre de ce jeu, dans lequel un instrument d’optique porte le regard brutalement au delà du visible pour l’homme, est l’observation de la Lune dans le ciel par Galilée avec sa lunette en 1609. Deux références permettent de situer l’importance de l’événement. Il faut tout d’abord revenir au Messager des Etoiles (2) écrit par Galilée. Il s’agit en fait de la toute première page : « Grands, assurément, sont les sujets qu’en ce mince traité je propose à chacun de ceux qui observent la Nature, afin qu’il les examinent et contemplent. Grands, dis je, d’abord en raison de l’importance de la matière même, ensuite en raison de sa nouveauté inouïe au cours des siècles, enfin, également, à cause de l’Instrument grâce auquel ces sujets se sont offerts à notre perception.» Physicien expérimentateur grenoblois, je reste sensible au I majuscule de "instrument". Le même physicien, mais comme enseignant, a toujours noté le « sont offerts à notre perception ». Le résultat de l’observation est, écrit (à peu près) Galilée à la page suivante, que, à son corps défendant, le regardeur de l’époque certainement persuadé que la Lune est une sphère céleste idéale, ne pourra pas ne pas voir qu’elle est comme la Terre, « couverte de tous côtés d’énormes protubérances, de creux profonds, et de sinuosités. » Trop tard dit en substance Galilée, fallait pas regarder…  Au choix, regardez ou ne regardez pas. À votre guise, mais si vous regardez la Lune dans la lunette, elle perdra immédiatement son statut de sphère idéale pour devenir terreuse, c’est à dire un astre comme la Terre. Votre vision du monde et de l’univers en sera irrémédiablement transformée, souligne Galilée.

Un miroir qui met le monde à l'envers

La philosophe Hannah Arendt,  dans La Condition de l’homme moderne (3), reprend cette découverte de Galilée. Pour elle, trois événements fondent la modernité (4) : la découverte de l’Amérique, la Réforme et l’invention de la lunette astronomique. Elle insiste particulièrement sur cette dernière invention et sur son utilisation par Galilée. On ne joue pas impunément avec la lumière : elle ouvre des portes, nous transporte très loin comme le montrent aujourd’hui les images du télescope Hubble qui souligne l’incroyable diversité de l’univers et fait venir à nous le lointain pour nous mettre dans un autre monde. Elle insiste en fait lourdement (5) : « Ce que fit Galilée, ce que personne n'avait fait avant lui, ce fut d'utiliser le télescope de telle façon que les secrets de l'univers fussent livrés à la méconnaissance humaine avec « la certitude de la perception sensorielle » ».

Y’a quelqu’un ? Peinture de Pierre Rouillon 2013 (image reproduite avec l'autorisation de l'artiste)

Dans ce contexte qui allie la capacité technique d’observation et ses implications bouleversantes pour la vision que l’homme a de sa situation sur Terre et dans l’univers, comment alors aborder l’oeuvre de Anish Kapoor ? En commençant l’écriture de cet article, en rentrant de Chicago, je pensais que mon analyse des œuvres miroirs de Anish Kapoor était un peu le résultat de mes propres lubies et qu’elle ne correspondait pas vraiment avec les intentions de l'artiste. Installer des miroirs est toujours spectaculaire et il n’est peut-être pas nécessaire de se casser la tête comme je le fais ici pour apprécier le projet artistique de Anish Kapoor. On peut d’ailleurs tout à fait s’en passer mais… Mais Anish Kapoor appelle son projet anglais Sky Mirror. Dans Sky Mirror, il positionne le miroir pour que l’on voie le ciel. Pour éliminer tout doute et préciser son intention, il déclare dans une interview à la chaîne américaine CNN en 2012 : « Je suis vraiment intéressé par la façon dont la sculpture active l’espace. Et c’est ce que ces miroirs sont, ou c’est ainsi qu’ils fonctionnent – c’est comme une peinture. C’est comme si on mettait le ciel par terre. C’est également presque comme un trou dans l'espace. C’est presque comme si l'objet n’existait pas. C’est une sorte de passage sans fin à travers. Sky Mirror met le monde à l'envers. » (6)

C’est comme si le miroir n’existait pas bien sûr. Comme si ce morceau de ciel était vraiment avec nous et pas au-dessus de nous. Ne regardez pas dans son miroir, sinon le ciel va venir à vous ! Je n’ai pas vu « en vrai» Sky Mirror mais avec plusieurs mètres de diamètre, voir ce ciel par terre doit être effectivement impressionnant. Anish Kapoor met le ciel par terre pour nous faire relever la tête et prendre la mesure de notre monde, de ces éléments les plus forts. Immergés dans des grandes villes, et dans les quotidiens qui nous maintiennent « le nez dans le guidon », cette œuvre nous invite à voir le ciel par dessus le toit.

Les grenoblois et la verticalité

Dans I have nothing to say / Je n’ai rien à dire (référence dans la note (1)), Anish Kapoor insiste sur le lien entre ses miroirs et leur lieu d’installation, l’espace qu’ils ouvrent en relisant le monde autour d’eux. Le traitement de la verticalité par les miroirs d’Anish Kapoor est central. On le sait tous : « Au bout de chaque rue, une montagne ». À Grenoble, avec des montagnes qui pointent vers le ciel, il est vrai que nous sommes équipés différemment mais très bien nous reconnecter au ciel : la verticalité est partout autour de nous. Finir sa journée sur le parvis de la Bibliothèque universitaire des sciences sur le Campus tout en regardant Belledonne est très efficace pour ça.

Crédit : Histoires d'universités, blog de Pierre Dubois

Autre lieu et pas de montagnes… A Nottingham ou à New York, pour mettre les regardeurs dans le ciel, Anish Kapoor met celui-ci par terre. Ainsi, par le jeu de la lumière, celui ci devient un élément de l’environnement immédiat et impose au regard ses changements permanents qui déterminent la météo de notre vie. Jouer avec la lumière, créer des images, à différentes échelles, de mondes inaccessibles, ceci par le jeu des grandissements et des déformations que permettent les surfaces, les indices et les formes, c’est à dire les éléments optiques que sont les lentilles et les miroirs, et le faire en temps réel tant la vitesse de la lumière est grande qui permet d’avoir en même temps le ciel par terre et par-dessus le toit, voilà le terrain de jeu de certains artistes s’emparant d’outils qui sont aussi bien le quotidien des scientifiques (7). C’est que la chose est importante : il en va de notre regard sur le monde et sur nous même.

Pour ne pas reprendre mes réflexions sur Pierre Soulages [lire : "Les Outrenoirs de Pierre Soulages, obsession d’un physicien ?"], bien que le lien soit à mes yeux évident, je citerai la magnifique exposition intitulée Contact à la Fondation Louis Vuitton que l’on doit à l’artiste Olafur Eliasson. Des lentilles et des miroirs géants dans des salles fermées et souvent sombres aux atmosphères hors du temps. J’aurai pu faire un cours de physique voire de math à partir de cette exposition. L’image ci-dessous montre comment deux miroirs géants à angle droit génèrent trois images d’une même personne. Quoi de mieux pour jouer avec les symétries en se déplaçant ? Ici combinaison de deux symétries par rapport à deux plans perpendiculaires (deux miroirs donc) pour obtenir une symétrie centrale, symétrie par rapport à la verticale où se joignent les deux miroirs. Petit bonheur de cristallographe…

Exposition Contact de Olafur Eliasson à la Fondation Louis Vuitton (Crédit : we-find-wildness.com)

Avec Sky Mirror, ce miroir concave géant, Anish Kapoor joue dans une ville avec le ciel et la terre. Il joue à mettre le ciel qui est par-dessus le toit, par terre aux yeux de tous. Dans son travail autour des miroirs, ce fut un beau début. J’essaierai de voir Sky Mirror à Nottingham ou à New York, c’est-à-dire en fait de voir le ciel par terre. Bien joué donc et depuis il a récidivé, avec succès au vu du nombre de personnes qui s’arrêtent devant Cloud Gate dans le Millennium Park sur Michigan Avenue à Chicago ! Cloud Gate,  la porte des nuages, immédiatement surnommé The Bean, c’est à dire le haricot,  pour une raison évidente comme le montre la photo. 

Anish Kapoor, Cloud Gate (2004) - Stainless steel, 1006 x 2012 x 1280 cm (Crédit photo : Mike Warot / Flickr, licence cc)

Ça, je l’ai vu deux fois en quelques années et je ne m’en lasse pas. Sky Mirror, semble-t-il, ne fut déjà pas facile à fabriquer. Cloud Gate,  ou le haricot,  semble avoir été un vrai défi technologique. Un haricot miroir posé sur le sol. 168 plaques d’acier inox soudées. Hauteur 10 mètres pour une base de 20 m x 13 m. Et en fait il faut bien cela ! Plus petit n’est pas possible. Il faut vraiment cela pour prendre sa place dans le Millennium Park et pour réaliser l’ambition du projet. Un miroir haricot géant pour jouer de la lumière et tout mélanger à Chicago, de jour comme de nuit. C’est frappant : la ville de Chicago est le bon endroit pour Cloud Gate avec une géographie autour de Chicago très simple. D’un côté le Middle-West, le plat pays américain sur des distances infinies. Inouï pour un français qui vit dans un pays où tout change en quelques dizaines de kilomètres. Là, rien ne change pendant des heures et des heures de route. De l’autre côté le lac Michigan. Une surface d’eau équivalente à un dixième de la surface de la France. De l’eau jusqu’à l’horizon d’un côté et de l’autre des champs de maïs sans fin. Le ciel au-dessus. A coté du Millenium Park, de Cloud Gate, au bord du lac, la ville de Chicago avec sa Skyline. Des skyscrapers, ou gratte-ciels, qui pointent vers le ciel dans ce monde plat. Dans cette ville, plus de 100 buildings qui culminent à plus de 150 mètres. 442 mètres pour le plus haut. La nuit, c’est simplement magique.

Dans cet écrin, selon la position que vous adoptez, Cloud Gate avec sa forme de haricot est le miroir que vous vous choisissez. Vous pouvez mélanger les éléments à votre guise : le ciel, la ville, l’espace au-dessus du lac et bien sûr les gratte-ciels. La nuit, le jour. Par beau temps ou pas. Vous pouvez être dans l’image que vous avez construite ou pas. À votre guise. C’est simple. Vous pouvez suivre les règles du jeu sur Google Maps et sur l’image ci dessus. Vous êtes sur Michigan Avenue face au lac et devant le Cloud Gate. Devant vous donc il y a le lac (enfin vous voyez surtout un rideau d’arbres très fourni mais plus loin c’est l’espace au dessus du lac ; en fait le rideau d’arbres est ici bienvenu). Derrière vous, Cloud Gate et la ville avec le quartier The Loop (il faut (re)voir Le Fugitif avec Harisson Ford et Tommy Lee Jones). Déjà pas mal de grands immeubles qui bordent Michigan Avenue comme on le voit sur la photo ci-dessus. À votre gauche, une rangée d’immenses immeubles : la ville verticale. À votre droite,  le long du lac, de l’espace. Avec la vue des immeubles et le reflet dans Cloud Gate, on retrouve tous ces éléments dans l’image ci-dessus.

Un jeu avec la lumière

À partir de là, le jour, la nuit, par beau temps ou pas, seul ou avec d’autres,  présent dans les images ou pas, vous jouez avec la lumière grâce à ce miroir haricot géant. Il vous permet de mélanger et de tordre tous ces éléments autour de vous. Passez même dessous pour tout masquer si vous le souhaitez ! Les milliers de photos présentes sur le Web doivent à peu près rendre compte de l’ensemble des possibilités.

Cloud Gate, la nuit (crédit :  Dave Wilson / Flickr, licence cc)

Il reste la simplicité du dispositif et de son fonctionnement. Ce n’est finalement qu’un miroir géant. Sa forme de haricot met à votre disposition toutes sortes de miroirs avec différentes courbures et d’angles de vue. C’est ainsi que chacun peut construire l’image de Chicago qu’il va photographier. A la différence du télescope de Galilée, le regardeur installe sa propre présence, en ce qu’il choisit sa place et celle des autres lors de la construction de l’image. Pour un instant, il devient le sculpteur de son propre environnement en en produisant sa propre représentation éphémère.

Au demeurant, bien des villes ne pourraient pas accueillir Cloud Gate. Chicago, avec une géographie élémentaire, une plaine et un lac tous deux immenses, est un paysage urbain magnifique construit par l’homme et fait pour Cloud Gate. Cloud Gate, dans un dialogue avec les gratte-ciels qui installent la verticalité dans cet espace plat, est un instrument qui permet à chacun de jouer de la lumière pour proposer tous les mélanges, toutes les distorsions, toutes les reconstructions de ce paysage. Même si l’Y grenoblois souligne la présence des deux rivières qui caractérisent Grenoble, il n’y a pas ce plan d’eau immense, miroir naturel qui vient permettre ce jeu de la lumière avec les éléments du paysage et cette recomposition de la présence. Annecy est la ville qui ajoute ce large miroir horizontal à la verticalité des montagnes environnantes.

Le lac d’Annecy et la Tournette au fond (Crédit : Bernard Fumeau / Flickr, licence cc)

Cette ville et celles autour du lac ont su réaffirmer leur discrétion sur les bords du lac.  Heureusement. Ceci dit, on peine à imaginer Cloud Gate sur le Paquier au bord du lac. Au jeu de la lumière, il perdrait certainement la partie contre le lac, le ciel, les forêts et la montagne. Cloud Gate puise sa force dans la recomposition humaine d’un paysage d’abord urbain, dans des espaces immenses et plats. Cette sculpture est bien un nouvel instrument d’optique pour explorer le monde. C’est un nouveau scope qui, par distorsion et dilatation, change le regard sur notre place dans le monde. Cette vision de Cloud Gate souligne donc combien cette sculpture travaille à la proximité accrue du regardeur avec les éléments de son paysage. Le ciel est encore une fois à nos pieds mais aussi la Skyline et l’on se trouve en proximité immédiate avec le massif des constructions derrière Michigan Avenue.

Le contraste avec l’analyse de l’observation de la Lune par Galilée avec sa lunette, faite par Hannah Arendt, est alors radical. Pour caractériser comment l’observation de Galilée marque l’entrée dans la modernité, elle introduit un point d’Archimède, c’est à dire un point d’appui pour la pensée. Ce point d’Archimède introduit à partir d’un télescope est loin de la terre. Infiniment loin. Il place alors l’homme dans une position d’observateur de l’univers et de la Terre, mais qui ne fait pas partie de l’image. Hannah Arendt dans La Condition de l’homme moderne écrit alors : « …dans tous les cas nous manions la nature d’un point de l’univers situé hors du globe. Sans nous tenir réellement en ce point dont rêvait Archimède, liés encore à la Terre par la condition humaine, nous avons trouvé moyen d’agir sur la Terre et dans la nature terrestre comme si nous en disposions de l’extérieur, du point d’Archimède. Et au risque de mettre en danger le processus naturel de la vie nous exposons la Terre à des forces cosmiques, universelles, étrangères à l’économie de la nature.» (8).  On ne joue pas sans conséquences avec la lumière…

Une affaire d'échelles

Pour finir, il ne faut pas oublier la décision de la ville de Chicago de construire Cloud Gate. « You know that was somewhat risky, guys ! » Le dispositif est simple, élégant et sans mystère. Encore a-t-il fallu le faire et ce ne fut pas une mince affaire. Son coût parle : il apparaît de l’ordre de 20M$. Et il n’était pas possible d’économiser en cherchant à faire plus petit. Il doit être entre les gens et les buildings de plus de 100 mètres, soit autour de 10 mètres. Incontournable. On retrouve l’interrogation de Anish Kapoor sur les échelles (1) et les ordres de grandeur si chère aux physiciens.

"Haute de 3,70 m, l'arche de la Cloud Gate contient une chambre concave appelée omphalos" (source légende et crédit photo : Wikipédia)

Un objet simple est souvent le résultat de beaucoup de travail. Ainsi un polissage de l’ensemble en cinq étapes fut nécessaire pour obtenir le poli miroir des tôles d’acier qui satisfait notre regard. Un miroir rugueux ou rayé, même très peu, perd rapidement de son intérêt. Si j’en crois Wikipedia, un nettoyage à la main deux fois par jour est nécessaire. Atmosphère urbaine oblige !  La magie de la réflexion sur ce miroir géant est à ce prix. C’est une règle générale quand on joue avec la lumière, celle des laveurs de carreaux, des polisseurs de lentilles à l’époque de Galilée et donc encore aujourd’hui celle du physicien ou de l’industriel du verre, et finalement celle des artistes : si on veut satisfaire nos yeux ou l’instrument de mesure, il n’y a pas de compromis possible avec la lumière. Le jeu est magnifique mais que le terrain de jeu est difficile à préparer.  Les opticiens, les fabricants de miroir sont des maniaques de la rugosité et de la propreté, de tout ce qui perturbe la propagation de la lumière suivant les lois de Snell-Descartes.

>> Notes :

  1. Chapitre "Monumentality" dans I have nothing to say / Je n’ai rien à dire, Interviews with Anish Kapoor / Entretiens avec Anish Kapoor, Edited by Richard Leydier, RMN Grandpalais, 2011, ISBN 9782711859115
  2. Le Messager des étoiles, Galileo Galilei, Coll. Sources du savoir, Ed. Seuil
  3. Hannah Arendt, La Condition de l’homme moderne, Coll. Agora, Ed. Pocket
  4. Jacques Attali, Histoire de la modernité, Coll. Plein Champ, Ed. Flammarion
  5. "What Galileo did and what nobody had done before was to use the telescope in such a way that the secrets of the universe were delivered to human cognition "with the certainty of sense-perception" that is, he put within the grasp of an earth-bound creature and its body-bound senses what had seemed forever beyond his reach, at best open to the uncertainties of speculation and imagination". Hannah Arendt écrivit ce livre en anglais. En français, on trouve « the human cognition » traduit alternativement par "connaissance" ou par "méconnaissance". J’avoue ne pas comprendre. Il reste qu’elle souligne « la certitude de la perception sensorielle » qu’elle trouve chez Galilée.
  6. Traduction personnelle de : "I'm really interested in the way sculpture activates space. And that what these are, or works like this - so it's like a painting. It's like it's bringing the sky down to the ground. It's also almost like a hole in space. It's almost as if the object doesn't exist. It's sort of endless passage through. Sky Mirror turns the world upside down". Lire la retranscription en anglais de cette interview sur le site de CNN.
  7. Bien sûr les astros en particulier vont au-delà dans le ciel. Le ciel qu’ils nous donnent à voir n’est plus celui qui est maintenant, mais celui qui était quand les photons messagers sont partis. En ce sens, ils remontent vers le passé.
  8. Traduction trouvée communément sur le web de : « Without actually standing where Archimedes wished to stand, still bound to the earth through the human condition, we have found a way to act on the earth and within terrestrial nature as though we dispose of it from outside, from the Archimedean point. And even at the risk of endangering the natural life process we expose the earth to universal, cosmic forces alien to nature's household »  
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