Jardin

Eloge de la fuite
Quand il ne peut plus lutter contre le vent et la mer pour poursuivre sa route, il y a deux allures que peut encore prendre un voilier : la cape (le foc bordé à contre et la barre dessous) le soumet à la dérive du vent et de la mer, et la fuite devant la tempête en épaulant la lame sur l’arrière avec un minimum de toile. La fuite reste souvent, loin des côtes, la seule façon de sauver le bateau et son équipage. Elle permet aussi de découvrir des rivages inconnus qui surgiront à l’horizon des calmes retrouvés. Rivages inconnus qu’ignoreront toujours ceux qui ont la chance apparente de pouvoir suivre la route des cargos et des tankers, la route sans imprévu imposée par les compagnies de transport maritime.
Vous connaissez sans doute un voilier nommé « Désir ».
Henri Laborit 1976

Pensées sur l'interprétation de la nature (1753) Denis Diderot:
« Jeune homme, prends et lis. Si tu peux aller jusqu'à la fin de cet ouvrage, tu ne seras pas incapable d'en entendre un meilleur. Comme je me suis moins proposé de t'instruire que de t'exercer, il m'importe peu que tu adoptes mes idées ou que tu les rejettes, pourvu qu'elles emploient toute ton attention. Un plus habile t'apprendra à connaître les forces de la nature ; il me suffira de t'avoir fait essayer les tiennes. »

La conversation à Innsbruck dans l'oeuvre au noir de M.Yourcenar:
"- Sempiterna Temptatio, fit Zénon. Je me dis souvent que rien au monde, sauf un ordre éternel ou une bizarre velléité de la matière à faire mieux qu'elle même, n'explique pourquoi je m'efforce chaque jour de penser un peu plus clairement que la veille. 
Il restait assis, le menton baissé, dans la chambre envahie par l'humide crépuscule. Le rougeoiement de l'âtre teignait ses mains tachées d'acides, marquées ça et la de pâles cicatrices de brulures., et l'on voyait qu'il considérait attentivement ces étranges prolongements de l'âme, ces grands outils de chair qui servent à prendre contact avec tout. 
- Loué sois je ! dit il enfin avec une sorte d'exaltation dans laquelle Henri-Maximilien eût pu reconnaître le Zénon ivre de rêveries mécaniques partagéees avec Colas Gheel. Je ne cesserai jamais de m'émerveiller que cette chair soutenue par ses vertèbres, ce tronc joint à l'isthme du cou et disposant autour de lui symétriquement ses membres, contiennent, et peut être produisent, un esprit qui tire parti de mes yeux pour voir et de mes mouvements pour palper...
J'en sais les limites, et que le temps lui manquera pour aller plus loin, et la force, si par hasard lui était accordé le temps. Mais il est, et, en ce moment, il est celui qui Est. Je sais qu'il se trompe, erre, interprète, souvent à tort les leçons que lui dispense le monde, mais je sais aussi qu'il a en lui de quoi connaître et parfois rectifier ses propres erreurs. J'ai parcouru au moins une partie de cette boule où nous sommes;  j'ai étudié le point de fusion des métaux et la génération des plantes; j'ai observé les astres et examiné l'intérieur des corps. Je suis capable d'extraire de ce tison que je soulève la notion de poids et de ces flammes la notion de chaleur. Je sais que je ne sais pas ce que je ne sais pas; j'envie ce qui sauront davantage, mais je sais qu'ils auront tout comme moi à mesurer, peser, déduire et se méfier des déductions produites, faire dans le faux la part du vrai et tenir compte dans le vrai de l'éternelle admixtion du faux. Je ne me suis jamais entêté à une idée par crainte du désarroi où je tomberais sans elle. Je n'ai jamais assaisonné un fait vrai à la sauce du mensonge, pour m'en rendre à moi même la digestion plus facile. Je n'ai jamais déformé les vues de l'adversaire pour en avoir plus aisément raison, pas même, au cours de notre débat sur l'antimoine, celles de Bombast qui ne m'en sut pas gré. Ou plutôt si je me suis surpris à le faire, et me suis chaque fois réprimandé comme on réprimande un valet malhonnête, ne me rendant confiance, que sur ma promesse de faire mieux. J'ai rêvé mes songes; je ne les tiens pas pour autre chose que des songes. Je me suis gardé de faire de la vérité une idole, préférant lui laisser son nom plus humble d'exactitude. Mes triomphes et mes dangers ne sont pas ce qu'on pense; il y d'autres gloires que la gloire et d'autres bûchers que le bûcher. J'ai presque réussi à me défier des mots. Je mourrai un peu moins sot que je ne suis né. 
- Voilà qui va bien dit, en baillant l'homme de guerre. Mais le bruit public vous prête une réussite plus solide. Vous faîtes de l'or. 
- Non, dit l'alchimiste, mais d'autres en feront. C'est affaire de temps et d'outils adéquats pour mener à bien l'expérience. 
- Fort longtemps, s'il s'agit de payer l'écot de l'Agneau d'or fit plaisamment le capitaine. "


La gloire de mon père M.P. 
Alors commencèrent les plus beaux jours de ma vie. La maison s'appelait la Bastide Neuve ... 


Rudyard Kipling
I am the Cat who walks by himself, and all places are alike to me. I will not come.








...  et au moment de choisir, ne pas oublier le conseiller Platz de Leipzig qui est passé à la postérité pour:
L’arrivée de Bach à Leipzig (1723)
"Puisque nous ne pou­vons avoir le meilleur, il faut nous conten­ter d’un médio­cre !"
C’est par ces mots que le conseiller Platz com­mente le recru­te­ment de Johann Sebastian Bach en tant que Cantor (direc­teur) de l’école Saint Thomas, res­pon­sa­ble musi­cal de qua­tre églises, et direc­teur musi­cal de la ville.

G. Flaubert, Lettre à Mademoiselle Leroyer de Chantepie, 1er mars 1858
Combien je regrette souvent de n'être pas un savant, et comme j'envie ces calmes existences passées à étudier des pattes de mouche, des étoiles ou des fleurs!


Pierre-Gilles de Gennes
Le vrai point d'honneur n'est pas d'être toujours dans le vrai. Il est d'oser, de proposer des idées neuves, et ensuite de les vérifier. 


Mémoire d'Hadrien


Giacomo Casanova
“Rien ne pourra faire que je ne me sois amusé.”

Giuseppe Penone

Alan Kay
Kids using Dynabooks, in a drawing from Alan Kay's 1972 paper "A Personal Computer for Children of All Ages"


 

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