LABEL DISCUS

ORCHESTRA ENTROPY
Rituals
Discus 85CD

Reprenons l’étude d’un des plus prolifiques labels britanniques dirigé par le saxophoniste etc. Martin Archer. Cet orchestre est composé de 10 musiciens et l’album a été enregistré en novembre 2018. On y trouve quelques noms connus : Sarah Gail Brand ou Mark Sanders. Mais peu importe la renommée. Le directeur musical s’appelle Matt London et joue du ténor. A ses côtés officient la flute, la clarinette basse, le baryton, deux violons, un bassiste et un guitariste en plus de la tromboniste et du batteur. La pièce est divisée en 9 parties qui permettent à chacun de s’exprimer en solo, en duo ou en trio, sauf les trois minutes de la partie 4 et la partie terminale où l’ensemble de l’orchestre développe ce qui pourrait s’apparenter à un thème mélodique dominé par les cuivres et enrobé de contrebasse à l’archet, de toms martelés et de cordes vagabondes. L’intention du dirigeant est de sculpter l’improvisation sans autorité totalitaire, et la musique se développe et se transforme au gré des intervenants, comme dans un voyage de 46 minutes.



Keith TIPPETT
The monk watches the eagle
DISCUS 102CD

Cette pièce a été commandée à Keith Tippett par le festival de Norfolk et Norwich. Elle a été interprétée la première fois le 14 mai 2004 et enregistrée par la BBC dans la cathédrale de Norwich. Le pianiste n’apparait que comme compositeur et conducteur pour diriger un ensemble de saxophonistes : Paul Dunmall et Tim Redpath (ss), Kevin Figes et Rob Buckland (as), Ben Waghorn et Andy Scott (ts), Chris Biscoe et David Roach (bs), les chanteurs de la BBC et Julie Tippetts, qui a composé le texte et apporte sa voix aussi bien dans les parties écrites qu’improvisées. Le ton est assez solennel, probablement du fait du lieu, mais correspond à l’esprit d’écriture qui a toujours hanté le pianiste décédé depuis bientôt un an.
Le moine regarde l’aigle… la parabole est claire, le moine reste sur terre et l’aigle vole, les voix et les souffles qui peuvent aussi bien être en harmonie, disons basiques, que s’élever dans les airs en toute liberté. On ressent à l’écoute de cette pièce, sorte de cantate, des similitudes avec l’album de Tapestry dans ses moments calmes (la voix au début du second cd, ici exécutée par Julie) ; mais Tapestry est une formation postérieure à celle-ci. C’est de toute beauté, une beauté triste par moments ou joyeuse à d’autres selon l’intervention des chœurs ou des saxophonistes, toujours complémentaires. 

Dirar KALASH
OF QUIETUDE
DISCUS 100CD

Dirar Kalash est un pianiste improvisateur palestinien qui vit habituellement à Ramallah, un endroit où la possibilité de faire des concerts est inexistante et où trouver un instrument de musique est quasiment impossible. Cependant, le pianiste a eu une rare opportunité de venir en Grande Bretagne début 2020 et la rencontre avec l’ingénieur du son Simon Reynell a permis l’enregistrement de ce disque à l’université d’Huddersfield, sur un Steinway grand piano. Au départ, il était question d’enregistrer des compositions. Mais instinctivement Dirar a choisi l’improvisation pour deux longues pièces faisant référence à des seuils et des fissures.
Ces seuils et ces fissures sont bien réels, tout comme le sont les sons. Le pianiste ne souhaite pas utiliser toutes les techniques de l’improvisation, ni la mélodie, les harmoniques, ou les rythmiques, mais il se concentre sur le son. D’où ce travail fait de lenteur et de silences, une exploration pleine et entière du temps et de l’espace. 
Depuis ce 15 janvier 2020, Dirar Kalash n’a pas retouché un clavier de piano…

THE LOCALS
PLAY THE MUSIC OF ANTHONY BRAXTON
DISCUS 103CD

The Locals, ce sont : Pat Thomas (piano, melodica), Alex Ward (clarinet), Evan Thomas (electric guitar), Dominic Lash (electric bass) et Darren Hasson-Davis (drums). Ils ont choisi de reprendre six pièces du saxophoniste américain, les compositions 40b, 6c, 115, 23b, 6i et 23g. L’enregistrement a eu lieu en public lors du Konfrontation Festival de Nickelsdorf en 2006. Le traitement réservé à la première pièce la projette dans un univers funky, basse et batterie immuables, la guitare et le piano suivant la pulsation. La seconde pièce se teinte de free avant elle aussi de prendre un rythme de croisière illuminé par la clarinette de Ward. La compo 115 permet à Ward et à Pat Thomas d’explorer des contrées sauvages, bien vite rattrapés par la basse électrique et le métronome percussif, qui sont à l’origine de cette ambiance tout au long de l’album. Mais Pat Thomas sait se sortir de la routine à la manière d’un Cecil Taylor, le clarinettiste impose son jeu fluide et dissonant, le guitariste sait se faire discret. C’est pour mieux occuper l’espace dans la quatrième composition. Même technique : intro en solo et en jouant sur les boutons, les cordes sympathiques ou les clés de tension des cordes, puis le rythme s’installe gentiment, s’impose progressivement. Dans cette pièce, c’est Pat Thomas qui s’éclipse mais reste présent en fond sonore. Comme si on ne l’entendait pas suffisamment, la rythmique ouvre la compo 6i. Pat Thomas et Alex Ward s’amuse à poser une mélodie hachée par-dessus, l’un avec des clusters, l’autre avec une suite de notes plus ou moins ironiques, alors que le batteur se lâche un peu. Enfin, 23g débute par un cri strident provoqué par le mélodica (P. Thomas), une guitare saturée avant l’exposition d’une ligne de basse à nouveau immuable. Mais cette fois, l’improvisation domine la rythmique.  
Qui aurait pu penser un jour que l’on pourrait danser sur la musique de Braxton ? 

Philippe RENAUD

La suite (et quelle suite : Cecil Taylor / Tony Oxley, Das Rad, Orchestra of the Upper Atmosphere, Corey Mwamba, the Geordie Approach, et des disques AVEC Martin Archer) au prochain numéro… (et oui, on ne se refait pas…)

www.discus-music.co.uk
mw.archer@btopenworld.com