8a tappa / 8ème étape

Cahier de route écrit par Pascale de l'étape : Abbaye de la Grande Trappe - le Mont Saint Michel

Dimanche 18 septembre 2011

Depuis début septembre, il pleut en France. De Monte Sant'Angelo où nous sommes partis il y a bientôt 2 ans, jusqu'à la Trappes, dans le Perche, nous avons été épargnés par les intempéries. Peut-être cette étape là sera-t-elle plus rude ? Quoi qu'il arrive, nous n'avons que 10 jours de marche, on survivra !

Cette fois-ci, en plus de Valter et Mirella, nous accueillons Mauro et Anna. Mauro a marché avec nous à 2 reprises en Italie. Il rêvait d'être des nôtres pour l'arrivée. Anna connaît Mirella. Elle a besoin de se ressourcer. Avancer en se fiant à la providence correspond à ce qu'elle cherche. Notre amie Odile est parmi nous, fidèle pèlerin-chauffeur, sur la route de l'Ange avec sa voiture depuis Évaux-les-Bains. Maman, et ses amis, Anne et André sont venus de Caen pour participer au départ. Ces 2 derniers nous suivent via le site internet.

Nous retrouvons avec plaisir le frère François. Il nous invite à faire « Comme chez nous. » On investit la grande salle à manger. Chacun sort de son sac plats, gâteaux, bouteilles millésimées, grappa...Alors que la pluie tambourine aux fenêtres, on apprécie pleinement ces retrouvailles. Après le dîner, frère François vient nous voir : «Hier soir, un groupe de pèlerins pour le Mont-Saint-Michel a dormi ici. Peut-être les rencontrez-vous ? » Puis il nous donne des sachets de bonbons et ajoute, facétieux « À chaque bonbon mangé, dîtes un « Ave Maria » pour moi ! »


Lundi 19 septembre 2011 - 97° jour
La Grande Trappe - Ste Scolasse sur Sarthe - 20 km - carte

Ce matin le ciel est incroyablement bleu !Nous célébrons la messe de ce dernier départ, dans une petite chapelle ; action de grâce, Parole vivifiante, Pain pour la route, partage fraternel...tout ce qu'il nous faut pour partir le cœur léger ! Nous saluons Mickaël dans le cimetière, prenons les photos d'usage avec frère François, le remercions ainsi qu'Odile, sanglons nos sacs...C'est parti ! Les chemins sont saturés d'eau mais le soleil se reflète dans les flaques. La lumière irise dans l'humidité de l'air. Que la campagne est belle !

Mauro et Mirella s'occupent de la carte. Pour Mirella c'est un défit, elle a beaucoup de mal à se repérer et à suivre les balises. Puisqu'elle veut marcher seule quelques jours après notre arrivée au Mont, elle s'applique à comprendre ce que lui explique Mauro. Notre petite équipe s'arrête à Soligny pour la première pause café, moment de complicité où l'on goûte un petit plaisir tout simple. Nous poursuivons à travers champs ou via de petites routes, dans un paysage de douces collines. Les vaches paissent tranquillement en nous regardant.

Déjeuner à Saint-Ouen-de-sècherouve. Une table juste assez grande pour nous, nous attend près de la voiture de maman. Une fois restaurés, nous faisons de tour de l'église. De grandes mosaïques, réalisées par le curé et les enfants du catéchisme, animent ses murs. On y découvre des anges annonçant de bonnes nouvelles à Marie, à des paysans... Un chemin de croix en terre cuite est fixé à l'extérieur, autour de l'édifice. André, Anne et maman nous embrassent et s'en vont dans la petite auto bleue klaxonnante.

Nous poursuivons sur la route. Les pommiers croulent de fruits. À notre approche, quatre puissants percherons gris pommelé, gravissent calmement le vallon et viennent s'aligner devant nous, le naseau tendu pour une caresse. Plus loin nous franchissons la très jeune Sarthe sur un pont branlant : des ficelles en interdisent l'accès aux voitures, mais pas au pèlerin! J'essaie en vain de joindre la mairie de Sainte-Scolasse pour le gîte de ce soir. Anna marche à son rythme, tranquillement, un peu derrière, mais sûrement.

En arrivant à Sainte-Scolasse on s'installe au bar du cheval blanc. « Vous ne savez pas s'il y a une salle municipale ou paroissiale où on pourrait dormir pour la nuit? » La tenancière nous recommande de demander à monsieur Le Cavalier: « Il est membre du conseil municipal. » On sonne, sa femme ouvre : « Il est absent pour le moment. Demandez à monsieur Evrard, derrière l'église. » Celui-ci tond sa pelouse. Quand on lui expose notre requête, il prend des clés : « Suivez-moi, je vais vous emmener à l'ancien presbytère. Laissez les choses bien en ordre, et mettez les clés demain matin dans la boîte à lettres. » Le presbytère est une grande maison sur la place ; plusieurs chambres, des douches chaudes, une grande salle à manger! L'idéal! On le remercie vivement. « Allez voir l'église, elle reste ouverte jusqu'au soir! » On ne se fait pas prier. On y reste un bon moment. Puis on s'organise pour la soirée. Deux hommes entrent au presbytère, assez furieux : « Qui vous a permis de vous installer ici ? » On explique, ils se calment, mais s'en vont pas très contents. Ça ne nous empêche pas de manger la conscience tranquille et de dormir du sommeil du juste.


Mardi 20 septembre 2011 - 98° jour
Ste Scolasse sur Sarthe - Saint Gervais du Perron - 23 km - carte 

Nous retournons à l'auberge du cheval blanc pour le petit-déjeuner. Nous quittons le village et traversons la campagne brumeuse par des petites routes. Les tracteurs labourent. Parfois nous passons devant des maisons isolées, sur lesquelles mûrissent du raisin. Je n'aurais jamais pensé que le raisin normand soit si sucré. On ramasse des noix, des pommes, des poires...Généreuse automne pour le pèlerin! Nous nous arrêtons devant la mairie d'Aunay-les-bois; quelques maisons le long de la route. L'habitat dispersé de la commune s'étire de hameau en hameau. Les panneaux indiquent une église du XII ème. En voilà une, isolée dans un vallon. En entrant, nous trouvons un décevant néo-gotique tape à l'oeil. Nous quittons le vallon par un chemin qui nous mène devant le perron d'un beau château du XVII éme. Mauro et Emmanuel vont devant. Un homme sort du château et engage la conversation avec Anna, Valter et Mirella. Craignant qu'il ne nous reproche de passer sur ses terres, je rebrousse chemin et viens près d'e ux. « Nous allons au Mont-Saint-Michel, nous cherchons l'église du XII éme.
Je vais demander à monsieur le conte, il connaît bien toutes ces choses là
Surtout ne le dérangez pas !
Au contraire, ça va lui faire de la distraction. On était entrain de remplir sa déclaration d’impôts...
Mais, on a 2 autres collègues devant. On ne peut pas rester, ils vont s'inquiéter.
Je vais les chercher avec mon 4x4 ! »

On s'incline. Monsieur le conte semble effectivement ravi de la visite. Il nous invite à entrer prendre un café. Il est le descendant d'une famille de Normands, installés sur ces terres depuis plus de 1200 ans. Il nous raconte l'histoire de sa famille, à travers celle du château transformé au fil des siècles, et dont quelques vestiges datent de l'époque normande. Ce gentleman farmer est d'une grande gentillesse doublé d'une grande culture. On resterait longtemps à l'écouter, mais il nous faut repartir. Nous laissons Pierre Arnold, conte de Romanet de Beaune, seul dans son château, et filons vivement jusqu'à Essay. Nous déjeunons à l'auberge du relais fleuri, repas simple, copieux, dans une salle à manger uniquement pour nous ; à 14 heures les ouvriers ont repris le travail. Je note quelques numéros de téléphone pour ce soir. Après le déjeuner, nous achetons des vivres et visitons ce joli bourg, anciennement fortifié. Les maisons témoignent de ce passé prospère : grandes, à colombage, certaines agrémentées d'une tourelle. On visite la chapelle des ducs d'Alençon, seul vestige du château fort. Après quelques essaies infructueux, j'appelle la mairie de Saint-Gervais-du-Perron : « Avez vous un lieu pour nous accueillir ce soir ? » Une femme énergique me répond : « Je vais en parler au maire, et je vous rappelle. » Nous récupérons nos sacs à l'auberge et reprenons la route. On longe un grand haras magnifiquement entretenu. Ici, c'est la région du cheval. « Notre Dame des désemparés», naïvement peinte sur des carreaux de céramique, accueille les passants à l'entrée du village de Bursard. Nous continuons jusqu'à l'autoroute que nous franchissons. La secrétaire de Saint-Gervais-du-Perron nous attend dans la minuscule mairie. On peut dormir dans l'ancienne école. Bientôt le maire arrive, il nous fait visiter les lieux. Une espèce rare de chauve souris a élu domicile dans le grenier. Il allume le chauffage. « C'est pas très luxueux, mais au moins vous serez au chaud. » C'est parfait pour nous. On dîne, assez silencieusement, à cause de la fatigue, puis on pousse les bancs pour dérouler nos duvets.


Mercredi 21 septembre 2011 - 99° jour
Saint Gervais du Perron - Carrouges - 26 km - carte 

Puisqu'il y a une cafetière et du café dans la cuisine de l'ancienne école, nous prenons une boisson chaude avant de partir. Nous quittons Saint-Gervais-du-Perron et montons vers la forêt d'Écouves. Les buissons croulent de mûres.

La forêt bruisse, embaume, goutte, ondoie...Nous marchons, attentifs et émerveillés sur de grandes allées toutes droites. Parfois le G.R. nous emmène sur de petits sentiers, tracés dans la bruyère et les fougères. On s'arrête au sommet de cette forêt, la Croix de Médavy. Emmanuel et moi connaissons bien ce lieu, halte familiale rituelle lors de nos voyages entre Caen et Tours. Nous repartons toujours tout droit, plein ouest. La forêt est immense, tantôt plantée de sapins, de chênes, de hêtres... déjà un peu roussie par l'automne. Mirella repère d'un regard infaillible, les ceps cachés sous les feuilles. Elle les soumet à l'avis de l'expert ; Mauro. On croise un promeneur avec sa petite fille. Leur panier déborde de champignons. Il nous explique que cette longue allée toute droite est une ancienne voie romaine. « Moi aussi je suis allé au Mont-saint-Michel par là, mais à cheval. »

On déjeune autour d'une table. Des châtaignes tapissent les talus. Plus loin, le chemin de Saint-Michel rejoint le G.R. On sort de la forêt par la large allée bordée de charmes. Quelle longévité ces voies romaines ! Anna marche à l'arrière, d'un pas fatigué mais tenace. Nous prenons de petites routes pour Carrouges. Des cueilleurs de mûres nous proposent de dormir chez eux. « Merci beaucoup, il nous faut aller à Carrouges pour acheter le ravitaillement pour demain. »

À chaque croisement, le précédent vérifie que le suivant le regarde et lui indique à grands gestes la direction à suivre. On préfère ne s'arrêter que toutes les deux heures, pour que chacun soit à l'aise avec son rythme de marche.

On arrive à Carrouges fatigués, mais contents d'être là. Pendant que la troupe se repose au bar en mangeant des pâtisserie, Emmanuel et moi allons à l'office du tourisme. «Voilà les coordonnées d'un grand gîte en ville.» On téléphone, on sonne à la porte: personne ! On retourne à l'office « Non, ici il n'y a pas d'autres structures où vous pourriez dormir. Puisque vous êtes des pèlerins, demandez au père Lemaître. Il acceptera peut-être de vous loger. Il accueille des groupes de temps à autre. » Je frappe au presbytère. « Bien sûr, vous pouvez venir. Mais c'est assez spartiate chez moi! » Peu après, on se présente : « Des italiens, des pèlerins... moi qui m'apprête à partir en pèlerinage à Rome ! » Sa joie va crescendo quand il apprend qu'Emmanuel est prêtre. Il nous montre les chambres, glaciales, humides. Il nous passe des couvertures. « Ici, pendant la tempête en 2000, le vent à fendu mon mur. Depuis le froid s'engouffre partout. Je n'ai plus d'eau chaude et la municipalité ne veut pas faire de travaux. Ils m'ont bien proposé de vivre dans un studio, mais comment accueillir les groupes de caté? J'ai 80 ans, mais il y a peu de prêtres dans le diocèse. Je resterai aussi longtemps que possible.» Il nous parle passionnément de sa paroisse, puis propose d'organiser notre halte de demain soir. Dehors, il fait froid. Nous nous réchauffons au restaurant, autour d'une pizza. De retour, Raymond Lemaîre nous déclare qu'il a trouvé des chambres pour nous chez les Servites de Marie, à deux pas de Bagnoles de l'Orne.

Il nous montre les photos des moments forts de sa paroisse, occasion pour lui de les revivre avec tendresse.

Nous prenons une revigorante douche (froide). Nous nous couchons dans les salles caté, où, grâce aux couvertures, nous dormons comme des bienheureux.


Jeudi 22 septembre 2011 - 100° jour de mache
Carrouges - Saint Ortaire (Bagnoles de l'Orne) - 31 km - carte 

Raymond Lemaître nous ouvre la grande église et prépare tout pour la messe. À nous 6, on s'y sent un peu perdus; nous rapprochons les chaises de l'autel. De retour au presbytère, nous prenons le petit-déjeuner en compagnie de Raymond, toujours aussi enthousiaste et volubile. Il nous confie une belle prière de pèlerin. Nous prenons des photos-souvenir : « Merci pour tout!
Au revoir! Bon pèlerinage! »

Nous retrouvons le G.R derrière le beau château de Carrouges ; une petite route bordée de noisetiers. Je bourre mes poches de noisettes. Voilà des chemins creux en lisière de bois. La brume ouate le paysage. Nous quittons le G.R. pour Lignières-Orgères. Il y a des cartes postales délicieusement kitschs, au « bar des fumeurs ».

Une chapelle gothique flamboyante marque la fin du village. Nous retrouvons le G.R : petites routes, belles allées, puis chemin rectiligne semé de flaques dans une vallée. « Chacun fait bien attention aux balises du G.R.. Quand les premiers ont trouvé un coin agréable pour le repas, ils s'arrêtent. Marchez ainsi à votre rythme, sans vous inquiéter. » On est d'accord avec Emmanuel. On arrive l'un après l'autre au « fourneau de la vie » : jolie maison piquetée de pierres bleues, au bord d'un lac paisible. On s'installe sur l'herbe, regardant les poissons gober les mouches. Anna téléphone : « Je me suis perdue ! » Un bon moment après, Anna arrive : « Une erreur de croisement ! Après ça, comment faire sans carte ? » On conclut que les premiers renforceront les signaux du G.R. par des indices bien voyants : morceaux de mouchoir en papier accrochés aux arbres, flèches au sol... Anna reconnaît sereine, s'être malgré tout bien débrouillée. Mirella, pleine de compassion pour Anna, semble perturbée par cet incident. Désormais, elle restera à ses côtés pour l'aider à ne plus se perdre.

Nous repartons, toujours le long du G.R. qui s'enfonce dans la forêt. Bien vite Emmanuel et moi sommes en tête, et les 4 autres loin derrière. On trace des flèches... La forêt continue à nous émerveiller : Au milieu des arbres, une petite chapelle saint Antoine seule dans son vallon, un ruisseau qui ricoche sur la terre argileuse, un étang dans une vallée encaissée, des rochers abrupts entre les frêles bouleaux... On se dépêche d'arriver à Bagnole de l'Orne avant que les magasins ne ferment. Cette ville thermale a un charme suranné, avec son casino, ses luxueux hôtels du début du siècle, son église art déco, ses immeubles haussmanniens, ses terrasses de café. Une vraie ville, en pleine forêt. Nos italiens arrivent peu après. Ensemble, nous prenons une belle allée jusqu'au prieuré saint Ortaire où vivent les servites de Marie.

http://servite-in-france.pagesperso-orange.fr/index.htm

Mirella et Anna sont émues: elles fréquentent assidûment cette congrégation en Italie, où elles y vivent des moments forts de spiritualité. C'est étonnant que notre route de l'Ange fasse halte dans la seule communauté française!

Le frère Rock nous accueille. Il est un peu pressé à cause des vêpres. Il nous ouvre de jolies chambres calmes et très confortables. On peut cuisiner dans la grande salle à manger. Sylvie, une étudiante, habite ici. Elle nous offre du café, du pain. Elle nous explique où se rangent les choses, puis file à la prière des moines. Nous prenons nos douches, bien chaudes, lavons du linge et nous retrouvons dans la grande salle à manger. Mirella et Mauro ont préparé de la soupe et la bonne pasta italienne. On fête aujourd'hui nos 100 jours de marche depuis Monte Sant'Angelo ; occasion d'allumer des bougies sur un gâteau !


Vendredi 23 septembre 2011 - 101° jour
Saint Ortaire - La Haute Chapelle - 25 km - carte 

Ce matin, nous assistons aux laudes et à la messe avec les Servites de Marie. Frère Rock nous explique comment utiliser le livre des heures. Frère George et une dame nous rejoignent dans la petite chapelle. La prière intime et joyeuse se prolonge par un petit-déjeuner. Frère George, tout content de rencontrer Anna et Mirella, parle italien avec délectation. Vers l'an 500, l'ermite Ortaire vivait ici. Sa grande sainteté et ses dons de guérison attiraient les foules. Aujourd'hui encore, des personnes laissent de petits cailloux contre sa statue pour qu'il les délivre de leurs maux.

La route est noyée de brume. Nous l'empruntons jusqu'à Saint-Michel-des-Andennes où Gabriel et Yvonne nous attendent pour nous faire visiter l'église. C'est l'occasion pour eux de nous parler de la paroisse, de l'accompagnement des familles en deuil, de la montée de l'intégrisme qui les inquiète. En sortant du village, le soleil a déchiré le brouillard. Les couleurs de la forêt resplendissent dans la lumière. Nous passons devant un golfe; déjà quelques sportifs tirent leur chariot dans l'herbe scintillante de rosée. Nous retrouvons le G.R . Cette allée rectiligne file plein ouest ; c'est le chemin qui reliait Paris au Mont-Saint-Michel. Il longe « le lit de la Gione » du nom d'une sorcière qui aimait se coucher sur le dolmen. On s'arrête plus loin devant l'étonnante chapelle sainte Geneviève, en granit, ornée de sculptures un peu naïves; joyau d'art brut dans un écrin de verdure. En 1856, monsieur Bonhomme, le bâtisseur, a pensé aux pèlerins. Il a construit une incroyable aire de repos avec des morceaux de pressoir à cidre en pierre: des dizaines de tables, bancs, canapés, tabourets, installés autour de la chapelle et le long de la route. C'est l'endroit idéal pour le repas. Nous préparons un feu sur une surface dégagée pour chauffer les boîtes de haricots, griller des saucisses et surtout les ceps ramassés sur la route. Bien calée dans mon fauteuil de granit, je passe des coups de fil : il y a de la place dans un gîte peu après Domfront.

On reprend le chemin qui file tout droit jusqu'à Domfront, très vite le groupe s'espace, en tête Emmanuel et moi, et loin derrière, les italiens. Ce qui commence à nous agacer : pourquoi, alors qu'on a toujours eu plus ou moins la même allure, commence-t-il à y avoir 2 blocs? Deux heures plus tard, nous les attendons. Un homme arrête sa voiture. C'est un habitué de la randonnée. On échange nos expériences : « vous dormez à la Haute chapelle ? Vous verrez, le gîte est super ! » Arrivent enfin nos italiens. Nous leur proposons de continuer un peu pour faire une pause en ville. On s'installe « au petit Gildas », où la tenancière nous sert du poiré, sorte de champagne local, fabriqué avec des poires. C'est délicieux ! Puis, compte tenu de l'heure, nous nous dépêchons de faire les courses pour ce soir. C'est à regrets que je quitte Domfront, la ville médiévale étagée sur une falaise, l'église néo-byzantine en béton, les murailles...Au pieds des remparts, Notre-Dame-sur-l'eau est ouverte. La lumière du soir illumine la pureté architecturale de cette église du XIème. On visite rapidement: il faut arriver à La Haute Chapelle à temps pour récupérer les clés du gîte. En chemin, Emmanuel recadre Mirella. « Anna n'est pas une petite fille, elle se débrouille très bien; marches à ton rythme. À force de l'attendre le groupe se sépare. On est des adultes en chemin, pas une colonie de vacances.
Mais moi, on m'a toujours attendue.
Détrompe-toi. On t'a juste indiqué où tourner, de loin, et tu as toujours suivi. »

Pendant ce temps là j'interroge Anna : « Tu as peur de te perdre ? Tu trouves important qu'on t'attende ?
Pas du tout. Je marche sereine, à mon rythme, je ne suis pas inquiète. De toutes façons, au pire, il y a le téléphone. »

On arrive le soir au bourg de La Haute Chapelle. Le maire bricole dans sa grange, il nous donne les clés. Le gîte municipal, spacieux et pratique, est conçu pour accueillir des groupes. Pendant qu'on prépare le dîner, quelqu'un frappe à la porte. Alain, notre randonneur de Domfront, et Thérèse sa femme, nous apportent une bouteille de poiré bien frais!


Samedi 24 septembre 2011 - 102° jour
La Haute Chapelle - Mortain - 33 km - carte 

L'explication d'hier a été salutaire; chacun s'occupe de sa marche, et à nouveau, le groupe se retrouve, et les sourires aussi. Les rayons du soleil levant dorent de petits nuages, piquetés sur le ciel bleu. J'ai oublié mon précieux cahier dans le gîte ; je fais demi-tour, récupère les clés et le carnet. Je me dépêche de rattraper les autres... qui rebroussent chemin. « On s'est trompés de route ! » Deuxième départ de la Haute-Chapelle. On longe des champs, passe devant un château aux toits délicatement ornés d'épis de faîtage, et arrive dans une vallée striée de rivières. Passés des ponts, on s'accorde un pause au bord de la route. Au loin, la silhouette massive de Domfront se détache sur la colline.

On essaie de retrouver le G.R : une petite route nous amène à une ferme où jouent des enfants. « Vous ne savez pas s'il y a un sentier, pas loin, avec des lignes rouges et blanches ?
Si, continuez à monter. »

Un peu plus haut, un beau chemin prend à notre gauche, Emmanuel s'y engage. « Non, c'est pas par là. C'est plus haut ! » La petite fille de la ferme et son frère qu'elle tient par la main ont couru derrière nous. « Ce chemin c'est pour les vaches de notre oncle. Suivez-nous, on va vous montrer les lignes rouges et blanches sur les arbres ! » D'une foulée sportive, Teva et Maréva arrivent jusqu'au G.R et nous désignent fièrement les balises. Merci aux enfants tombés du ciel de nous mettre sur la bonne voie ! Le bon vieux G.R. nous entraîne sur une ligne de crêtes à travers la forêt. On déjeune sur l'herbe au soleil. Les châtaignes cuites au gîte agrémentent le repas.

Plus loin, on descend une faille rocheuse jusqu'à la rivière. Un dolmen se dresse dans un marécage d'eaux rouges. On longe un étang, les grands arbres dorés par l'automne se reflètent dans ses eaux tranquilles. Les chemins forestiers sont désormais de belles routes bordées d'arbres, à travers la campagne. Il fait chaud ! Nous faisons une pause à Rouge Butte. Emile et Yvette nous offrent l'eau fraîche de leur puits. Encore quelques kilomètres jusqu'à Mortain. À l'entrée de la ville, nous faisons un petit crochet pour aller à la chapelle saint Michel, construite au bout d'une langue de rochers. J'arrive la première. Je regarde vers l'ouest et je le vois, petit triangle dans la lumière du soir ! Le-Mont-Saint-Michel ! Les autres se pressent autour de la table d'orientation. On est très émus. Notre but si proche ! Mauro pleure de joie. Ça me fait drôle d'avoir marché d'une mer à l'autre. On va dans le centre ville et sonne au presbytère. Le père Philippe Navet nous ouvre et nous emmène dans l'ancienne école des sœurs. « Je vous ai prévenu que c'était d'un confort sommaire ! On a pour projet de créer une halte pour les pèlerins. Vous êtes venus un peu trop tôt. » Plusieurs classes, des toilettes et robinets dans la cour : c'est parfait pour nous. On part en ville pour trouver un endroit où manger. L'animation du samedi soir, en septembre à Mortain, est plus que calme. Nous nous installons au seul restaurant ouvert, sur la grande place. Le service est très lent, mais peu nous importe... Nous sommes presque arrivés au Mont !


Dimanche 25 septembre 2011 - 103° jour
Mortain - Saint Michel de Montjoie - 23 km - carte 

Le père Philippe nous donne tout ce qu'il faut pour la messe que nous désirons célébrer tôt. Nous nous installons dans le chevet de la grande collégiale Saint Évroult, construite à partir de 1220. Pendant la messe, je suis distraite par les vitraux contemporains. Je m'y promène, admirative, au grès des thèmes bibliques fourmillants de détails.

Nous achetons des pâtisseries pour nos hôtes de ce soir, la famille David, amis de Gilles et Monique de Trôo. Nous prenons le petit-déjeuner dans un bar, à l'autre bout de la ville. Un client nous signale que quelqu'un a oublié son sac à main et son bâton à la pâtisserie ! Quelles têtes de linotte, ces pèlerins ! Je récupère mon sac, Manou son bâton, et nous partons vers le nord. Un petit crochet pour dormir à Saint-Michel-de-Montjoie. Nous longeons la grande cascade jusqu'à l'abbaye blanche. Cette abbaye cistercienne, construite à l'époque de Guillaume le Conquérant (Début du XII ème) a été le petit séminaire des pères du Saint-Esprit, puis un centre de la communauté des béatitudes. Ce matin là, plus personne n'y habite. Nous entrons dans l'abbaye déserte. L'ancien séminaire, sinistre bâtiment sombre, est abandonné. Derrière le cloître roman, on entre dans l'église. De grandes baies illuminent l'église. Des fresques ocres, peuplées d'anges, réchauffent le choeur. Une atmosphère de sérénité se dégage du lieu.

Nous poursuivons par des chemins profondément creusés dans les champs. Au loin, les cloches de Saint Évroult carillonnent joyeusement: des adolescents vont être confirmés. Des bruits de moteur s'approchent grandissants. On a juste le temps de s'aplatir contre le talus: des robots cops recouverts de boue, chevauchent à vive allure leurs quads. Le calme revient peu à peu dans les chemins qu'ils ravinent. Les plis des collines se creusent. Notre petite route nous emmène de rivières en sommets, à travers la campagne ensoleillée. Nous nous arrêtons dans une prairie, devant la chapelle Sainte Anne, pour le repas, et la sieste. Nous repartons, tantôt sur la route, tantôt sur des chemins creux agréablement ombragés par les arbres. Anna que la chaleur revigore, marche souvent en tête. Nous traversons des villages pimpants et fleuris. Bellefontaine, par exemple, porte bien son nom, avec ses petits cours d'eau qui dévalent la colline entre les touffes de fleurs. Dans la vallée de la Sée, on passe devant un ancien bâtiment industriel en brique. La rivière était bordée de moulins et de forges. On traverse la Sée. L'ancienne route menant aux moulins quitte la vallée sous un tunnel de verdure. Plus loin, les gourdes étant vide, on demande de l'eau à Jordan et Ophélie qui jouent dans leur jardin. Les enfants nous les remplissent bien volontiers. La route qui monte de Perriers-en-Beauficel à Saint-Michel-de-Montjoie nous offre de beaux panoramas sur la vallée. Une fois dans le village, nous sonnons chez les David. Flora, la fille, ouvre la porte : « Les parents sont aux champs. Il faut descendre par la petite route, contourner la ferme, passer sous des serres en plastique, et vous les verrez. Ils ramassent les pommes de terre. » Effectivement, Elisabeth et Pascal travaillent. On leur propose de l'aide. Il faut voir l'efficacité d'Anna et Mirella fouillant la terre, prenant les patates, remplissant les sacs...Bientôt les caisses sont pleines. Pascal propose d'arrêter. Elisabeth nous installe dans le grenier qu'ils ont aménagé dans leur grande maison. On se dépêche d'aller voir l'église avant qu'elle ne soit fermée, et surtout d'apercevoir le mont-saint-Michel. Saint-Michel-de-Montjoie tient son nom des pèlerins qui arrivaient de Rouen. Le premier qui apercevait enfin le mont criait « Montjoie ».

Dans l'église, l'archange est représenté tenant solidement le diable en laisse. Autour, quelques tombes du cimetière attirent notre attention. Ces colonnes monumentales en granit, habilement sculptées, témoignent du savoir faire des tailleurs de pierre qui extrayait le granit bleu de Vire. Le territoire communal comportait une centaine de carrières. Ce métier local est présenté au musée du granit. http://fr.wikipedia.org/wiki/Parc-musée_du_Granit.

Nous nous rendons près du château d'eau où la vue sur le mont est la plus belle, dixit Elisabeth. Le haut du mont se devine dans le soleil couchant, derrière les collines d'Avranches.

Pendant qu'Elisabeth prépare le dîner, que les premiers prennent leur douche, Pascal nous fait visiter son immense potager aux dernières lueurs du jour. Lui aussi travaillait le granit. La concurrence chinoise lui a fait déposer le bilan. Il s'est courageusement lancé dans la production de légumes bio, qu'il vend sous forme de panier à Vire et dans les environs. « Finalement, j'ai toujours voulu faire ça ! » Pendant le dîner, il nous sert son cidre qu'on boit en se délectant accompagné des légumes de son jardin. Elisabeth et Pascal nous reçoivent avec grande simplicité et gentillesse. Au fil de la conversation, Emmanuel découvre qu'il a été en classe, au lycée, avec Pascal ! Le monde est petit !


Lundi 26 septembre 2011 - 104° jour
Saint Michel de Montjoie - Avranches - 33 km - carte 

Tôt le matin, Pascal est déjà parti accompagner Flora au Lycée. Elisabeth bourre nos sacs de fruits et légumes. Nous la quittons à regrets, et descendons la colline par un joli chemin creux. De gros champignons de granit percent la croûte des champs. La lumière du matin caresse le paysage. On arrive à Saint Pois, puis Brecey, où nous prenons des forces au bar. Après la ville, nous traversons la Sée et déjeunons dans l'herbe, devant un grand château. Nous retrouvons peu après le G.R. Les pommiers croulent de fruits juteux. Nous nous déguisons en clown, une pomme rouge devant le nez. C'est un clin d'œil à Tiziana fait la clown dans les hôpitaux pour amuser les enfants malades. Elle arrive après demain avec son mari. La route est longue jusqu'à Avranches. Heureusement le ciel nuageux nous protège de la chaleur. En entrant à La Godefroy nous nous arrêtons devant l'ancienne école, toute pimpante. Des hommes discutent en nous regardant : « Voulez-vous visiter l'église ? Elle est très ancienne, dedans il y a une statue de Saint Michel. » Bien sûr qu'on veut ! Le maire (car c'est lui) Gérard Autin prend les clés. Accompagné par 2 autres membres du conseil municipal, il nous présente l'église dont la simplicité nous séduit. Saint Michel d'un mouvement gracieux immobilise la bête à ses pieds. Une autre statue représente Marie portant Jésus sur sa hanche. Son visage rond et candide me fait penser à ma petite fille. Encore un effort, Avranches n'est plus trop loin. On a convenu avec le père Seigneur, prêtre à Avranches, que le premier arrivé passerait prendre les clés dans la soirée. Soit Domenico qui arrive de Rome en voiture, soit Louis qui lui vient de la Drôme en train, ou nous. En sortant de Saint-Senier-sous-Avranches, un groupe de collégiens nous apostrophe : « Où allez vous ? Vous êtes nombreux ? Y'a même des italiens ! » Ils nous font bien rire en essayant de baragouiner quelques mots d'italien.

Après une côte sévère, on pénètre enfin dans Avranches. Au bar, le pot d'arrivée s'impose. Dommage que la télé soit allumée, son pouvoir attractif empêche la conversation. (La fatigue peut-être aussi). Louis nous attend, il a les clés. Nous passons au presbytère pour saluer le père Seigneur et demander un coup de tampon sur nos crédentiales. Puis nous allons à la salle paroissiale près de l'énorme église Notre-Dame des champs. Louis nous accueille avec énergie et enthousiasme. Il a largement acheté ce qu'il faut pour le dîner. Domenico arrive en même temps que nous. On se rend au parc municipal, face à la mer, au coucher du soleil. Nous sommes saisis par la douceur et la beauté de la baie : des rivières de feu reflètent les derniers rayons et s'enfoncent en mille courbes à travers les sables violets. Au centre, le triangle bleu du mont se découpe sur le ciel d'or. De retour à la maison, Mirella et Anna préparent une pasta. Louis et Domenico sortent des bouteilles, des gâteaux, des cochonnailles et toutes sortes de gourmandises venant de leurs régions. La soirée, joyeuse et animée ne se prolonge pas trop longtemps. On se réparti nos chambres : 3 grandes salles de réunion, et bien vite on s'endort.


Mardi 27 septembre 2011 - 105° jour
Avranches - Genêts - 17 km - carte 

Ce matin, nous visitons le scriptorial d'Avranches où sont conservés les précieux manuscrits du Mont-saint-Michel. Le musée flambant neuf, aménagé dans l'ancien château fort de la ville, présente la baie, la construction par étapes de l'abbaye, le culte de saint Michel et les pèlerinages et surtout les manuscrits magnifiquement enluminés par les moines. C'est une belle préparation pour arriver là bas.

Vers midi, nous apportons des vivres pour pique-niquer dans le jardin face à la baie. Le temps ensoleillé est idéal. Christilla et Romane venues de Tours arrivent en même temps que maman, de Caen. On organise un self sur les bancs. D'autres pèlerins mangent près de nous. Ce sont ceux qui sont passés à la Trappe la veille de notre départ. Ils habitent à Élancourt, tout près de chez moi et connaissent des personnes que je connais.

On range nos affaires dans les voitures, on prend nos sacs et c'est parti sous le soleil. Romane prend la tête. On marche sur la promenade plantée de beaux arbres. Un homme nous crie quelque chose. On ne comprend rien de ce qu'il dit et on s'engouffre dans une petite rue en pente. Cul de sac ! On se retrouve coincés par l'autoroute. Une voiture sort du grand lycée, le chauffeur nous salue ; c'est Gérard Autin, le maire de La Godefroy. De retour en ville, on comprend que l'homme nous criait de ne pas prendre cette rue. On aurait dû l'écouter plus attentivement. Cette fois-ci une passerelle nous emmène de l'autre côté de l'autoroute, dans le quartier de la gare, puis la route nous amène dans la baie. Des sulkys tournent à vive allure sur le champs de course. Le sentier côtier longe de jolies maisons de pêcheurs, aux jardins agrémentés d’eucalyptus et de palmiers. La Sée scintille dans la lumière. Nous marchons sur un terrain spongieux tapissé d'herbes rêches. Des moutons broutent ces près salés. De grands panneaux expliquent les dangers de la baie, difficiles à réaliser par ce temps d'été. En approchant de la pointe du Grouin du sud, on remarque des dizaines de personnes installées sur les rochers. La vue est saisissante : le mascaret arrive à vive allure dans la baie, accrochant dans son sillage la lumière du ciel. La mer s'approche du mont solidement planté dans les sables. On a de la chance, l'amplitude des marées est au maximum. Des personnes sont venues de loin pour admirer l'impressionnant spectacle. Passée la pointe, le sentier côtier s'oriente au nord ouest jusqu'à Genêts. Là, nous nous reposons au bord du rivage. Mais assaillis par les moustiques, nous reprenons notre chemin jusqu'à l'auberge de jeunesse. L'établissement est plein. De joyeux randonneurs, de l'association des amis des chemins du Mont-saint-Michel, dînent au restaurant. http://www.lescheminsdumontsaintmichel.com/spip/spip.php?article108

Pendant ce temps-là, on prend possession de nos chambres, et surtout des douches. Une fois le restaurant libre, on s'y installe en compagnie d'Odile et de son fils Julien. Peut de temps après, on se couche, cuits par la journée.


Mercredi 28 septembre 2011 - 106° jour de marche et dernier
Genêts - Le Mont saint Michel - 10 km - carte

Pendant le petit-déjeuner, on discute avec des membres des «amis des chemins du Mont-Saint-Michel ». L'un d'eux nous connaît via notre site, et s'est rendu à Monte Sant'Angelo en vélo. Pendant la matinée, alors que maman et Odile déposent leurs voitures au mont, on écrit des cartes postales à toutes les personnes rencontrées. Romane colle les timbres avec sérieux. Vers midi nous traversons Genêt pour notre rendez-vous au Bec d'Andaine. Genêt fut autrefois une grande ville. Dès le X ème siècle, c'est d'ici que partaient tous les pèlerins pour traverser les sables. Ce port fortifié se doublait d'un chantier naval. Les inondations, guerres de religion et incendies ont fortement modifié l'allure de la ville, qui n'est plus qu'un petit bourg. Nous entrons dans l'église en pensant à toutes les personnes, illustres ou pas, qui sont venus s'y recueillir avant d'affronter le danger des sables. Au bec d'Andaine nous cherchons sur la plage le coquillage du pèlerin de saint Michel: une sorte de coque noire.

À midi, devant la maison du «chemin de la baie», nous nous installons dans l'herbe pour déjeuner. http://www.cheminsdelabaie.com/ Nous sommes 30 à présent; amis, famille et personnes rencontrées sur la route. Ce groupe nous touche sincèrement; partis à 2, nous voilà 30 ! Quel plaisir de revoir chacun d'entre-eux! Avant le départ, je range mon sac-à-dos dans une voiture, et jette mes chaussures aux semelles molles d'usure et mon matelas déchiré.

Alexandre, notre guide, nous rejoint. Chacun se présente. Alexandre nous donne des consignes pour la traversée. Ensemble nous prions Saint Michel, et c'est parti. Le soleil radieux illumine la traversée et dilate la beauté de la baie et la joie des marcheurs. Sables et eaux miroitent, s’entremêlent, dessinent des arabesques. Les oiseaux volent très haut dans le ciel bleu. Des lâchés de parachutes ont lieu en l'honneur de la fête de l'archange, leur protecteur. Ces méduses aériennes, tombent doucement derrière le Mont. Cette marche ressemble à Pâques : traversée des eaux, lutte dans le courant, patinage dans la boue, vers la montagne sainte illuminée de lumière. Près de Tombelaine, Alexandre nous explique les dangers de la baie. Les sables mouvants qui deviennent dangereux après avoir été foulés des centaines de fois. La marée qui arrive d'on ne sait où et qui encercle le promeneur sans crier gare. La météo; brouillards qui désorientent, orages.... Aujourd'hui, on se sent en confiance.
Nous arrivons au Mont. Chacun rince ses pieds à la fontaine, puis, pendant que certains vont assister aux vêpres, d'autres, (dont moi) accompagnent les chauffeurs à Genêt avec les voitures laissées ici.

La navette effectuée, quelques-uns rentrent chez eux ou regagnent leurs hôtels de la baie. En haut de la rue dans la confortable maison des pèlerins, nous mangeons en hâte. Nous montons dans l'abbaye pour la vigile de Saint-Michel, psalmodiée par les moines et les moniales. De part et d'autre de l'icône de l'archange, leurs chants se mêlent à l’encens, emplissent le choeur et s'éteignent en vagues douces.

À présent, les touristes sont partis. Le bruit des vagues contre les murailles et le pas des pèlerins résonnent dans la ville déserte et sombre.

http://www.abbaye-montsaintmichel.com/


29 septembre 2011

C'est la saint Michel!

Au lever du jour, on se presse contre les remparts pour admirer la danse du mascaret, glissant sur les sables.

À 9h45, nous avons rendez-vous devant l'abbaye pour une visite complète avec un guide rien que pour nous. En effectuant la réservation, j'avais bien précisé qu'on terminait un long pèlerinage et qu'on souhaitait une visite mettant en valeurs la spiritualité du lieu, et l'histoire du pèlerinage, ce, avant la messe de 12h.

« Aucun problème, on a la guide qu'il vous faut. Elle connaît bien toutes ces choses là. »

Bénédicte de Penfentenyo, bretonne enjouée, accueille notre groupe, composé d'une bonne vingtaine de personnes. Elle présente avec humour la baie, le site, l'église...La lumière magnifique distrait les italiens qui ne comprennent pas trop. Elle explique l'architecture, le savoir faire des hommes du moyen-âge, ô combien plus louable que le nôtre...Elle parle, elle parle, surtout du bâtiment, les murs, les escaliers, les gouttières... à peine des pèlerinages, et presque rien de la spiritualité. Elle me saoule, le temps passe. Nous n'avons pas encore admiré la « Merveille » de l'abbaye (son cloître, son réfectoire) que déjà la messe sonne. On sort déçus, surtout ceux dont c'était la première fois.

Notre groupe trouve place dans le transept. L'église est pleine. Emmanuel concélèbre. Nous sommes bien, tous ensembles. C'est le moment le plus important. Fêter Michel et s'unir à lui, (ainsi qu'à Raphaël et Gabriel) pour l'eucharistie : louange, gratitude, émerveillement. L'archange nous a conduit sur des chemins qu'on ne soupçonnait pas, au delà de notre imagination et de nos espérances. Nous sommes à présents différents, enrichis de la certitude d'être accompagnés, avec délicatesse et amour, par Celui qui veut la Vie pour nous, et qui la donne généreusement. Grâce à Lui, nous sommes arrivés (ce qui pour moi n'allait pas de soi). Mais, au delà du Mont, on reste « en chemin ».

À la sortie de la messe, nous déjeunons au restaurant...saint-Michel! Dernier repas animé et joyeux, servi par une femme énergique et drôle.

Temps de remerciements: aux 12 pèlerins, à ceux qui les accompagnent, à ceux qui nous ont soutenus, sur la route ou ailleurs, à nos pieds, à l'Italie et la France, et surtout, à l'Archange.