Mitteleuropa - 1898-1914 : Une première internationalisation de Renault par Gérard Gastaut

À cette époque, la France est reconnue comme nation leader dans ce nouveau domaine qu’est l’automobile. On y vit, du moins pour certains, dans l’euphorie de la “Belle  Époque”. 
  
À l’extérieur,  c’est l’“Empire colonial” et, dans les relations avec les autres pays, la “première mondialisation”. Le succès des produits français peut donc se concrétiser au niveau du globe. C’est le cas pour l’automobile et donc pour Renault.

Pour faire connaître la marque, rien de mieux que la compétition automobile: après  de  premiers  succès  en France, ce sont deux courses vers les capitales des grands empires de la Mitteleuropa qui verront  la  victoire,  dans  la catégorie des voitures légères, de Louis Renault (1901, Paris-Berlin) et, toutes catégories, de Marcel Renault (1902, Paris-Vienne). C’est, hélas, lors d’un Paris-Madrid que Marcel Renault sera victime d’un accident mortel en 1903.
                                                                                          
                                                                                                                                                                      1902 Paris-Vienne. Innsbruck. Louis Renault répare…



1902. Paris-Vienne. Vienne. Arrivée de Louis Renault.

1902. Paris-Vienne. Vienne. Arrivée du vainqueur: Marcel Renault



Dès les premières années du siècle, on trouve des Renault dans de nombreux pays: elles sont importées de France directement par des fanatiques fortunés et sportifs. Sous l’impulsion de Fernand Renault, l’entreprise met alors en place une politique active d’exportation grâce à un réseau d’agents notamment en Allemagne, Suisse (Genève, Zurich), Autriche-Hongrie (Vienne, Budapest).



1905 Budapest, intérieur de l’agence Renault


1905 Budapest, l’agence Renault








1909 Berlin, l’agence Renault


1910 Genève, l’agence Renault


Pour les frères Renault, Louis et Fernand, une date clé est 1905 avec la création du taxi AG qui remplace les voitures à cheval à Paris et en France; bientôt, ce succès se reproduit dans les grandes villes du monde comme à Prague
  1913 Prague, les chauffeurs fiers de leurs taxis Renault
, capitale de la province de Bohème, alors partie de l’empire d’Autriche. Cela aidera fortement la nouvelle entreprise à occuper la première place des constructeurs français.

Tout cela encourage les deux frères à aller plus loin en créant des filiales à l’étranger. Louis Renault, qui prend seul le contrôle de l’affaire en 1908, continuera dans cette voie. Pour la Mitteleuropa ce sera la création de:
- 1907 : Renault Frères Automobil AG à Berlin pour l’Empire allemand plus l’Autriche, le Danemark, la Russie et le Luxembourg (inscription au registre du commerce le 17 octobre),
- 1913 : Ungarische Renault Automobil à Budapest pour la Hongrie.
Ainsi,dès cette période les exportations sont déterminantes dans la vie de l’entreprise. Bien sûr, ces exportations concernent tout ce que produit Renault dans sa stratégie de diversification: automobiles, camions, moteurs notamment pour avion, etc. En 1914, l’entreprise allemande AEG demanda une entrevue entre son patron et fondateur, Emil Rathenau, et Louis Renault; l’entrevue eut lieu à Berlin et Emil Rathenau demanda une licence des moteurs Renault pour l’aviation: Louis Renault refusa!                                                            
Août 1914: le déclenchement de la Grande Guerre va tout changer ; les productions civiles s’arrêtent et Renault adapte ses productions aux besoins de la guerre ; les filiales de Renault à Berlin et à Budapest sont mises sous séquestre fin 1914.

L’entreprise  sera  un  grand fournisseur   de   l’armée française  et  des  armées alliées,  notamment  américaines, italiennes et russes.
Renault sera donc un fournisseur pour les alliés de la France en Europe orientale et dans les Balkans: Roumanie  (1916),  Serbie, Grèce  (malgré  son  entrée tardive en 1917 à côté des Alliés).



1916 Roumanie, ambulances Renault


1916 Roumanie, la reine Marie est l’épouse de Ferdinand 1er



Plus de détails sur Renault en Bohème
(Extraits du livre de Jan Tucek: Renault dans les pays tchèques - Traduction de Philippe Cornet)

La première automobile de marque Renault apparut à Prague en 1905, son propriétaire fut Max Taussig, grossiste siégeant rue Panská. Elle fut immatriculée au registre des plaques minéralogiques, lesquelles commencèrent à être attribuées en Autriche-Hongrie en automne 1905. La capitale de Bohême disposait des plaques minéralogiques à partir de la lettre N, la voiture de Max Taussig portait la désignation N 18. Peu après celle-ci, une autre voiture Renault, celle de Jaroslav Tiller, grossiste de Liben, portant la plaque N 22 fut enregistrée.

La plus vieille voiture Renault, conservée jusqu’à nos jours en Bohême est de type AX de 1909; depuis 50 ans, elle fait partie de la collection du Musée Technique National à Prague-Letná. Son premier conducteur fut Emanuel Oppel (sic!), propriétaire de l’hôtel luxueux Pragois Palace, situé non loin de la Place Venceslas. Il l’acheta manifestement neuve et, d’après les données de l’époque, ce n’était pas la seule voiture Renault qu’il possédait: deux autres voitures Renault, immatriculées au nom de cet hôtelier figurent en effet au registre de police.

La cantatrice tchèque Ema Destinnová (1878-1930), de son vrai nom Émilie Kittlová, devint avant la première guerre mondiale une diva de renommée mondiale. Dans sa vie les automobiles trouvèrent leur place, y compris au moins deux voitures de la marque Renault. C’est son frère qui conseilla à Ema d’acheter une automobile, car il avait des contacts avec l’usine Argus de Berlin, laquelle construisait des voitures sous licence de la marque française Panhard et Levassor. Mais l’affaire alla à vau-l’eau. Surtout, lors d’un séjour à Londres, elle regretta beaucoup de ne pas disposer de sa propre voiture pour se déplacer à l’opéra. En fin des comptes elle se procura une voiture spacieuse une Renault 50 ch au moteur de six cylindres, avec une carrosserie élégante dans le style du « coupé de chauffeur ». Ema Destinnová
se servait d’une autre voiture Renault, une quatre cylindres, plus petite du type 35 ch, conduite vraisemblablement aussi par un chauffeur.