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2017-03 : Note de lecture - "Innover à l'envers" par Christophe Midler, Bernard Jullien, Yannick Lung

Innover à l'envers
Repenser la stratégie et la conception dans un monde frugal
par Christophe Midler, Bernard Jullien, Yannick Lung
Préface de Carlos Ghosn
224 pages  - 23€
Collection : 
Stratégie d'entreprise, Dunod
Parution : 
janvier 2017
Disponible dans les bonnes librairies.

Note de lecture:

C’est un peu le troisième tome d’une trilogie de succès Renault dans des projets innovants de bas de gamme: «L’auto qui n’existait pas»(Twingo), «L’épopée Logan», «Innover à l’envers»(Kwid). A noter que ces trois projets sont sortis en 1993, 2014 et 2015, soit tous les 11 ans: que se passera-t-il en 2026? 
 
Une fois de plus le style de Midler et de ses co-auteurs est simple et clair, ce qui est plutôt rare pour ce genre d’ouvrage.

Ces trois projets ont en commun d’avoir pratiqué l’ingénierie concourante, c’est à dire de mobiliser tous les métiers du début à la fin afin de faire marcher le plus longtemps possible la machine à trouver des «pépites».

Ils ont aussi en commun le fait d’avoir désigné un «heavy-weight project manager» ayant clairement le pouvoir, la responsabilité et le soutien du n°1 de l’entreprise. La mise en place d’un plateau a permis d’organiser le travail coopératif. 

Ils démontrent que l’innovation peut être frugale et venir «d’en bas», au contraire de ces innovations entropiques qui partent du haut de gamme et font exploser les contenus, la complexité et les coûts.
 
Un exemple à suivre: Nestlé-waters qui considère que l’innovation vraiment profitable et durable se fait par le bas de gamme...

Le projet Kwid en remet plusieurs couches:
-    Par l’initiation au sein de LCI qui organise le travail coopératif dès le départ
-    Par la participation des fournisseurs locaux le plus tôt possible, avec leurs compétences et leurs process spécifiques.
-    Par la délégation du pouvoir de décision à un responsable sur le terrain, avec toute la délégation nécessaire (ex Nissan, rétros...)

Le projet Kwid semble avoir reconstruit un management par un outil de reporting très rapide et très simple comme on l’avait initié en Twingo ( prix probables avec risques et opportunités probabilisés par GFE, suivi en continu et plan d’action pour toute dérive ).

J’ai juste un (petit) problème avec le terme «d’innovation fractale» qui ne me semble pas assez clair pour décrire que sur ces projets, la même mécanique d’optimisation concourante doit s’appliquer à tous les niveaux : pourquoi pas innovation «hologigogne» ?

Enfin la préface de C.Ghosn décrit fort bien les qualités du CEO d’une entreprise capable d’innover:
-    la capacité à faire grandir dans l’entreprise des «Chief trouble-makers»
-    la mobilisation de compétences capables d’innover en simplifiant plutôt qu’en complexifiant. C’est quand il n’y a plus rien à enlever qu’on touche à la perfection !
-    le CEO doit être perçu et reconnu comme le défenseur du responsable de projet
-    il doit de plus agir dans la durée, et donc ne pas seulement avoir le souci du court terme.

Par la Kwid, après Twingo et Logan, Renault creuse l’écart avec ses concurrents par sa capacité d’innovateur de frugalité...

En bref, une lecture roborative et jubilatoire, que l’on déguste par petites gorgées pour faire durer le plaisir.

Yves Dubreil 15 mars 2017