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2013-04 - Le Low Cost, une innovation ancestrale et permanente par Michel Jullien

Résumé:
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Le low cost, sujet à la mode, fait débat. Une opinion généralement négative domine autour de cette notion ; pour beaucoup, elle semble être associée à un niveau de vie ressenti en berne, voire à la pauvreté. Elle est aussi liée à la perception que désormais la mondialisation est la source de tous les maux, ou presque.

Si l’expression low cost est nouvelle, la réalité couverte par ce terme ne l’est pas, loin s’en faut. Le low cost est en quelque sorte une innovation “permanente” et ancestrale.

Sans remonter à la nuit des temps, mais seulement de Gutenberg à Ford et Taylor, l’idée de mettre en œuvre des techniques capables de créer des objets en grande quantité pour qu’ils soient accessibles par le plus grand nombre possible d’individus n’est effectivement pas nouvelle : il est physiquement impossible de fabriquer un grand nombre de livres avec “le process des moines copistes”. Le corollaire immédiat, mais techniquement lié, c’est la baisse des coûts, par le levier des techniques de fabrications rapides (la presse au lieu d’une armée de moines, la chaine de H. Ford au lieu d’une autre armée d’artisans...).

Ces produits “de grande série” ont la même fonction principale que leurs frères issus de l’artisanat (proposer un texte à lire pour le livre, permettre de se déplacer de façon individuelle pour l’automobile). 

La différence porte sur “les valeurs d’estime”. le livre n’a plus d’enluminure, la Ford T n’est pas une Cadillac. Cette “dégradation” du produit est acceptée par le plus grand nombre, car il peut désormais accéder à la fonction, qui ne lui était pas accessible auparavant.

Lorsqu’en 1998, Louis Schweitzer déclare qu’il faut faire une auto à 5000 € parce que les populations des pays émergents ne peuvent se payer nos autos, il refait 50 ans après, le “coup de la 4 cv”, mais à travers une vision mondiale. La Logan est née, ou plutôt, sa gestation commence... (sortie en 2004). L’idée de L. Schweitzer repose alors sur le constat que « pour quatre cinquièmes de la population mondiale, la question qui se pose n’est pas celle du renouvellement, mais de l’accès à l’automobile1 ». Il s’agissait donc de conquérir, si possible avant les autres, des marchés encore pas, ou peu, exploités...

La mondialisation n’est pas non plus un phénomène récent : «Avant, les évènements qui se déroulaient dans le monde, n’étaient pas liés entre eux. Depuis, ils sont tous dépendants les uns des autres. » Cette citation est de Polybe (historien grec), il vivait au IIe siècle avant J.-C. !

Ce phénomène s’est accéléré en raison des progrès techniques fulgurants concernant par exemple les moyens d’échanges et de communications et il est en grande partie à l’origine de l’augmentation globale de la richesse planétaire. L’optimisation de la réalisation des objets nouveaux issus de la fabuleuse créativité de l’Homme se fait à travers une chaine de valeur qui utilise, à un instant donné, les compétences les plus appropriées de chaque pays. Il s’agit, pour ces pays, d’être en mesure d’apporter le plus de valeur possible au moindre coût sur ces maillons et non de maîtriser à tout prix l’ensemble de la chaine... C’est cette approche d’avenir, qui est certainement très difficile à accepter et qui à tendance à déchainer un peu les passions...

1 - Louis Schweitzer, « mes années Renault »