2016-11 : Rappelons-nous, Georges Besse

Le 17 novembre 1986, Georges Besse, PDG de la RNUR depuis janvier 1985, était lâchement assassiné devant son domicile.
Patrick Faure, ancien Directeur Général Adjoint de Renault, et à l’époque Secrétaire Général, est le dernier à l’avoir vu vivant. Il se souvient :


Georges Besse est resté moins de deux ans à la tête de Renault, mais, 30 ans après sa mort reste très présent dans nos esprits.
D'abord et avant tout parce qu'il a réussi à adapter à la modernité cette entreprise emblématique de l'après-guerre, ce mythe politique et social qu'était alors Renault. Il a mené à bien cette lourde tâche dans un contexte conflictuel grâce à ses qualités exceptionnelles, sa personnalité et son charisme.
Je pense d'abord à son courage qui allait de pair avec un physique de combattant.
Georges Besse était un industriel qui aimait les usines. Je me souviens d'une visite à Flins, en compagnie de Mme Cresson qui était alors ministre de l'industrie. Ils furent rapidement entourés par des manifestants contestataires. Il a dialogué calmement un long moment avec eux, puis indique qu'il poursuivait sa visite et a fendu la foule dans un silence tendu. Il a fait preuve de ce même courage physique à de multiples occasions et cela a fortement marqué les esprits.
Sa simplicité et sa clarté d'expression ont beaucoup contribué à son image de chef d'entreprise proche de ses salariés. Il était chaleureux, attentif à ses interlocuteurs et ses discours étaient parfaitement accessibles à toutes les catégories de personnel. Pas de jargon médiatique, pas d'élitisme mais un discours stable, entraînant et rassurant par sa constance et sa vitalité. Quand Georges Besse dit un jour que le métier de Renault est de concevoir, fabriquer et vendre des voitures qui plaisent et qui rapportent de l'argent, tout le monde comprend que l'entreprise est retombée sur ses pieds.

Autre trait de caractère marquant, l’opiniâtreté. Il avait choisi lui-même le terme ‘déterminés’ pour une campagne de communication interne et externe. Son action a toujours été conforme à cette idée de sérénité et d'obstination malgré les inévitables soubresauts sociaux et les ingérences politiques. Nous avions confiance.
Ce sont cette chaleur humaine, cette égalité d'âme et sa force de caractère qui ont suscité l'adhésion de la majorité des salariés à son œuvre de redressement marquée par des décisions parfois dures mais toujours prises dans le respect des personnes.
À la fin de la longue grève du Mans, il a écrit un communiqué commençant par cette phrase : « on ne gagne pas contre son personnel ».
On comprend bien, j’espère, pourquoi Georges Besse reste non seulement admiré mais aimé par tous ceux qui ont vécu cette aventure, trop brève, avec lui.


                                                                                                                                                                    Patrick Faure