2014-10 : Conférence d'Elios Pascual

Conférence d'Elios Pascual - ARGR - 13 octobre 2014

Présentation

Pour notre dernière conférence de 2014, nous avons eu le plaisir d'accueillir Elios Pascual, ancien Directeur Général Adjoint de Renault V.I.

C'est la première fois qu'un grand responsable du "camion" vient parler à un auditoire venant essentiellement de l'automobile !
Avec son franc-parler et son enthousiasme, il nous a fait partager sa vision et son expérience et comprendre l'histoire tourmentée de cette branche industrielle.

Ingénieur des Arts et Métiers  et de l'ENSPM, il travaille d'abord à la SEPR (aujourd'hui partie de Safran) pour étudier  des moteurs de fusée.
A partir de 1969  et son entrée a la direction des achats de la SAVIEM, il va ensuite vivre la fusion Berliet-SAVIEM, la création de Renault Véhicules Industriels, le rachat de Mack Trucks aux USA. Après différentes  responsabilités (achats, marketing, plan-produit et stratégie), puis Secrétaire Général de Renault VI, il est nommé PDG de Mack Trucks en 1990 et redresse l'entreprise.
En 1994, il devient DGA de RVI. Il crée ensuite Irisbus (cars et bus RVI et IVECO) avant le rapprochement RVI avec Volvo Trucks.

Compte-rendu

Un compte-rendu détaillé et la vidéo de la conférence sont disponibles
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Devant une assistance toujours aussi nombreuse, notre invité Elios Pascual, ancien DGA de RVI, a évoqué, avec humour et sans langue de bois, sa carrière dans l’industrie des « camions et bus ».
Né derrière les barbelés …
Son père,lieutenant de l’armée républicaine espagnole, se réfugie en France en 1939 et devient commandant dans la résistance.
Elios Pascual naît en 1940 et passe sa première année en camp de concentration de réfugiés: «Quand on est né comme moi derrière les barbelés, quand on a vécu dans une famille très pauvre et subi des humiliations, on apprend à ne jamais oublier d’où l’on vient, ni ce que l’on est, à ne jamais accepter les humiliations, ne jamais se sentir inférieur».

Les fusées puis le chômage après 1968 (1963-1969)

Après ses études aux Arts et métiers, dont il sort major, puis à l’ENSPM (Pétroles et Moteurs), il commence sa carrière à la SEPR – Société d’Etudes de la Propulsion par Réaction - (devenue une partie de Safran) dans les moteurs de fusée cryogéniques (toujours utilisés sur Ariane). « Nous avons fait fonctionner un moteur de fusée avec des règles à calcul et des calculettes d’épicier ! ». Mais en 1969, son image politique et syndicale marquée lui fait perdre son accréditation militaire et il se retrouve au chômage.
Découverte du monde de l’entreprise: la SAVIEM et la fusion avec BERLIET (1969–1976)

Malgré cette réputation, il retrouve un job à la SAVIEM, à la direction des Achats, dont il deviendra directeur-adjoint en 1974.
« J’ai découvert la vraie dimension d’une entreprise : clients, objectifs économiques, compromis entre les choix techniques et économiques, coopération internationale, management des hommes ».
Lors de la fusion, complexe, SAVIEM – Berliet, Elios Pascual réussit celle des Achats : « Il faut dire qu’en règle générale, c’est facile de fusionner les Achats contrairement au Commercial et aux Études ».

Une carrière à RVI (1978–1990)
Elios Pascual y côtoie quelques patrons marquants : François Zannotti, Pierre Semerena, Philippe Gras.
De cette période, il garde quelques souvenirs mémorables.
1978 : Suite à l’accord de distribution de la gamme moyenne SAVIEM par Mack aux USA, il dirige le projet de mise aux normes US des camions SAVIEM. Un challenge et une réussite : les premiers camions sont livrés en 16 mois.
1979 : Avec la direction du Marketing, il apprend le métier du commerce. Un moment difficile : le passage à la marque Renault et l’annonce à Paul Berliet (« un entrepreneur connaissant remarquablement le camion ») de l’abandon du nom.
1981 : Directeur de la Planification, du Produit et de la Stratégie, il entre au comité de Direction. Une fierté : le développement du concept novateur du Magnum (plancher plat, debout en cabine, grande visibilité, aérodynamisme).
1983 : Pierre Semerena, qui succède à François Zannotti, lui retire le Produit. Une « traversée du désert » fructueuse néanmoins : « C’est là que j’ai vraiment acquis une conscience économique ».
1984 : nommé Secrétaire Général, Elios Pascual retrouve le Produit, et prend en charge Qualité, Informatique, Communication, Juridique. Dans le domaine de la qualité,  il est le premier à s’opposer à la sortie d’un produit, à l’exemple de Pierre Jocou. Pour l’informatique, son souci sera avec Jean-Paul Mériau (alors Directeur Informatique de RVI) de la sortir de son image de secte inaccessible aux non-initiés. Avec son aide, il aura l’occasion de « démonter » une proposition d’externalisation (aux apparences avantageuses – un « contrat toxique » avant l’heure) de l’informatique de RVI par une SSII.
Interrogations sur l’avenir de RVI
Les ventes s’effondrent entre 1976 et 1978 (de 240 par jour à 40 par jour !) après une « bulle » de production et des recrutements inconsidérés. Il faudra réduire les effectifs de 36000 à 17000 en quelques années.
Georges Besse (« Je vous aime bien, mais je n’ai pas les moyens de vous garder ») tente de céder l’activité à GM puis Mercedes. Sans suite.
Changement de politique avec Raymond Lévy qui conserve RVI comme monnaie d’échange dans la négociation qui se prépare avec Volvo.
Le redressement de Mack Trucks (1990–1994)
En 1984, RVI acquiert 44% de Mack. Cette entreprise saine s’effondre suite à une gestion calamiteuse : problèmes de qualité majeurs et de fabrication. En 1990, il faut en acheter la totalité et en prendre la direction. Raymond Lévy accepte la candidature d’Elios Pascual.
La direction générale est reconstruite. Et, grâce à des négociations intelligentes avec les syndicats aux US et au Canada, l’efficacité générale augmente, la qualité revient, l’usine canadienne peut être  fermée dans de bonnes conditions.
C’est le retour de la confiance et des clients.
Un grand moment : le premier mois de gain après 58 mois consécutifs de pertes. Le personnel sera remercié par une page de publicité originale dans les journaux : « Je  ne peux pas vous donner une seule raison à notre succès. Je peux vous en donner 5347 » et suit en double page la liste alphabétique des 5347 employés de Mack. « Vous nous avez rendu notre dignité ! ».
Échec de l’alliance avec Volvo : retour en France (1994–1998)
Il revient en France comme DGA, chargé de la Mécanique,du Produit et de la Stratégie dans une entreprise dévastée par l’échec avec Volvo : plus de plan produit, qualité en chute.

Un plan d’urgence est lancé avec Shemaya Lévy : lancer un nouveau moteur, augmenter les synergies moteurs RVI/ Mack, diminuer l’intégration verticale, vente de l’activité boîtes de vitesse à ZF (« Un bon souvenir : il n’y a pas eu une minute de grève ».)
L’activité Cars et Bus, trop petite et trop hexagonale, est rapprochée d’Iveco dans la joint-venture IRISBUS.
L’expérience IRISBUS (1998–2003)
Elios PASCUAL prend la direction d’IRISBUS. Une expérience passionnante dans cette multinationale (2800 français, 1500 italiens, 2000 tchèques, 400 espagnols, 1000 hongrois et même 2000 chinois), véritable tour de Babel,  avec des gammes à fusionner et rationaliser.
« Le meilleur moment de ma vie avec deux patrons exceptionnels : Patrick Faure (RVI) et Giancarlo Boschetti (Iveco) ».
En 2000, Renault cède RVI à VOLVO Trucks. IRISBUS doit réintégrer en totalité Iveco. Elios Pascual prend des rênes de cette entité, mais, peu après le départ de Giancarlo Boschetti, et dans une ambiance de dé-renaultisation, il quitte IVECO Bus.
« End of the story! ».

Elios Pascual est aujourd’hui consultant en Transports Publics auprès de l’Union Européenne. Il a aussi écrit un roman.

Questions/ Réponses
Caractéristiques de la vente du camion
Dans le camion, on vend des euros/ kilomètres (« La consommation se joue à 1 ou 2% près ! ») et de la fiabilité. Le support du réseau 24 heures sur 24 est d’une importance capitale, plus que dans l’auto.
Développements techniques dans les Bus
Une révolution dans le domaine du bus avec les électriques rechargeables. Important pour le bruit et la pollution dans certaines zones sensibles. La France est en retard dans ce domaine.
Pollution des poids lourds
Les poids lourds sont très en avance sur l’auto quant à la consommation et la pollution par tonne transportée. Les gains complémentaires sont à réaliser en aérodynamisme.

Après cette conférence, très appréciée, les participants ont pu continuer les échanges autour du pot traditionnel.