2013-11 : Conférence de Pierre-Alain De Smedt

Conférence Pierre-Alain De Smedt - FARGR - 18 novembre 2013                                 


Présentation



La presse spécialisée (Les Echos du 21 juin 1999) rapporte que le Président Schweitzer « a scellé le recrutement du belge Pierre-Alain De Smedt » le 20 mai au cours d’un entretien sur le stand de Seat au Salon Automobile de Barcelone. Pierre-Alain De Smedt a alors succédé à Carlos Ghosn comme Directeur Général Adjoint de Renault en reprenant l’intégralité de ses fonctions (du moment) ainsi que son fauteuil au Comité Exécutif.

Un poste taillé sur mesure pour cet homme du groupe VW (ancien de Bosch et Tractebel), qui fut aussi Président de Autolatina (filiale commune de VW et Ford jusqu’à la séparation des deux marques) puis chargé des filiales du groupe VW en Argentine et au Brésil. Ses succès ont dû inciter Ferdinand Piëch, alors patron de Wolfsburg, à lui confier en 1996 la mission de relance de la marque Seat, marque connue jusque là pour ses prix bas mais dont il confirmera le retour à la rentabilité (résultats records - finances et ventes ! - en 1998).

Renault aussi a apprécié son professionnalisme, son doigté mais également … l’humour du citoyen belge. Il fut un grand patron qui parlait le langage de « ceux qui faisaient », de « ceux du terrain », à l’opposé des « chieurs d’encre » toujours vilipendés par Louis Renault.

Il est actuellement Président de la FEB (Fédération des Entreprises Belges).

« Un homme du Nord avec une sensibilité latine »  X. Debontride  (Les Echos).


Compte-rendu

Conférence de Pierre-Alain De Smedt le 18 novembre 2013

Pierre-Alain De Smedt, ancien Directeur Général Adjoint de RENAULT, était notre invité pour cette 3ème conférence de l’année devant une assistance de plus de 150 personnes. Celui-ci a évoqué pendant un peu plus de deux heures sa carrière chez VW puis chez RENAULT, et donné sa vision du futur de l’industrie automobile.

Les débuts
Après une double formation d’ingénierie et d’économie, il rentre à la Force navale : nouveau métier (navigation), discipline, rigueur, voyages.
Il fait de l’informatique pendant les 5 premières années de sa carrière à partir de 1966. De chez Solvay, au moment de la transition carte perforée – ordinateurs, il retient l’importance de la formation sur le tas et de la pratique.  Il acquiert une première expérience de l’international. Chez Siemens qu’il rejoint comme commercial, il vend des ordinateurs à l’administration (dans le cadre du contrat avec l’état belge) : il y apprend le commerce et le jeu politique dans l’industrie.

VW Belgique
Pierre-Alain De Smedt a été dès son enfance un passionné d’automobile : il collectionne les modèles réduits et les catalogues des salons de l’auto. Sollicité par VW, c’est avec joie qu’il y entre comme CFO de l’usine de Bruxelles que vient de racheter VW à son importateur. Il en devient rapidement le CEO, rattaché au PDG Carl Hahn,  mais avec beaucoup d’autonomie. Cette usine a une performance de 20 à 25% meilleure que celle des usines allemandes. De plus, atout primordial, elle dispose d’une grande flexibilité : en moins de 3 mois, elle va pouvoir accueillir la production de la Golf qui a pris son essor. Il est vrai qu’on vit une époque de croissance sans problèmes sociaux majeurs. Cette période est l’occasion d’apprendre les relations sociales et le monde patronal (comme président de l’Union des Entreprises de Bruxelles).

La stratégie de VW
VW s’est très tôt étendue sur le plan géographique avec un fonctionnement très décentralisé. Carl  Hahn est notamment l’instigateur de l’implantation en Chine en 84, puis de l’acquisition de SEAT et de ŠKODA en 1990. La culture : « Etre les meilleurs en qualité et en technologie : compte tenu de cet avantage, le client paiera… ». Ferdinand Piëch succède à Carl Hahn en 1993, alors que VW est confrontée à des problèmes de productivité. Il met la pression sur les achats plutôt que sur les usines : plateformes et motorisations communes, global sourcing. C’est le recrutement de José Ignacio Lopez venant de chez GM.

1990 : VW Brésil et Argentine
Autolatina, filiale de VW et Ford, a été créée en 1987 pour faire face, grâce aux économies d’échelle et synergies (mise en commun des usines, des achats et même de modèles), aux importantes pertes de leurs filiales respectives d’Amérique Latine. Et l’idée, en cas de succès, d’une fusion plus large.
Pierre-Alain De Smedt est appelé pour en être le CEO fin 1989. Les résultats sont là : des bénéfices d’1MM $ au début des années 1990.
Pourtant Piëch remet en cause cette stratégie : optimisation globale plutôt que locale, pas de fusion VW/ Ford. Pierre Alain de Smedt, qui garde la responsabilité des filiales VW, est chargé des difficiles négociations du divorce. Les filiales VW resteront rentables alors que celles de Ford perdront de l’argent.
De cette période Pierre Alain De Smedt garde beaucoup d’attachement au Brésil.
1997 : CEO de SEAT
SEAT, née de la volonté de Franco et d’abord associée à FIAT, est reprise par VW au début des années 90. SEAT fait des pertes de 2MM Marks, camouflées par la direction.
Pierre Alain De Smedt en prend la direction fin 1996 pour redresser la situation.
Piëch impose une standardisation à marche forcée : modèles SEAT issus de leurs équivalents VW, discipline de fer (un écart coûte sa place au responsable ingénierie de SEAT). L’usine moderne de Martorell passe de 1500 à 2500 véhicules/jour et devient enfin rentable. Les effectifs totaux de SEAT sont réduits  de 30000 à 12000 personnes.

1999 : Renault
Sollicité par Louis Schweitzer au salon de Barcelone, Pierre Alain De Smedt rejoint RENAULT et succède à Carlos Ghosn parti chez NISSAN.
De RENAULT, il connait le produit et son inventivité.
Son arrivée est un choc culturel : il passe d’un groupe centré sur la technologie à un groupe  où la culture du coût est devenue primordiale.
Les points forts : l’esprit RENAULT et la qualité de l’accueil, une dynamique économique très positive, la force du réseau, l’Alliance avec NISSAN, Dacia, le développement international, Guyancourt, les groupes transverses, un plan d’économie de 3MM € largement entamé.
Les (mauvaises) surprises : la rouille sur les voitures (mais un plan d’action en bonne voie), le Diesel (un dCi bruyant, le lancement prématuré du K9…), les problèmes de géométrie des carrosseries.
Les bons souvenirs : l’Alliance très grande réussite, la qualité des usines, le projet Megane 2, le développement international, la F1, nombre de collègues et collaborateurs de grande classe.
Les souvenirs les moins bons : les problèmes avec l’Argentine en défaut de paiement, la vente de la SNR, la qualité de présentation des véhicules au Salon de l’automobile, le style de VelSatis.
Pierre Alain De Smedt quitte RENAULT lors du départ de Louis Schweitzer, comme cela avait été convenu.

Et maintenant ?
Pierre Alain De Smedt, est président depuis 2011 de la Fédération des Entreprises de Belgique. Principales préoccupations: compétitivité et réindustrialisation. Problème connu en France.

Avenir de l’automobile en Europe ?
Les entreprises ne meurent pas : il y a des ajustements nécessaires. Il faudra naturellement compter avec la Corée et la Chine.
Les volumes reviendront  et la base technologique est bonne.
Questions-Réponses
 Cette séquence traditionnelle de nos conférences donne lieu à de nombreuses questions :
•    La difficulté de la standardisation chez Renault : les calculs de rentabilité ne servent à rien, il faut des systèmes coercitifs « à l’allemande »
•    La menace de la Chine : ne pas trop se focaliser sur les coûts salariaux qui évolueront mais sur les fondamentaux (flexibilité, productivité)
•    La succession de Piëch chez VW : pas pour tout de suite
•    Le véhicule électrique : on roulera a l’électrique, mais la durée de la transition dépend de beaucoup de paramètres (mentalités, politique)
•    La situation économique de l’Europe : des pays comme la Belgique (la France ?) doivent revoir la fiscalité et le poids de l’état à l’instar de l’Allemagne au début des années 2000
•    Le projet Logan : beaucoup de scepticisme au début, mais une grande réussite grâce à la volonté de Louis Schweitzer et de l’équipe projet.