2012-06 : Conférence de Philippe Ventre

LUNDI 4 juin 2012 - Conférence de Philippe Ventre
 
Forte du succès de ces conférences précédentes, l'association RENAULT HISTOIRE a accueilli Philippe Ventre.
Philippe Ventre c’est une fidélité sans faille à Renault pendant plus de quarante ans mais c’est aussi l’homme de l’innovation, de la nouveauté dans bien des domaines, et un parfait exemple de grand professionnel de l’Automobile.
 
· Pendant sa vie au Bureau d’études :
 - La création et le développement du système des bancs d’organes au début de sa carrière,
- Puis une période consacrée à la Sécurité Automobile, la coopération (mais aussi les différends) avec les constructeurs US, partisans de l’unique Sécurité Passive, et où il a réussi à faire valoir aussi l’importance de la Sécurité Active.
- La direction de l’Ingénierie Véhicules dès la création de cette unité, poste qu’il a occupé jusqu’à son départ.
· Faut-il encore citer :
- La confiance que l’Entreprise lui a accordée dès 1978 en le choisissant comme son représentant chez AMC à la tête du CRD - Centre Renault de Détroit ?
- Son rôle, essentiel, d’animateur du CCMC à Bruxelles qui lui a valu la reconnaissance des plus hautes autorités internationales ?
Après Christian Estève, Pierre Jocou, Raymond H. Lévy et Patrick Faure, nous avons vécu avec Philippe Ventre des moments importants de notre Renault.

Compte-rendu détaillé

Conférence de Philippe Ventre – 4 Juin 2012

Devant un large auditoire et en présence notamment de Raymond Lévy et Aimé Jardon, Philippe Ventre, ancien Directeur de l’Ingénierie Véhicule se dit à la fois très honoré et ému de cette invitation de la SHGR.
Avec son dynamisme habituel, il nous a évoqué quelques étapes de sa carrière.
Les débuts chez Renault
Issu d’une famille d’enseignants, Philippe Ventre, après un Bac Philo,  choisit de faire des études d’ingénieur à l’ESTACA car il était déjà passionné par l’automobile.
Il entre chez SIMCA comme ingénieur à l’emboutissage. L’ambiance n’y étant pas très bonne, il postule chez Renault et entre en 1956 au Bancs d’essai Moteurs à Billancourt. Puis, en 1959, il arrive à Rueil aux Essais d’Organes Véhicules. Dans ces deux premiers postes, alors que l’on ne fait encore que des essais de moteurs ou d’organes véhicules complets  (jusqu’à la casse !), il met au point les premiers bancs d’essai de composants moteurs (soupapes…) ou véhicules (suspensions, portes…).

La sécurité automobile

Dans les années 1960, la conception de la caisse des voitures est encore essentiellement une affaire de style. En 1970, Yves Georges confie à Philippe Ventre la responsabilité d’un nouveau service chargé d’étudier  la caisse sous l’angle de sa résistance et de la sécurité. Jacques Lacambre rejoint ce service.
Ce sont les premiers travaux avec le Docteur Tarière (Laboratoire de Physiologie et de Biomécanique). On commence à mieux comprendre les réactions de la voiture, mais aussi de ses occupants dans les accidents grâce à des essais de chocs et aussi aux enquêtes menées avec la gendarmerie lors d’accidents.
Au début des années 1970, il y des débats vifs sur les normes de sécurité avec les américains, tenants de voitures rigides et lourdes. L’équipe de Philippe Ventre montre aux américains que rigidité et lourdeur des voitures ne sont pas la solution. En effet, comme le montre spectaculairement  le film de l’époque présenté par Philippe Ventre, un choc entre une R5 « renforcée » et une Ford Zephyr « assouplie » montre une protection des occupants très supérieure à celle obtenue lors du choc entre les mêmes véhicules « de série ». On a d’ailleurs encore demandé à Philippe Ventre, il y a quelques années, de présenter ces résultats très importants dans des conférences sur la sécurité automobile..
Puis, c’est le programme « Basic Research Vehicle » sur la sécurité avec les premiers prototypes de prétensionneurs sur les ceintures de sécurité.
Renault va devenir un leader reconnu en matière de sécurité. 

AMC
En 1979, Renault vient de prendre une participation dans AMC. A la demande de Pierre Tiberghien, Directeur des Etudes, Philippe Ventre va prendre en charge à Détroit, le projet Alliance, version américaine de la R9. Il est nommé Executive Vice-President, General Manager Engineering and Planning Group de Renault USA. Il garde le souvenir d’une préparation minimaliste de son arrivée. Son rattachement à la Direction des Affaires Internationales ne facilite pas les relations avec ses collègues du central.
Première surprise : les importants travaux de mise aux normes US des plans de la R9 face à l’avalanche des modifications techniques venues de France. Puis, des discussions difficiles avec le Bureau d’Etudes Moteurs central sur les techniques moteur à retenir pour respecter les normes de consommation  US. Malgré ces difficultés, l’Alliance sort en juillet 1982 juste un an après la R9 en France, les normes de consommation sont respectées au-delà des espérances (43 miles par gallon) et l’Alliance est élue « Véhicule de l’Année » aux USA. Renault a alors acquis la majorité d’AMC, José Dedeurwaerder en est Directeur Général, et Philippe Ventre en est Vice-président  « Product Engineering and Development ».
Cette période au cœur de l’automobile américaine reste un très bon souvenir.
Le retour en France
Philippe Ventre est rappelé en France en 1984. Il livre quelques souvenirs marquants :
- le problème sur l’essieu arrière de la R21 qu’il faut régler en moins de 6 mois pour  le démarrage aux congés 1985.
- la décision de Raymond Lévy de décaler la sortie de la R19 pour obtenir un niveau de qualité correct dès la sortie. Une première chez Renault.
- les évolutions de l’organisation du développement véhicules : structure projet ou structure métier (Philippe Ventre considère qu’il faut absolument préserver la culture métier et l’expérience) ;  et la décision finale d’une structure matricielle.
Philippe Ventre est nommé Directeur des Etudes en 1989.

La création de l’Ingénierie
Le regroupement Etudes Méthodes pour former une Ingénierie Produit Process est un signal fort de la nécessaire coopération entre ces 2 directions pour progresser en matière de délais de développement. Renault est un des premiers en Europe. La grande taille de l’entité obtenue conduit à un découpage Ingénierie Véhicule (Philippe Ventre est nommé Directeur de l’Ingénierie Véhicules en 1994) et Ingénierie Mécanique. Cela a été bien expliqué et l’opération s’est plutôt bien déroulée dans un premier temps. Mais cela  met en évidence des différences pratiques sur le mode de management des équipes (assez souple au BE, plus rigide aux Méthodes) qui se traduisent très concrètement par des différences sur les feuilles de paie. On annonce aussi le déménagement au Technocentre à Guyancourt. Une grève démarre à Rueil en 1995 qu’il sera bien difficile d’arrêter. C’est une action violente menée par certains syndicalistes de Billancourt sur le site de Rueil, mal vécue par les techniciens de Rueil, qui aboutira à l’arrêt du mouvement de grève. 
Mais on en tirera les leçons : le déménagement à Guyancourt se déroulera très correctement.
Pour conclure
Philippe Ventre aura passé 42 ans chez Renault. Il rappelle 2 points essentiels :
-  Chez Renault, on se retrousse les manches quand il y a un problème. Il faut s’attacher à conserver cet esprit de corps.
- Il faut préserver la culture du métier automobile, c’est la base pour ne pas faire d’erreurs !

Enfin la séance habituelle de questions/ réponses a d’abord  l’occasion de revenir  sur :
- la période Renault-Volvo  avec la réalisation de la plateforme commune P4 malgré les difficultés (logiciels CAO différents, organisation, rivalités)
- les travaux du CCMC sur les futures réglementations européennes (difficile, mais très bon souvenir des relations avec  le Docteur Seiffert de VW)
Cela a aussi permis de découvrir d’autres aspects de Philippe Ventre :
- Président du club de karting du COB dans les années 60. Cela lui a permis de cultiver sa connaissance des moteurs 2 temps, ce qui fut bien utile ultérieurement lorsque Renault a envisagé cette solution.
- Maire de  sa commune depuis 2008, et maintenant confronté aux méandres de l’administration d’état pour le bien de ses administrés.