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Le chapiteau abandonné du cirque soleil

publié le 26 mars 2011, 07:34 par baudelet Vincent   [ mis à jour : 2 mai 2011, 14:19 ]

*      LE PRESENT, constat

 

Etat des lieux du chapiteau …

Il existe en périphérie de Ouagadougou au Burkina Faso, un large terrain clôturé sur lequel est monté une structure de type chapiteau. Bien qu’apparemment non terminé, le chapiteau est fixé  sur une large dalle de béton. L’architecture veut qu’une pièce centrale fasse office de salle de spectacle avec un emplacement pour des gradins et que deux pièces latérales permettent la création de loges et de vestiaires.

La dalle est coulée, la structure métallique et la toile sont en place. Les tiges et treillis de métal qui sortent du sol prouvent bien qu’une structure devait y être installée.

De chaque côté de cette immense structure se trouvent 2 tentes circulaires qui servent de dépôt de matériel. Le tout est installé dans un immense terrain clôturé







…Bien abimé.

Abandonné et non entretenu depuis plusieurs années, le lieu commence à se dégrader fortement à cause de la poussière, du vent et de la pluie.  Nous pouvons apercevoir sur la tente circulaire latérale, que les toiles rougies par la poussière, commencent à se déchirer fortement. Il en est de même pour la toile de la structure principale qui commence, elle aussi à subir les caprices de la poussière et de la météo.







Un nombre important de matériel utile…

Une grande quantité de matériel de cirque, d’agrès, d’outils et de structures artistiques est toujours présent sur les lieux. Des caisses fermées portent notamment le logo du Cirque du soleil.

 





(Le matériel de cirque est laissé à l’abandon)

Un container de 40 pieds se trouve également non loin du lieu. D’après certaines sources, il contiendrait un grand nombre de matériel de cirque et de matériel de bureau en tout genre. Du matériel informatique y serait également présent.

 

Mais cependant inutilisé et à l’avenir incertain …

A l’origine gardé, le lieu est maintenant laissé sans protection. Mois après mois, du matériel disparait petit à petit. Il y avait à l’origine deux containers, il n’en reste actuellement plus qu’un seul. N’importe qui au courant peut donc venir se servir dans ce trésor circassien.


 

En 2010, il y avait encore deux containers

De plus, inutilisé, le matériel subit également l’humidité et la poussière, le rendant de moins en moins utilisable.

 

Une demande circassienne forte …

De nombreuses formations circassiennes existent à Ouagadougou. Cependant, les arts du cirque n’étant pas reconnus officiellement, ces compagnies ont du mal à exister et à être prises au sérieux: Elles manquent souvent cruellement de locaux adaptés à la création, à la répétition et à la formation, elles ont du mal à trouver des lieux ou des événements pour se produire et ont également des problèmes concernant l’acquisition de matériel de cirque et artistique.

Nous pouvons répertorier la troupe « Fasocirque » qui est une association officielle œuvrant pour le cirque social et qui a déjà tourné dans plusieurs pays africains et occidentaux.

Il existe aussi la troupe « petit vélo » qui est une troupe plus amateur et qui se base uniquement sur le cirque et l’acrobatie traditionnelle.

« L’étalon de Yennenga » quand à elle, est une troupe de cirque équestre.

Ces troupes de cirque d’un bon niveau, ont reçu des formations provenant de structures reconnues dans le monde du cirque (Cirque du soleil, le moulin de Pierre de Valérie Fratellini, le pôle cirque d’Amiens, Jérôme Thomas…).

Cependant, ces troupes ont tout de même des difficultés à évoluer tranquillement et galèrent même réellement. Lorsqu’on lit leurs dossiers de présentation, il est intéressant de remarquer que toutes ces troupes ont exactement les mêmes besoins, à savoir un lieu et du matériel adapté.

  






                    Petit vélo                              L’ étalon de Yennenga                         Fasocirque

 

…qui pourrait être comblée

Il y a donc d’un côté, des artistes de cirque qui rêveraient de lieu et de matériel de qualité pour évoluer dans de meilleures conditions et nous avons d’un autre côté un chapiteau abandonné et du matériel entreposé qui reste inutilisé.

 

 

*      LE PASSE, ou l’histoire de ce lieu

 

Cirque du monde

Cirque du monde est la contraction de deux noms : Cirque du soleil et Jeunesse du Monde. C’est un programme mis en place par ces 2 structures canadiennes et basé sur ce qu’on appelle le cirque social.

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Le cirque social vise à redonner à des jeunes fragilisés leur confiance en eux, à leur faire réaliser leurs forces, à leur faire découvrir des talents qu’ils n’ont pas encore eu la chance d’exploiter. En apprenant les arts du cirque, les jeunes vivent une expérience personnelle positive. Leur estime de soi est renforcée. Leur identité et la manière dont ils se voient est meilleure, améliorée.

Depuis sa création en 1995, le programme Cirque du monde est maintenant réalisé dans plus de 80 communautés à travers le monde.






Atelier Cirque du monde à Abidjan en 2001

 

Cirque du monde au Burkina Faso

 

Le programme « Cirque du monde » était donc présent également au Burkina Faso de 1995 à 2007. C’est donc l’ONG « jeunesse du monde » qui assurait tout le côté « social » du programme pendant que le « Cirque du soleil » fournissait le matériel et s’occupait de la formation aux arts du cirque.

Le centre a donc tourné plusieurs années, accueillant et formant plusieurs enfants des rues qui devenaient à leur tour formateurs. Après plusieurs années d’existence, il a été décidé d’aller plus loin dans la démarche en dressant un chapiteau dans un lieu clôturé dans le but d’en faire justement un haut lieu du cirque à Ouagadougou.

 


Fin du rêve : les conséquences de la crise financière

Malheureusement, cette belle histoire a pris fin -à priori- à cause de la crise financière du milieu des années 2000. Cirque du monde a stoppé ses activités dans la plupart des pays africains. Il n’était alors pas question d’arrêter les activités au Burkina Faso, un grand projet étant en train de se dessiner avec l’arrivée du chapiteau. Cependant, en 2004, alors que le chapiteau est déjà monté et que le projet avance bien, le décès  de Moustapha N’diogou, alors coordonnateur des projets Afrique de jeunesse du monde au Burkina Faso, provoque l’arrêt des activités. Peut de temps après, Nicole Rybèrdie, responsable du programme Jeunesse du Monde au Canada, tente alors de continuer les actions entreprises. Cependant, la crise financière a tout de même eu raison des différents frais  nécessaires à l’élaboration totale de ce projet : Faute de moyens, le projet s’arrête alors en 2007.

Voilà pourquoi il existe au cœur de Ouagadougou un chapiteau à l’abandon et du matériel inutilisé en train de se détériorer… Alors que nombres de circassiens burkinabés rêveraient de pouvoir profiter d’une telle opportunité. Voilà également pourquoi de nombreux jeunes qui ont appris le cirque au sein de la structure et qui sont devenus formateurs par la suite se sont retrouvés sans travail du jour au lendemain et galèrent maintenant pour s’en sortir car ils ne veulent pour rien au monde, laisser tomber le cirque, qu’ils aiment plus que tout !

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