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Etat des lieux du cirque en Afrique

publié le 26 mars 2011, 07:33 par baudelet Vincent   [ mis à jour : 2 mai 2011, 14:26 ]

 

REFLEXION : Le cirque africain doit évoluer

 

 

1)      Constatation : le cirque africain, un divertissement populaire.

Le cirque n’est pas (encore) du tout reconnu à sa juste valeur en Afrique. Contrairement à d’autres arts comme le théâtre, la danse ou la musique qui jouissent d’une réputation noble et sérieuse, le cirque reste une discipline associée en grande partie à l’amusement populaire, voir dans certains cas à la mendicité.

Il n’est pas rare en effet, en terrasse d’un maquis, d’être interpellé par quelques acrobates et jongleurs qui vous régaleront par quelques tours impressionnant en échange de quelques pièces dans le chapeau.

Il arrive également souvent de croiser quelques circassiens embauchés une misère pour animer une partie d’un événement quelconque : une inauguration, une soirée de paroisse…

Le cirque est donc perçu dans la vision populaire comme un divertissement qui se veut spectaculaire et qui est généralement une opportunité pour quelques personnes habiles de leurs corps voulant gagner de quoi survivre.

 

2)      Analogie avec l’histoire du cirque Européen.

En Europe, l’avènement du cirque dit contemporain qui cherche davantage à présenter une vision artistique personnelle à chaque artiste, fait complètement opposition au cirque traditionnel dans lequel le divertissement et le spectaculaire priment sur tout. Perçu comme simple « divertissement » il y a encore quelques années, le cirque est maintenant élevé au rang d’art partout en Europe et dans le monde occidental.

En Afrique justement, cette transition ne s’est pas réalisée, le cirque reste donc pour l’instant un divertissement populaire cherchant à tout prix à faire rire et impressionner le public.

 

3)      Pour être reconnu officiellement, le cirque Africain doit donc maintenant s’imposer comme un art et donc forcément évoluer.

Il n’est alors pas difficile de comprendre pourquoi le cirque n’est pas compris et reconnu en Afrique comme un art à part entière : c’est que çà n’en est pas encore un ! Afin de se débarrasser de cette étiquette de divertissement et d’obtenir de la pensée populaire, la reconnaissance du cirque comme un art à part entière, celui-ci a donc besoin d’évoluer, comme l’a fait le cirque européen avec l’avènement du mouvement contemporain.

 

4)      Cependant, il doit évoluer tout en faisant resplendir la richesse culturelle traditionnelle africaine

L’Afrique est belle et possède une richesse culturelle incroyable. Elle possède des rythmes, et des pas de danse que l’on ne retrouve sur aucun autre continent. L’Afrique a, de par sa situation, tellement de choses à raconter et à dénoncer. L’Afrique possède également une richesse artisanale incroyable. Nous pensons alors qu’il ne faut pas négliger toutes ces merveilles et profiter justement de cette réflexion autour du cirque pour les renforcer.

 

5)      De ce constat, nous pouvons donc retenir quelques points essentiels qui pourraient donc, selon notre vision, s’imposer comme la base du cirque africain contemporain de demain.

-numéros

Le spectacle ne doit plus être vu comme un enchainement de numéros mais comme un  seul et unique numéro dans lequel tout est lié au maximum et où la présence de la danse et de la gestuelle adoucit les transitions entre différentes performances. De même, l’ambiance musicale peut aider à éviter cette cassure en étant présente tout au long du spectacle.

-danse

La danse doit donc faire parti intégrante du cirque contemporain Africain, comme elle l’est pour le cirque contemporain Européen. Cependant, les pas de danse doivent s’inspirer pleinement de la danse traditionnelle africaine. Comme expliqué précédemment, la danse et la gestuelle permettent de lier les performances techniques en évitant l’impression de cassure entre les numéros.

-musique

Comme pour la danse, nous pensons que la musique doit être omniprésente. Des musiciens ou percussionnistes traditionnels doivent faire partie intégrante du spectacle. Le musicien doit réfléchir sa musique de façon à éviter toujours la cassure entre les numéros, pour cela le public ne doit pas avoir l’impression d’avoir affaire à une succession de morceaux mais plus à une musique continue qui change en fonction de l’ambiance souhaitée.

Paradoxalement, le silence peut toutefois être présent du moment qu’on ne donne pas l’impression de début-fin de morceau. Par exemple, durant une performance complexe, la musique pourra laisser la part belle au silence afin d’apprécier pleinement la difficulté et la beauté de l’expérience.

 

-matériel

Il existe du matériel de cirque typiquement africain, comme les bols ou le mât africain. Ces matériels ne doivent surtout pas être abandonnés au profit du matériel occidental (massues, diabolo, baton du diâble) ! Ce qui n’empêche en rien leur utilisation. Il a été trouvé des procédés de fabrication pour la majorité du matériel habituellement utilisé en spectacle : les balles et les bâtons du diable peuvent facilement être fabriqués à base de chambres à air ; de très jolies massues peuvent être fabriquées en rotin ; et bon nombre d’autres accessoires peuvent êtres détournés facilement, comme un pneu de camion qui peut faire office de structure d’équilibriste. Nous pensons donc que le cirque africain doit tirer profit de cette spécificité de l’Afrique qu’est la récupération d’objets par ses artisans forts talentueux.

-morale

Il n’existe pas un conte, pas une pièce de théâtre, pas une chanson en Afrique qui n’a pas pour but de délivrer un message. Nous pensons que le cirque africain doit pouvoir délivrer un message ou exprimer un sentiment profond à portée éducative afin d’essayer de faire évoluer les mentalités par rapport à un problème existant.

6)      Cependant, cette transition ne peut se réaliser qu’en parallèle de la création d’un lieu artistique spécialisé dans les arts du cirque.

 

Certes l’évolution du cirque en tant qu’art favorisera l’émergence de structures et de lieux adaptés, à l’instar des grandes écoles de danses burkinabés. Cependant, les bases d’une telle transformation nécessitent au préalable l’ouverture d’un lieu à la hauteur de ses ambitions et adapté à la répétition et à la création artistique.

 

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