Archives‎ > ‎

Le joual, d'hier à aujourd'hui


16 novembre 2010

Au Québec, parle-t-on encore joual? La situation du joual a été commentée de nombreuses fois, mais j’avais envie d’y ajouter mon grain  de sel. D’abord, d’où tire l’origine du mot « joual »? Voici ce qu’en dit la réputée linguiste Elkie Laur : « ...le mot joual /ʒwal/ renvoie à une prononciation particulière du mot cheval /∫val/, héritée des parlers de France et attestée au Canada depuis 1894 dans les glossaires. »

Cela ne date donc pas d’hier. Sous le Régime anglais, les Canadiens-Français baignent dans la langue anglaise et cette situation se prolonge, notamment dans les milieux de travail où les francophones occupent des postes subalternes. Le manque d’instruction en est, lui aussi, en partie responsable. Peu de gens avaient alors accès à l’alphabétisation. Quoi qu’il en soit, le terme joual et la situation de la langue française au Québec sont d’abord dénoncés par André Laurendeau dans Le Devoir en 1959, puis ont été repris dans Les insolences du frère untel de Jean-Paul-Desbiens. Le joual est considéré à cette époque comme grossier, voire vulgaire. Faut dire que le joual est très loin du français dit international qui représente la norme pour le Québec. Il inclut des mots anglais, des sacres, des « mauvaises » prononciations, des régionalismes, bref, tout ça dans une syntaxe parfois défaillante.

Exemple : « Chu ben icitte asteure » pour « Je suis bien ici à cette heure». 

Mais c’est la langue du peuple et dans le courant de l’affirmation de notre identité, les intellectuels l’ont faite leur pour montrer leur appartenance à ce coin de pays. Le joual s’est donc affirmé dans les années 60, notamment dans l’écriture grâce aux auteurs littéraires comme Michel Tremblay. Qui n’a pas entendu parler de la pièce de théâtre Les belles-sœurs, qui a été reprise maintes fois au cours des décennies? Le joual a envahi la scène musicale dans les textes de Robert Charlebois et Diane Dufresne, et la scène d’humour sous les paroles d’Yvon Deschamps, entre autres.

Une langue est vivante et s’exprime de diverses façons, et ce, dans tous les pays de ce monde. Si le Québécois parle joual, le Français parle l’argot, l’Anglais, le slang et l’Acadien, le chiac.

Sur la Côte d’Ivoire, on parle le nouchi, à Londres, le cockney, en Argentine, le lunfardo, et ainsi de suite. Notre situation linguistique n’est donc pas unique.

Mais pour répondre à ma question, parle-t-on encore joual en 2010? La réponse est oui, mais je crois que l’instruction obligatoire pour les moins de 16 ans (depuis 1960) et les médias en général ont permis à plus de gens d’améliorer leur connaissance de la langue. Chapeau aussi à l’Office de la langue française qui contribue à l’enrichissement et la conservation du français au Québec. 

Petit clin d’œil en finissant : pour les amateurs de Tintin, l’éditeur Casterman a publié en 2009 une version québécoise, oui, oui en joual, de l’aventure Coke en stock sous le titre Colocs en stock, version qui a toutefois provoqué de vifs remous...

 


© Écrits sans faute enr.

 

 

Comments