Ferreira talk

Anthony Ferreira, Université Paris Nanterre,

 What is the contribution of neuroscience to the research on addiction?

              During the 1990s, the "decade of the brain" in the US, neuroscience has made considerable progress in the field of addiction, revealing its neural basis and offering a partial explanation of its functioning. While it does not explain it perfectly, it seems that it is possible now to draw the contours of what a valid explanation could be, and that such an explanation will have to be built on biology. However, at the same time, the diagnosis criteria used for addiction in the different versions of the DSM rely less and less on phenomena such as craving, phenomena which are usually the target of neuroscientific explanations, and more and more on different behavioral features. Moreover, the critics of a supposed neuroessentialism, re-emerge on the basis of the old antipsychiatric current and they are stimulated by the excessive claims sometimes attributed to neuroscience. According to some, neuroscience would not only be unable to give an account of addiction, not only have no practical utility, but they would be the source of models that deprive the patient of his human dignity by denying him any ability to act freely, and they would promote a reductive, dangerous and alienating vision of the human beings.

Leaving aside these stormy debates where moral considerations, philosophical arguments, scientific arguments, and insults usually mingle, we will ask the question of what neuroscience really brought to the understanding of addiction. We will then ask the question of the limits of these contributions, of the validity of the claims attributed to the neurosciences and the criticisms opposed to them. Finally, we will see that neuroscience can be considered as, at the same time, devoid of practical significance and essential to the understanding of addiction.

  Quel est l’apport des neurosciences au champ de l’addiction ?

             Durant les années 1990, la « décennie du cerveau » aux USA, les neurosciences ont fait de considérables progrès dans le domaine de l’addiction, mettant au jour ses bases neurales et proposant une explication, partielle, de son fonctionnement. S’il n’est pas question de l’expliquer parfaitement, il semble qu’il soit possible de dessiner les contours de ce que devra être une explication valable et qu’elle devra reposer sur les bases de la biologie. Or, parallèlement, les critères diagnostics retenus pour l’addiction dans les différentes versions du DSM reposent de moins en moins sur des phénomènes comme l’envie irrépressible (le craving) qui acceptent une explication par la neurobiologie et font de plus en plus appel à des notions comme la conduite. De plus, les critiques d’un neuroessentialisme supposé, qui réduirait la complexité humaine à sa simple expression matérielle, déterministe et déterminée, émergent, sur les bases d’un courant antipsychiatrique ancien, stimulées par les prétentions excessives que l’on prête aux sciences du cerveau. Les neurosciences seraient non seulement incapables de rendre compte de l’addiction, d’avoir une quelconque utilité pratique, mais servant, par exemple, des modèles de prise en charge qui privent le patient de sa dignité humaine en lui déniant toute capacité à agir librement, promouvraient une vision réductrice, dangereuse et aliénante de l’humain.

            Sans entrer dans ces débats houleux où considérations morales, arguments philosophiques, scientifiques, et insultes se mêlent, nous poserons la question de ce qu’ont réellement apporté les neurosciences biologiques à la compréhension de l’addiction. Nous poserons alors la question des limites de ces apports et de la validité des prétentions qu’on prête aux neurosciences et des critiques qu’on leur oppose. Nous verrons alors que, pour ce qui concerne l’addiction, proposant un modèle explicatif, mécanique, des bases neurales d’un phénomène qu’elles n’ont pas vocation à définir, elles peuvent être considérées comme, à la fois, dénuées d’intérêt pratique et absolument essentielles.