LA NATURE PARLE

LA CREATURE DE L’ARBRE

Il est des esprits en toute chose avec qui nous pouvons communiquer.

La nuit tombe doucement en cette heure des portes.

Une heure où le souffle des mystères ouvre les perceptions de ceux qui savent en surfer les vagues.

Cette heure est précieuse pour ceux qui ont soif de connaissance et de magie sauvage car les gardiens qui s’y tiennent nous montrent plus de sympathie que ceux du jour et que ceux de la nuit qui plus facilement nous effraye en titillant nos peurs.

Je me baigne donc dans ces radiances jaune oranger et « écarte » la trame, plus fine en ces instants du voile qui sépare les mondes…

Certains grands arbres possèdent un compagnon, une étrange créature qui parfois se laisse voir.

Je suis devant un tel arbre et la créature, sans trop de crainte s’approche jusqu’au tronc en descendant par en dessous d’une grosse branche délicatement moussue puis elle s’arrête et m’observe de ses yeux globuleux de lémurien.

Elle reste un moment immobile à me scanner pendant que l’arbre et moi discutons de ces choses que les arbres et les humains ont à se dire.

Une feuille bouge sous le pas de l’être pâle qui à présent à touchée le sol et s’avance vers moi.

Assis sur le tronc d’un chablis, je me penche doucement vers lui pour tendre doucement ma main qu’il touche. Au moment de ce contact frais, humide comme la nuit qui vient, me parvient une puissante et enivrante fragrance de feuille morte, d’humus et de champignons mêlés. L’odeur même de la vie qui parcourt ces bois, une force vitalisante qui traverse tout mon corps et fait naître en moi un sourire de doux bonheur.

Au dessus de moi passent les grues qui vont vers leur gîte de nuit ; emplissant l’air de leurs chants merveilleux.

Il y a une grande douceur en ce crépuscule et de grandes vagues d’espoir qui le traversent à sentir la vie sauvage et magique toujours là dans toute sa tendre puissance.

Le sourire même de la grande mère irrigue cet instant de grâce.

D’où vient cette créature, comment naît elle ? Comment est elle entré en symbiose avec le maître arbre ?

Ce n’est pas la première fois que je rencontre une telle créature mais bien la première fois que j’ai un tel contact tactile.

Sa main est toujours posée sur la mienne. Le temps et l’espace ne sont plus les même.

Soudain la réponse arrive sous forme d’image, je vois se déchirer l’espace comme une matrice qui s’ouvre d’où jaillit l’être, un ailleurs dans la multidimentionnalité des réalités.

Ces vertigineux emboitements des mondes, je les accepte à présent, sans vertige et avec souplesse, après toutes ces années d’aller et retour chamaniques. Un apprentissage nécessaire pour rester ancré dont je goute ici les fruits.

La créature à cet instant se retourne doucement, retourne vers l’arbre, grimpe sur le tronc, retrouve la branche d’où je l’avais vu et disparaît.

Je ne vois plus que l’arbre qui me sourit à sa manière d’arbre.

Chaque chose que je regarde, à son prolongement de l’autre coté des mondes.

Il en va aussi de cet arbre face auquel je me tiens et c’est vers ces autres cotés qu’est partie la créature, bien que toujours là, d’une autre manière, à chevaucher les réalités.

Chaque arbre est une frontière, un écotone, entre notre rationnel et l’irrationnel, entre la realité ordinaire et ses au delà.

Un arbre n’est pas un arbre, c’est une lisière, celle entre un monde merveilleux et celui des humains.

Juste au bord de celui des Hommes.

C’est pour cela qu’il est précieux de se tenir prés d’eux, de les rencontrer avec respect et ouverture.

L’arbre cache la porte vers d’autres univers.

Sympathise avec lui, peut être te laissera t’il passer.